Lundi 3 octobre – 18.00

Cet après-midi, j’ai fait l’atelier buissonnier. Je suis allée marcher sur la plage, pieds nus dans les vagues. La plage est immense, et bordée de roches noires et pointues sur lesquelles pousse une herbe drue qu’aiment particulièrement les lapins. J’ai marché, donc, les chaussures à la main, pataugeant dans l’eau, avec un plaisir comparable à celui manifesté par mon chien. Dans le simple plaisir du corps en mouvement, et du contact avec les éléments. Autour de moi, le ciel à perte de vue, l’horizon bien net, l’eau fraîche sur ma peau, le sable sous la plante de mes pieds, la chaleur du soleil, le calme apaisé de cette après-midi et la solitude bien choisie.

Je n’ai pas pris de photo. L’idée ne m’a même pas effleurée, tant mon plaisir était grand, incomparable, et pourtant simple et solitaire. J’étais toute à mon affaire, loin de mes toiles, des idées qui viennent ou pas, loin du quotidien, et du regard des autres, qu’il soit réel ou virtuel. Je marchais. Je ressentais. Les pieds dans l’eau, j’ai senti que je reprenais contact avec mon animalité, c’est à dire que j’étais sans attente, sans projet, sans souci. Simplement présente dans l’instant que je m’étais choisi, et qui était celui-là, entre quinze heures trente et seize heures vingt. 

J’étais juste un petit point solitaire sur l’espace démesuré d’une plage du Finistère, à peine plus visible que les bouées jaunes qui délimitaient encore la zone de baignade. Aberration économique, je ne faisais rien. Je ne servais à rien. Je n’étais absolument pas productive.  Mes pensées étaient restées chez moi. Le passé était derrière, le futur par encore là. J’étais juste là, habitante de mon corps et de la planète. Entre le tout et le rien.

Et j’étais vraiment bien.

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Photo :

Sables Blancs, septembre 2015