Ainsi, donc, après Plonéis, ma prochaine exposition devait avoir lieu dans le centre de la France…

Rendez-vous avait été pris depuis longtemps avec la Galerie Vagabonde, à Selles sur Cher, petite ville du Berry rendue célèbre par ses fromages de chèvre et sa blogueuse de renommée internationale, j’ai nommé Keisha, grande amatrice de « nature writing« , de musique classique et de voyages.

C’est donc par un tranquille dimanche de la fin mai que j’ai pris la route, le coffre rempli des effets nécessaires à deux semaines de déplacement, et des toiles et dessins destinés à être accrochés sur les murs de la Vagabonde. Tout se passait bien jusqu’à ce que je franchisse les limites du duché de la région Bretagne : après Nantes, la pluie a commencé à tomber, légère d’abord puis plus virulente ensuite. Quand je suis enfin arrivée dans le gîte charmant que j’avais loué pour l’occasion, il tombait des gouttes grosses comme des enclumes! Et ne voyez dans cette formulation aucune « marseillerie »…

Le lendemain, à l’heure d’accrocher mes œuvres dans la galerie, le ciel déversait toujours ses trombes. Keisha et moi avons transporté les toiles et les dessins, heureusement emballés, dans la galerie, et avons commencé l’accrochage. La galerie Vagabonde est un très beau lieu pour exposer : grande, lumineuse, avec des plafonds hauts et une belle surface d’accrochage.

Mardi, 15 heures, j’étais sur le pont, prête à ouvrir la porte aux visiteurs. Il pleuvait toujours… Toutes les rivières étaient en crue. Des routes commençaient à être coupées, parce que transformées en piscines géantes pour tous les batraciens de la région. Le matin même, dans un état proche du félin enfermé depuis trop longtemps, j’avais tenté une sortie : j’en était revenue, au bout d’une demi-heure, à peu près aussi radieuse qu’une serpillère prête à être essorée…

Le déluge a duré un certain temps, comme dirait l’autre, et les températures ont commencé à chuter. Dans la journée, il faisait un petit 13 degrés gaillard, qui vous donnait des envies de pull en laine et de feu de cheminée… Les visiteurs, sans doute mal orientés, se massaient tous sur le pont enjambant le Cher, s’attendant peut-être à me voir voguer sur une toile transformée en radeau, un pinceau en guise de godille…

Le vendredi, profitant d’une accalmie, j’ai pu m’aventurer jusqu’à Cheverny. Le but était quand même de visiter un peu la région, si toutefois le ciel m’y autorisait. Le château avait les pieds au sec, et comme j’étais matinale, j’ai pu profiter du calme du lieu, du silence à nul autre pareil, à l’abri de ces pierres vénérables. Dehors, les chiens attendaient leur pâtée en appelant au meurtre de quelque lièvre égaré et les canards s’ébattaient dans leur mare qui avait doublé de surface… Le ciel semblait avoir cessé sa crise d’énurésie et on pouvait espérer un léger mieux du côté de l’hygrométrie.

Quand l’heure du vernissage a sonné, le samedi en fin de journée, on ne risquait pas de se marcher sur les pieds. Mais un peu comme au Scrabble, ceux et celles qui étaient là comptaient double, voire triple. Et si dans les faits, la foule ne dépassait pas une vingtaine de personnes, dans le cœur, il y en avait au moins soixante… Sabine était venue dans son petit canoë jaune, et Joëlle était fidèle au poste. On a trinqué, grignoté, palabré, et j’ai reçu quelques commentaires enthousiastes qui m’ont fait chaud dans la région du myocarde. La soirée s’est terminée dans un lieu qui ne méritait même pas le nom de pizzéria, mais cela n’a pas entamé notre belle humeur. Comme le prouve le cliché ci-dessous…

13388927_1606374023010561_593141876_o

Photo © Sabine Faulmeyer

Photos © Sabine Faulmeyer (les 3 du haut) 

Le dimanche venu, j’ai pu aller du côté de Saint-Aignan promener mes jambes impatientes. J’y ai rencontré un autre artiste local, Emmanuel Blot, avec qui j’ai eu une très intéressante conversation sur l’art et la création (ben oui, on n’allait pas discuter points de tricot et recettes de cupcakes, si?).

 

Cette première semaine s’est achevée par un dîner en compagnie de Joëlle et de son ami Roland, grand amateur de vélo, de musique et de danse (avec un gros faible assumé pour Anne Teresa de Keersmaeker, eh oui…), autour d’une quiche aux légumes et d’une petite crème au chocolat à ma façon qui a laissé mes hôtes pantois et repus (enfin surtout Roland qui s’attendait, je ne sais pour quelle raison (???) à un désastre culinaire… c’est mal connaître les Bretonnes, mon ami!).

A suivre :  épisodes 2 et 3… avec des jardins, des loges de vigne et de la bonne humeur!