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Gwenaëlle Péron

Peintures et explorations

Mois

février 2016

Notes d’atelier (5)

La création peut jaillir de n’importe où. D’un mot entendu, d’un poème lu, d’une lumière ou d’un regard. Elle nait aussi, je crois, de ces moments où l’on s’adonne à une pratique sans enjeu. Improvisation musicale ou picturale, littéraire, gestuelle. Ou tout ensemble… après tout, pourquoi pas?

Ce matin, je me suis livrée à cet exercice qui est une sorte d’échauffement pour l’esprit, la main, le regard. J’ai froissé un journal, étalé de la peinture bleu sombre et turquoise dessus et j’ai imprimé ce motif né du hasard sur des feuilles vierges. J’ai ensuite utilisé feutres, pastels, mine graphite et peinture pour créer autour de ces formes, un élan, un mouvement, une musique géométrique, pointilliste, ou estompée.

Il n’y a à y chercher ni réussite, ni beauté. Peut-être juste l’équilibre chancelant et naïf de ce qui se donne sans arrière-pensée.

Si les gens sont si émus par l’art…

Si les gens sont si émus par l’art et que les artistes le prennent tellement au sérieux, c’est que s’ils sont authentiques et sincères, ils approchent un tableau avec tout ce qu’ils savent, sentent et aiment, mais aussi avec ce qu’ils ignorent, certains de leurs espoirs, et c’est toutes ces choses qu’ils projettent, sans fard, sur une toile. Qu’y a-t-il de plus sérieux que cela? Quel autre enjeu peut-il y avoir que la vie elle-même, ce qui explique que les artistes les mettent toujours au même niveau et rendent les gens dingues à force d’insister que l’art est la vie. Donc actes. Lâchez-nous la grappe. C’est un boulot beaucoup plus dur qu’on ne l’imagine, très risqué, et ça demande d’être quelqu’un de très spécial, d’un peu fou.

Peindre, pêcher et laisser mourir, de Peter Heller, chez Actes Sud.

Mon billet sur le roman à découvrir lundi dans Glaz

Monts d’Arrée

Encore une fois, j’ai commencé ces peintures sur papier sans vraiment savoir où j’allais. J’ai étalé plusieurs couches avec une carte en plastique. Puis, j’ai fait quelques traces avec un pastel gras, un peu au hasard. D’autres couches de peinture… et peu à peu, différents paysages sont apparus. Il m’a alors suffi, avec quelques touches de couleurs supplémentaires de leur donner relief et lumière.

Une fois l’ensemble terminé, j’ai trouvé qu’ils me faisaient penser à certaines vues que l’on peut avoir lorsqu’on parcourt les monts d’Arrée à pied. Ciels immenses et tourmentés, étendues sauvages, reliefs usés du massif ancien, et incomparables lumières après la pluie…

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Le début du chemin

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Marais après la pluie

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Fin de journée

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Bruyères

Ecrits spontanés

Comme on peint sur le motif, j’ai envie parfois d’écrire sur le motif. Des bribes de ceci et de cela – sensations, émotions, instants vécus – qui s’expriment sous une forme un peu brute. C’est un choix que je fais pour garder un maximum de spontanéité. Et comme tout choix, cela peut se discuter. Je les partage sur ce blog, parce que j’ai trop d’écrits qui trainent au fond de mes tiroirs. Il est temps qu’ils prennent un peu l’air.  Lire la suite

Obsession

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Acrylique, feutres et pastels à l’huile, sur panneau de bois, 50 x 50 cm

Obsession, parce qu’à force, je m’interroge : pourquoi toutes ces villes? pourquoi toute cette eau? Bon, d’accord, hier j’ai eu un accès de campagne normande, mais enfin ça n’empêche pas qu’il y a, dans ma production, une grande part de villes au bord des flots. A force de vivre à Douarnenez, je dois avoir fait mien le mythe de la ville d’Ys, et c’est elle que je fais sortir de la mer, encore et encore.

Encore une fois, c’était un panneau sur lequel figurait quelque chose qui ne me parlait pas, ou plus. J’ai donc recommencé, suis repartie de zéro, c’est à dire d’une couche de blanc. Le fond reste très texturé, même si ça ne se voit pas sur la photo. C’est le dernier auquel je fais subir ce traitement. J’ai l’impression que ce type de support, qui pendant un temps avait mes faveurs, m’est devenu plus difficile à travailler. Je vais donc revenir aux toiles, à leur souplesse, leur façon différente d’absorber la peinture.

Et promis, je vais essayer d’aller promener mes pinceaux ailleurs que dans les villes. Le vert m’appelle…

Bosquet

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Acrylique sur panneau de bois, 50 x 50 cm

La grande solitude intérieure

Dans la vie, comme dans l’acte créatif, il y a de bons jours, et d’autres qui le sont moins. Aujourd’hui était un jour sans ressort et sans inspiration. Un jour où j’ai eu beau essayer, il ne s’est rien passé. Rien n’a vibré, aucun chemin ne s’est dégagé. J’ai eu l’impression de gâcher mes couleurs et mon temps. J’en suis sortie frustrée.

P1060233L’échec fait partie du processus de création. Il faut l’accepter, surtout lorsqu’on se lance sur la toile, comme je le fais, avec strictement aucune idée en tête. De l’imprévu peut surgir une composition surprenante et équilibrée, un tableau dont on dira en le regardant qu’il « fonctionne », parce que bien qu’achevé, il laisse au spectateur une place pour qu’il y trouve sa vision, son interprétation. Mais la toile peut aussi apparaitre illisible, brouillonne, ratée… Un vrai gâchis.

L’échec est là, donc, comme une possibilité. Jusqu’au bout, on essaie de faire tout ce qu’on peut pour parvenir à un résultat, mais en dépit des efforts, et sans qu’on sache forcément pourquoi, parfois on n’y arrive tout simplement pas…

Je crois qu’à ce sujet, j’ai bien évolué, et l’échec ne me paralyse plus. Je sais qu’il est toujours possible de revenir en arrière si la peinture n’a pas encore séché, de la recouvrir si telle touche de couleur n’a pas l’effet escompté, voire de recommencer en étalant un peu de gesso sur la surface récalcitrante.

Ce que je trouve plus difficile à supporter parfois, surtout quand après des heures de travail je me retrouve dans une impasse qui ne me laisse pas d’autre choix que de jouer à « ground zero » en repartant d’une surface vierge, c’est cette solitude incontournable. La solitude de celui qui créé – celle que Rilke appelait la grande solitude intérieure – parce que face à la toile, face à la feuille blanche, chacun sait que lui seul peut faire aboutir l’idée ou l’envie qu’il a en tête. Dans ce travail d’accouchement, personne ne peut l’aider.

Et cette douleur qu’évoquent parfois les écrivains, je pense qu’elle se situe là, dans ce face à face entre l’artiste et le support, quand on sent que quelque chose se trame à l’intérieur, mais que c’est encore trop indistinct, trop nébuleux, trop brûlant ou trop risqué pour que l’élan porte jusqu’à la feuille, jusqu’à la toile.

Et pour moi, cette solitude va encore plus loin. Parce qu’au-delà de la solitude dans le processus créatif, il y aussi celle que l’on éprouve lorsqu’on est incompris. En tant qu’artiste, c’est ce risque ultime que chacun prend : accepter de rester longtemps, et peut-être à jamais, incompris…

C’est parce que la création est une véritable école de vie, et qu’elle oblige à se confronter sans cesse à soi-même, à ses capacités, à ses limites, à ses idées tantôt larges, tantôt étriquées, dans un face à face sans relâche, qu’elle s’avère si riche, et si difficile.

Accepter l’échec. Accepter l’attente. Accepter la solitude. Accepter l’incompréhension.

Autant d’éléments qui vont totalement à contre-courant de l’époque actuelle, qui n’a que vitesse et performance à la bouche. Et renforcent encore davantage cette troublante impression d’isolement qui parfois me saisit…

Edit du 12 février : contrairement à ce que certains ont pu penser à la lecture de cet article, il n’y a là aucune tristesse. Mon but était simplement de montrer l’envers de la création, de parler de ce processus, parfois source de jubilation, parfois source de frustration. Avant d’aboutir à un quelconque résultat, il y a parfois un long, long chemin. Qui, la plupart du temps, est réjouissant…

Peut-être une ville. Peut-être pas.

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Acrylique, posca et pastels à l’huile sur toile – 80 x 80 cm

Cette toile a connu de multiples transformations… Pour finir, après beaucoup d’interrogations et de changements, je suis arrivée à cette version qui me plait. Je ne touche donc plus à rien! Encore une fois, j’ai laissé faire le hasard et surgir une forme de cohérence du chaos de couleurs.

Falaises

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Acrylique sur toile, 65 x 92 cm

Un petit clin d’œil à Aifelle et à ses paysages normands…

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