Elle entre dans la galerie précédée des deux cannes qui l’aident à maintenir son équilibre. Elle est petite et enrobée d’un manteau de laine aux couleurs nuancées. Elle me dit qu’elle a vu l’article dans le journal qui mentionne mon exposition. Ce qu’on apercevait sur la photo lui a donné envie de venir. Elle ne sort plus beaucoup. Un ami l’accompagne, grand et mutique. Elle me dit qu’elle ne voit pas bien car ses yeux sont malades. Elle s’approche des tableaux. Lève le nez. Me parle des couleurs, de ma palette. De temps en temps, elle laisse échapper un petit rire cristallin qui lui donne un air de jeune fille facétieuse. Elle regarde mieux. Se laisse envahir par un rouge particulièrement sonore. Commente mon travail. Parfois, elle se tourne vers son accompagnateur et demande : Hein André? André est gentil et il acquiesce. Je ne sais pas vraiment ce qu’il pense de tout ça.

La visite dure. Ma visiteuse s’arrête devant chaque toile. Elle remarque ici un détail, ou bien ces petites lignes blanches qui ressemblent à une écriture. Ah, vous avez écrit des choses que vous ne voulez pas nous dire! Je ris devant tant de perspicacité et lui réponds que pour quelqu’un qui voit mal, elle remarque bien plus de choses que d’autres dont les yeux fonctionnent très bien! Il y a quelque chose de primesautier dans sa manière d’aborder les toiles les unes après les autres. On dirait qu’elle se promène dans un jardin où mes couleurs font écho à tout ce qui, en elle, vit et palpite. Hein André?

Plus tard, elle me dira qu’elle a dû arrêter l’école très tôt pour des raisons de santé. Elle aurait aimé faire les Beaux-Arts, mais ça n’a pas été possible. Elle rit encore, mais son sourire s’est attristé. Je devine que la vie a laissé sur elle quelques cicatrices. Elle s’appelle Léa et elle fait partie des personnes délicieuses que l’exposition à la Galerie Rouge m’a donné l’occasion de rencontrer. C’est aussi ce qui donne tout son sel à ce métier.

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La Galerie Rouge à Pont l’Abbé