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Gwenaëlle Péron

Peintures et explorations

Ce qui reste de l’hiver

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Acrylique sur bois, 40 x 70 cm

L’indolente

9782234080980-001-X_0Le mystère Marthe Bonnard. Voilà ce sur quoi a voulu se pencher Françoise Cloarec lorsqu’elle a décidé d’écrire ce livre. De la rencontre avec le peintre jusqu’à après sa mort, l’auteure a cherché à en savoir plus sur cette femme qui fut la muse de celui qu’on a appelé “le peintre du bonheur”.

Une muse qui a su maintenir de grandes zones d’ombres sur sa vie d’avant. Se présentant sous un faux nom – Marthe de Méligny, alors qu’elle s’appelle Maria Boursin – et comme orpheline, alors qu’elle a encore une partie de sa famille, celle qui devient très vite la femme de Pierre Bonnard a visiblement un compte à régler avec son passé, mais malgré toutes les recherches entreprises, comprendre les raisons de ces mensonges se révèlera impossible.

Parmi les artistes de l’époque, le couple Bonnard se distingue. Ni bohèmes ni réellement bourgeois, ils vivent au gré de leurs envies, et de leurs nombreux déplacements.

Ils s’engagent dans l’existence, ensemble, chacun avec ses goûts, sa culture. Elle sait Pierre réservé, secret, d’une sensibilité extrême. Il n’apprécie ni les honneurs, ni les vanités, pas plus qu’il ne cherche à plaire. Bonnard n’est pas insouciant, il supporte mal de perdre son temps. Le couple fait cause commune en se protégeant du monde futile. La passion se joue ailleurs. Comme si tout ce talent qui habite le peintre permettait de demeurer dans la vie banale, de ne pas prendre part à la mascarade des mondanités.

Pour Pierre Bonnard, seules comptent sa femme et la peinture. A tel point que lorsque Marthe commencera à donner des signes de phobie, voire de paranoïa, à la fin des années 30, le peintre acceptera de renoncer à voir ses amis, et ne la laissera jamais seule.

La fragilité, la sauvagerie, le sentiment de persécution s’accentuent. Lentement, elle se fane, tout l’insupporte : les autres, l’extérieur. La nuit, des cauchemars la hantent, elle retrouve le nom de sa famille, réveille ses peurs. Les médecins conseillent à Pierre d’hospitaliser la malade, mais il refuse absolument de laisser partir sa femme dans un sanatorium ou autre lieu de soin.

Livre passionnant qui nous plonge au cœur du travail du peintre. Un peintre qui n’a que faire des normes de l’époque et des honneurs. Toutes les émotions qui le traversent trouvent leur aboutissement sur ses toiles, et même les moments plus sombres se traduisent par la lumière de ses couleurs audacieuses. 

Quoi qu’il se passe dans sa vie, jamais Pierre Bonnard ne cesse de peindre. Jamais. Il n’est pas abstrait, pas fauve, pas cubiste, pas surréaliste. Il est seul. Il déteste les contraintes, de dégage rapidement des mouvements picturaux, poursuit son chemin, passionné, indépendant.

Ses relations avec sa femme, et avec ses autres modèles, l’émulation entre artistes de l’époque, son mode de vie sont éclairés d’un jour nouveau par la plume de l’auteure, qu’on sent passionnée par son sujet. Françoise Cloarec aborde aussi la question du procès qui suivit le décès du peintre, pour des questions d’héritage et ce que cela a changé au regard du droit des artistes sur leur œuvre.

Plus que sur Marthe, c’est un livre sur le couple Bonnard, et la manière dont Marthe a été une source d’inspiration continuelle pour celui qui l’aimait, la rendant ainsi inséparable de l’œuvre du peintre.

L’indolente, Françoise Cloarec, éditions Stock. 

Impressions Monts d’Arrée

Partir seule est une manière de m’éprouver, surtout dans la marche. Le premier jour, je fais douze kilomètres autour de Saint-Cadou. La journée est très chaude, comme cela est arrivé quelques fois cet été en Bretagne. On frôle les trente degrés. Je cueille des mûres tièdes en route et puis me concentre sur le chemin, car ce n’est pas toujours bien balisé. Le soleil me tape sur le crâne. J’enchaîne les pas, alourdie par mon sac à dos. La visibilité est excellente et depuis la colline sur laquelle se déroule le chemin, j’ai l’impression d’être en montagne. Je ressens une sorte d’exultation à être ainsi au milieu de la nature, dans les centaines de nuances de vert qui s’étendent jusqu’au fil d’horizon.

Le chemin me mène jusqu’à un lavoir et une source, près desquels je m’assois un moment pour faire le plein de fraîcheur. Je trempe mes mains dans l’eau glaciale. Je passe des hameaux rendus somnolents par la canicule. Les monts d’Arrée sont un territoire étrange, qui donne souvent à celui qui s’y promène l’impression d’être seul au monde. Sous la presse du soleil, les ombres se découpent noires et nettes. Chemins creux et rivières sont bienvenus pour adoucir un peu la chaleur métallique de l’air. Reflets bleus sur fond de feuilles aquatiques et de mousses qui appellent à l’indolence. Les deux derniers kilomètres me paraissent en faire dix. Lire la suite « Impressions Monts d’Arrée »

La chambre jaune

Je ne suis pas partie très loin, mais je n’ai pas choisi ce lieu par hasard. La première chambre où j’ai décidé d’aller passer une nuit est située dans un hameau, près de Commana. Cette bourgade de mille et quelques habitants est le lieu où a vécu une partie de ma famille maternelle. Derrière un portillon de bois gris, tout au fond d’un jardin rendu ombreux par deux immenses buis, vivaient l’oncle et la tante paternels de ma mère. Je venais leur rendre visite lors de mes séjours bretons. J’y ai quelques souvenirs : un gadin magistral qui m’a laissé sur le genou une cicatrice qu’on voit encore, une maison basse sentant l’encaustique, les dix francs que me donnait Tante Guite pour aller m’acheter des bonbons chez Madame Le Sein, le Fanta que buvait ce grand-oncle presque timide, dont on m’avait dit qu’il avait été fait prisonnier pendant la guerre. Frère et sœur, ils vivaient ensemble dans ce coin des Monts d’Arrée. Ils allaient au jardin, sabots de bois aux pieds. Leur maison basse et cachée avait quelque chose de celles des contes. Il me semblait toujours qu’il y avait là un mystère qui planait, des non-dits, des renoncements peut-être, une manière de s’extraire du monde pour cesser de souffrir.

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A deux kilomètres de là, je trouve facilement le lieu-dit Kervéroux où je suis attendue pour la nuit. C’était autrefois un village de tisserands, dont les maisons ont ensuite été reconverties en fermes. Aujourd’hui, les quatre ou cinq maisons qui le composent ont toutes été joliment restaurées. Elles sont nichées dans une exubérante verdure, à peine signalées par un calvaire qui tend ses doigts vers le ciel. J’y arrive après une chaude journée passée à marcher. Je suis chaleureusement accueillie par le couple qui vit là et tient ces chambres depuis une quinzaine d’années, Marie-Thérèse et Michel Lancien. Lui est sculpteur et cette particularité a évidemment pesé dans mon choix. Je suis toujours curieuse de découvrir le travail d’autres artistes, d’échanger avec eux.

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Rêveries aquatiques

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Un peu d’acrylique fluide, de l’eau, des pastels et des feutres. Se laisser aller à l’improvisation, au mouvement non prémédité. Se souvenir de tout ce qui ondule sous la mer, poissons, algues, courants, scintillements du soleil diffracté. Aller vers une sorte de minimalisme aquatique. Faire des longueurs sur le papier. Couler et puis remonter vers la surface. Laisser les bulles éclater. Retrouver les couleurs. Le hasard s’en mêle, s’obstine. Equilibre instable des formes surgies du néant blanc. Le jeu prend toute la place.

Revue de détails

 

Une chambre à soi

« Il est nécessaire d’avoir cinq cents livres de rente et une chambre dont la porte est pourvue d’une serrure, si l’on veut écrire une oeuvre de fiction ou une oeuvre poétique. »

Virginia Woolf, Une chambre à soi

A l’origine, il n’y a justement pas de chambre. Sur les plus anciennes photos – depuis perdues – je suis un bébé aux épais cheveux bruns dans un lit en rotin, placé dans un coin du séjour de la petite maison où vivent mes parents. J’ai une peluche de nature indéterminée – écureuil? ours? – rouge qu’on a appelé Roudoudou et que j’adore. Parait-il.  J’imagine que depuis ma position horizontale, je peux suivre dans les moindres détails les échanges de mes parents, que je les entends vaquer et que je respire la fumée de leurs cigarettes (eh oui, c’est les années 70, le tabac n’est pas tabou…)

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Cartes postales du monde sous-marin

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A force de fréquenter les poissons, je finis par avoir de drôles d’idées. Flux, bulles, nuées, écailles argentées, lents mouvements, plongeon dans le silence, rochers, tourbillons, fractales répétitions… Tout un univers se dévoile sous la mer teintée par le bleu du ciel. Plus tard, une fois revenue de la plage, je cherche à retrouver les sensations éprouvées sous l’eau. Une sorte d’euphorie sous-marine…

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C’est à la fois le désordre et la lumière, l’ordonnancement du hasard, la vie dans ce qu’elle a de plus énergique. Dehors, la mer n’est qu’un grand miroir qui porte des voiles blanches. Dedans, elle est ce bouillon pétri de courants d’où jaillit le mouvement vital premier.

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Ces cartes postales, réalisées sur du papier de petit format (15 x 21 cm), étaient pour moi l’occasion de travailler sur une surface réduite. Il faut alors apprendre à n’être pas trop « bavard », réduire le message à sa plus simple expression. J’ai joué avec l’acrylique, appliquée sur un papier préalablement couvert de traces de paraffine (les pigments n’adhèrent pas à ces endroits) ou humidifié avec un vaporisateur. La couleur se fait alors aquatique, transparente, mouvante, indécise. Elle coule et se mélange, générant des mouvements qu’il n’y a plus ensuite qu’à amplifier. Je n’ai pas vraiment réfléchi, ni cherché à « faire » quelque chose. Certaines cartes me plaisent, d’autres moins. C’est le jeu, et c’est nécessaire…

Ci-dessous, les fonds bleus de départ…

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Ces cartes postales sont destinées à être envoyées. Si vous souhaitez en recevoir une, vous pouvez me communiquer votre adresse postale par l’intermédiaire du mail suivant : glazmagazine(at)gmail.com

Ciel sans partage

Flèche des saules

sur le ciel sans partage

tu attends mais ne sais rien

de l’obscure poussière

qui te trouble

immobile ondée

de l’eau endormie

le destin est sorti

de son lit

 

l’espoir n’est plus de saison.

Texte et photo : Gwenaëlle Péron

La douceur est en fuite

La douceur est en fuite

sur le dos du matin

tu la regardes bondir

dans sa course de plumes

sur la route pavée d’eau bleue

ta main esquisse

ce geste qui retient

mais ton cœur sait déjà

tout le poids de l’absence.

Texte et photo : Gwenaëlle Péron

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