Je lis actuellement « Femmes qui courent avec les loups« , de Clarissa Pinkola Estes. Dans cet ouvrage épais, l’auteure s’appuie sur les contes et les mythes pour cerner ce qu’elle appelle l’archétype de la femme sauvage. La femme sauvage? Pour faire court, disons une femme qui vivrait en chacune et constituerait sa source de sagesse, de vitalité et de créativité.

Je note de nombreux passages, et trouve, au fil de ma lecture, que cet essai est roboratif, intellectuellement parlant. Il pose de nombreuses questions, et apporte de vivifiantes réponses. Dans un passage où Clarissa Estes aborde l’animus de la femme (personnification de l’âme de la femme dans la psychanalyse jungienne), elle évoque ces interrogations par lesquelles nous sommes (sans doute) toutes passées : « Mais es-tu une vraie artiste (ou écrivain, mère, sœur, épouse, maîtresse, professionnelle, danseuse, personne)? As-tu vraiment des dons (du talent, de la valeur)? As-tu vraiment quelque chose à dire qui vaille la peine? « 

Ces questions sont de celles qui peuvent polluer durablement notre créativité et miner notre confiance en nous-mêmes. Bien évidemment, vu mon parcours atypique, cette forme déguisée de mise en doute de mes capacités m’a traversé l’esprit plus d’une fois. Dans un pays où tout ce qui n’est pas diplômé, estampillé, contrôlé n’est pas valable (j’exagère un peu pour les besoins de la cause), pouvais-je, par ma seule volonté me déclarer « artiste »? Quelle légitimité avais-je pour effectuer ce pas?

P1060111Au bout du compte, je ne sais pas si je suis légitime. Je ne sais pas si je suis une artiste. Tout ce que je sais, c’est que j’ai envie de créer. Que j’aime la matière et les mots, et que je pense qu’avec ça, on peut s’amuser assez longtemps. Au-delà de cette envie qui provoque l’impulsion nécessaire pour déclencher l’élan, c’est, à mon avis, la pratique qui fait toute la différence entre un caprice du moment (ou de l’ego) et un vrai mouvement de fond.

On ne nait pas femme, disait Simone. On ne nait pas plus artiste, ou écrivain. Ou juge ou dentiste. On le devient. Par l’apprentissage et la pratique. Par la curiosité qui incite à explorer de nouveaux chemins, ou bien à approfondir sans cesse ceux qui nous tiennent à cœur. En même temps qu’on crée, on se révèle à soi-même, et d’une certaine manière, on s’invente aussi. La question primordiale ne doit donc pas porter sur une légitimité que seuls le temps et l’expérience peuvent donner. La première et peut-être la seule chose à se demander, c’est ce dont on a envie. Ai-je vraiment envie de peindre, écrire, danser, chanter, aimer, élever des enfants?

Dans certaines écoles primaires (notamment Montessori), le programme éducatif est basé sur cette question renouvelée chaque matin : qu’ai-je vraiment envie de faire aujourd’hui? J’ai bien conscience que certains impératifs de la vie d’adulte (métier, éducation des enfants, intendance domestique, etc…) briment une grande part de la liberté qu’on peut avoir dans une journée. Mais je crois qu’il est malgré tout bon de revenir souvent à cette question : qu’ai-je envie de faire aujourd’hui? Ou plus largement, qu’ai-je  vraiment envie de vivre aujourd’hui? Et quelle que soit votre réponse, personne n’a à vous dire si elle est légitime ou pas.

Faites ce dont vous avez envie, ce qui vous réjouit et vous rend vivant(e)s. Vraiment!

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Ouvrez les bras, courez et envolez-vous!