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Gwenaëlle Péron

Peintures et explorations

Mois

mai 2015

Influences réciproques

Au départ, il y a cet intérêt pour les traces. Toutes les traces. Celles des humains, mais aussi celles laissées sur les bateaux par le contact prolongé avec l’eau, les algues, avec ces minuscules organismes qui se fixent sur les surfaces. Ou bien sur le métal, le bois, les rochers. Depuis longtemps, j’ai envie de m’en inspirer. Peut-être parce que nous fonctionnons un peu de la même façon. Le lien que nous tissons avec nos semblables laisse sur nous ses traits, ses entailles, ses effleurements légers. Nous sommes poreux. Nous sommes perméables à ces influences réciproques, faites de chaud et de froid, d’amour et d’indifférence.

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Cette photo, prise sur les flancs d’un barge sortie de l’eau pour entretien a été ma base de départ, notamment pour les couleurs.

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Il y a des traces, en creux et en relief. Des grains de sable qui rappellent l’apparence du béton. Une surface sur laquelle il faut laisser jouer les reflets du jour, pour percevoir les griffures et les signes, les marques et les hésitations. Formes émergentes et zébrures, comme la naissance de nouvelles interactions…

Chemins de hasard (2)

Voici les dernières peintures faites cette semaine, suivant ces chemins de hasard tracés d’abord au rouleau sur la feuille vierge, en utilisant différentes couleurs. J’ai bien aimé laisser apparaître peu à peu ces lieux imaginaires, d’esprit très zen, avec leur eau calme et leur nature luxuriante. Ils sont, pour moi, comme des fenêtres qui ouvrent sur un ailleurs apaisant, un refuge où la respiration se fait plus ample et les idées plus claires. Le printemps s’y offre dans toute sa générosité. Il n’y a plus qu’à trouver un coin d’herbe tendre, s’y allonger et laisser les rêves dériver au gré de l’onde…

Acrylique sur papier, format A4

La cascade bleue

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Acrylique sur papier, format A4

 

Le canoë rose

DSC03486Acrylique sur papier, format A4

Coecilian

Sans que je sache vraiment pourquoi, la vie du poète Saint-Pol Roux me touche. Le poète avait fait construire, sur la presque’île de Crozon un manoir à huit tourelles qu’il avait nommé Coecilian, du prénom de son fils, mort pendant la guerre de 14. En juin 1940, le manoir est investi par des soldats ivres qui tuent la servante de la maison, violentent Divine, la fille du poète, et molestent ce dernier. Il en mourra de tristesse quatre mois plus tard.

En 1944, les bombes alliée tombent sur le manoir et y déclenchent un terrible incendie… Il n’en reste plus que des ruines aujourd’hui.

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C’est à Coecilian que j’ai pensé quand j’ai terminé cette peinture. Une peinture un peu particulière puisque j’ai mélangé aux premières couches… des cendres. Une fois encore, je n’avais pas d’idée préconçue. Je suis partie avec mon couteau (à peindre, pas celui que j’ai entre les dents…) au hasard. Peu à peu, feu, terre, cendres et eau se sont mélangés. Il m’a semblé voir émerger des brumes liquides des murailles en flammes. Alors j’ai pensé au père mort de chagrin, au « poète assassiné », à qui Vercors avait dédié, en 1942, Le Silence de la Mer.

DSC03475Acrylique, cendres et crayons Gelato sur papier, format A4

Chemins de hasard

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Passant souvent à proximité de chantiers navals, j’aime observer la coque des bateaux en réparation. Souvent, la corrosion, les couches de peintures successives et les coquillages ont donné naissance à des mélanges de couleurs qui évoquent quelque paysage martien, fait de cratères, de coulures et d’audacieux mélanges. J’ai eu envie, pour ces essais sur papier, de partir de cette idée : peindre d’abord au hasard, par impression, au rouleau, des taches, des traits, des formes diverses. Et puis voir ensuite ce qui émergeait de cette première couche.

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Plein de reflets et tout en fluidité (ça vous étonne?), c’est une sorte de jardin givernesque qui s’est doucement révélé. Une cachette sous les saules pleureurs, un lieu paisible, propice à la contemplation, mais dont on peut très bien imaginer aussi la transparence de l’eau bientôt troublée par le plongeon intrépide de l’enfant en nous. Cet être plein de rêves, éternel robinson amoureux des cabanes, qui n’attend que la bonne occasion pour surgir dans un grand éclat de rire…

Armada

Chaque tableau a une histoire. Ici, même si plus rien ne transparait, il y a, sous cette flotte qui sort de la brume, une ville engloutie. Une autre ville bleue posée sur un fond brûlant, mais par l’effet de quelque terrible sortilège, elle a sombré, ne laissant derrière elle que des remous et ce blanc-gris laiteux d’où émergent mâts et voiles. Bateaux fantômes? Bateaux pirates? Ou bien simplement transposition onirique d’un désir d’aventures? Entre fog londonien et bleu des mers du sud, une apparition qui relie les points d’une carte imaginaire et embarque le spectateur vers un ailleurs déboussolé.

IMG_20150515_140140~2Acrylique et graphite sur toile, 55x 46 cm

Imprévu

Parfois, on a une idée en tête. Pas forcément une idée précise, mais une chose vers laquelle on voudrait tendre. Alors on prend quatre feuilles de papier épais, on choisit quelques nuances, et on s’y met. Il se peut que la nuit ait été mauvaise – elles le sont souvent mauvaises, les nuits, ces temps-ci – et l’esprit s’en trouve comme embrumé. Peu importe, on continue à avancer.

Un fond qu’on fait à l’éponge. Sur le fond, quelques traits de feutre ou de crayon, sur lesquels on passe du médium pour les protéger des manipulations ultérieures. La peinture avance, au même rythme que la matinée. On oublie peu à peu sa fatigue, et la direction qu’on voulait suivre. Les écrivains connaissent ce moment où un personnage soudain se cabre, et refuse de faire ce qu’on avait prévu pour lui. Là, c’est pareil. Le dessin ne prend pas la direction voulue. C’est une ligne qui s’échappe, des points qui s’agglomèrent en nuées.

Au bout du compte, on arrive à un résultat. Sur les quatre dessins, on en garde trois, ceux où l’œil dit qu’il se passe quelques chose. Quoi? On n’en sait rien. La brume du matin s’est évaporée, mais on n’y voit pas forcément plus clair pour autant. Demain, il faudra revenir dans l’atelier pour tenter de saisir l’idée qui est restée dans un coin de la tête, par encore développée…

Acrylique, feutres et pastels gras sur papier, format A4

Intensité

Avant de réaliser cette toile, j’avais fait une étude sur papier. Un fond rouge et orangé, sur lequel je m’étais mise à tracer des formes plus foncées avec du Gris de Payne, sans chercher vraiment à aboutir à quoi que ce soit. Lâcher prise, peindre et se moquer un peu du résultat… Pour finir, une ville aux tons froids avait émergé des flots de feu.

J’ai eu envie de partir de cette étude pour faire quelque chose de plus abouti. J’ai ajouté quelques effets de texture, sur le pourtour de la toile, et en haut à gauche. Cela permet de donner à cette zone, qui aurait pu apparaitre un peu vide sinon, un intérêt pour l’œil… Au final, le contraste entre les couleurs apparait violent, mais il crée aussi une sorte de tension intéressante. Vous ne trouvez pas? DSC03413

Acrylique sur toile, 33 x 55 cm

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