Parfois, on a une idée en tête. Pas forcément une idée précise, mais une chose vers laquelle on voudrait tendre. Alors on prend quatre feuilles de papier épais, on choisit quelques nuances, et on s’y met. Il se peut que la nuit ait été mauvaise – elles le sont souvent mauvaises, les nuits, ces temps-ci – et l’esprit s’en trouve comme embrumé. Peu importe, on continue à avancer.

Un fond qu’on fait à l’éponge. Sur le fond, quelques traits de feutre ou de crayon, sur lesquels on passe du médium pour les protéger des manipulations ultérieures. La peinture avance, au même rythme que la matinée. On oublie peu à peu sa fatigue, et la direction qu’on voulait suivre. Les écrivains connaissent ce moment où un personnage soudain se cabre, et refuse de faire ce qu’on avait prévu pour lui. Là, c’est pareil. Le dessin ne prend pas la direction voulue. C’est une ligne qui s’échappe, des points qui s’agglomèrent en nuées.

Au bout du compte, on arrive à un résultat. Sur les quatre dessins, on en garde trois, ceux où l’œil dit qu’il se passe quelques chose. Quoi? On n’en sait rien. La brume du matin s’est évaporée, mais on n’y voit pas forcément plus clair pour autant. Demain, il faudra revenir dans l’atelier pour tenter de saisir l’idée qui est restée dans un coin de la tête, par encore développée…

Acrylique, feutres et pastels gras sur papier, format A4