Il n'y a pas de petits bénéfs

Encre, collage et montage photo – © Gwenaëlle Péron

Je suis toujours là où l’on m’attend le moins. Je ne rate rien, car vous le savez, votre malheur fait mon bonheur quotidien. J’enregistre tous les détails. Les trous de votre pull, vos pieds blessés, et tout le poids du monde sur vos épaules trop frêles. Et demain, c’est le visage de vos enfants en pleurs qui fera la une. La veuve et l’orphelin, c’est mon gagne-pain. Je ne juge pas, je ne suis que l’objectif d’un appareil, le rouage d’une main. Si je n’étais pas là, un autre ferait le travail à ma place. Qui peut me jeter la pierre? Ce n’est pas de ma faute s’il y a tant de malheur sur cette vieille Terre. Je n’ai pas mon pareil pour saisir le détail qui fera surgir la compassion. Tout est dans l’émotion. L’analyse, la profondeur, qu’importe? Les gens veulent juste vibrer. Ressentir ce frisson léger qui les rassure. Parce que dans le fond, si c’est vous qui mourez, eux ne sont pas concernés.

Il n’y a pas de petits bénéfices.