IMG_5141Rituel des nuits sans sommeil. Une cigarette entre les doigts, je m’accoude à la rambarde de la fenêtre de ma chambre. Plus fort le bruit de la pluie. Plus intense le parfum de la nuit. En bas, sur l’avenue, dans les reflets et dans les flaques, les pas pressés, nonchalants, des noctambules et des errants. Ballet de nymphéas noirs sur l’asphalte vernie.

Je pense à celle.

A celle qui.
N’est plus là.

Et dans mon dos, son absence crée un vide, un trou noir qui me happe. Seules les lumières de la ville me sauvent du vortex qui manque noyer mon esprit en apnée.

Je pense à celle.
Celle qui m’a quitté.

Etrange vie que la nôtre où une parole, un mot lâché comme un ballon dans le vent, peut soudain tout faire basculer. Il y a un instant vous étiez le plus heureux des hommes, et vous voilà soudain mendiant de l’amour, pauvre hère délaissé, piteux et peinant encore à comprendre ce qui s’est passé. Sonné.

L’avenue. Les passants. Et la pluie qui ruisselle. Lueur rouge de ma cigarette comme un signal dans la nuit. Mais pour qui?

Ces rares instants partagés, ce que j’ai fait pour elle. Ces mots écrits, ces attentions comme des fleurs fraîches offertes au petit matin, ces messages laissés dans le sillage de mon amour qui remplissait tout l’espace. Et elle, toujours plus absente, toujours plus fuyante. S’ingéniant à trouver des raisons, des prétextes. J’aurais dû savoir, mais fou aveugle que j’étais, je n’ai pas voulu entendre cette voix qui surlignait mes illusions.

Je ne sais pas ce qui est le plus douloureux. Etre quitté ou bien prendre conscience que l’on n’a jamais vraiment été aimé, sinon de très loin et par intermittence. Amour-fanal qui s’allume, puis s’éteint.


Je pense à celle.
Lumière blanche dans ma nuit.

La pluie s’est calmée. Mon cœur aussi.

Si je suis triste, c’est parce que je suis vivant.

Dans l’obscurité vacillante de la nuit retombée, parmi les néons rouge-orangé, ma solitude devient l’autre nom de ma liberté. 

Illustration (collage et peinture sur papier) et texte © Gwenaëlle Péron