Alors que je veux libérer mon pinceau, aller vers une peinture plus spontanée, gestuelle, abstraite, mon esprit semble vouloir s’ancrer dans ce qui fait mon quotidien : le ciel, la terre et l’eau.

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30×50 cm

C’est une curieuse attraction qui s’exerce, une force qui m’entraîne vers le connu et le rassurant, plutôt que de me laisser aller explorer les confins de ce qui ne ressemble à rien. Qui sait ce que j’y trouverais? Lisant les travaux de Jung en parallèle de mes explorations artistiques, je ne peux m’empêcher de sourire en imaginant que se situe justement là la frontière entre conscient et inconscient, territoire hautement sensible sur lequel on ne s’aventure pas sans quelques précautions.

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50×30 cm

Pourtant, c’est exactement à cet endroit que je me trouve bien. Entre le connu et l’inconnu, là où le réel s’estompe pour laisser place aux rêves et à l’imagination. Là où ce que l’on croyait savoir se dissout et où ne restent plus que des sensations, des émotions qui nous promènent dans des territoires sans limites, qu’ils soient intérieurs ou extérieurs.

Face à ce que je perçois comme une résistance intérieure, je me dis qu’il faut faire preuve de patience. Continuer à emprunter ces chemins de sable et d’eau, jusqu’à ce que ciel et terre se confondent, que l’apparence de la nature ne soit plus que l’image échevelée d’elle-même. Pas à pas, laisser derrière soi ce qui semble réel pour aller vers un ailleurs dont on ne sait rien. N’est-ce pas d’ailleurs ce que l’on est censé faire dans la vie?

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80×80 cm

Mais dans ce monde d’assureurs et de banquiers, le goût de l’aventure nous est peut-être passé. Pas un titre de journal, pas une publicité qui ne tire la corde fine de nos peurs. Les élans sont coupés, la spontanéité brimée. Pour avancer, il faut aller les chercher, ces mouvements intrépides et joyeux qui couvent au fond de nous. Se dégager de la gangue qui nous protège autant qu’elle nous enferme, et se lancer.

Ce que je partage ici de mon travail, mais aussi de mes doutes, de mes errements, de mes difficultés me permet d’aller vers davantage de sincérité et d’authenticité. La tentation est grande de ne donner à voir de soi et de ce que l’on produit qu’une image léchée, aboutie et parfaite. Mais c’est mentir, parce que rien ne se fait sans un lent et patient labeur, sans remise en cause et découragement, sans tous ces moments où notre humanité s’exprime dans toutes ses contradictions. Ainsi, cette dernière toile ci-dessus, je l’ai faite et refaite, elle est un empilement de ratages et de couches de gesso blanc. Et je n’en suis toujours pas contente. J’y ai passé des journées entières, et à la fin de ces heures de travail, ne me restait que l’amertume de n’avoir pas su aller là où je voulais.

Ainsi donc s’exerce l’attraction du paysage, dans ce moment où mon esprit est dans un trop-plein de questionnements, où mon corps attend un atelier plus grand pour pouvoir s’y lancer franchement. Je prends les chemins connus, en attendant d’avoir le courage de me perdre.