Extimes pensées

Dans un roman que j’ai adressé à plusieurs éditeurs, mais que ceux-ci n’ont pas encore eu le courage (ou la folie) d’accepter, j’ai placé comme personnage central une femme écrivain, en panne d’écriture parce qu’habituée des romans feel good à succès, elle rêve d’aller vers une écriture plus intime. Cependant la peur de se dévoiler, de ne rencontrer que honte, ridicule ou évidence de sa propre banalité la paralyse au point qu’elle ne peut plus écrire une ligne. L’histoire ne tourne pas autour de cette problématique, mais celle-ci est la preuve, s’il en fallait, qu’on met beaucoup de soi dans ce que l’on écrit. Les préoccupations de mon personnage sont les miennes depuis longtemps.

Je ne conçois pas la démarche artistique sans sincérité ni authenticité. Or, qui dit sincérité dit dévoilement et, comme me le faisait remarquer un ami, prise de risque. Parce que oui, on prend toujours un risque à parler de soi. Surtout à l’heure où internet est devenu une archive aux dimensions illimitées d’où l’on peut exhumer les photos de la soirée déglinguée d’il y a dix ans, ou ce billet vengeur dont on n’est pas très fière. Cependant, être capable de partager sa vulnérabilité d’humain est aussi ce qui permet d’entrer en résonance avec l’Autre, que ce soit par la parole, l’écrit, ou toute démarche artistique. C’est le fondement de l’empathie.

 

 

Travaux préparatoires sous forme de collages

Je suis dans un moment où je réfléchis intensément (si, si!) à l’écriture, et plus spécifiquement à une écriture qui soit souple, légère et que je puisse facilement partager, diffuser, sans être tributaire du filtre de l’édition. Une écriture qui serait une exploration, mais aussi l’occasion d’échanges. Une écriture à mi-chemin entre celle, ludique et inattendue, qui surgit parfois des consignes d’un atelier d’écriture (comme ces « poèmes » nés de la lecture décalée du journal, la semaine dernière) et celle plus intime du journal, faite de réflexions, de rêves, de rencontres, et autres pratiques épistolaires et picturales.

Je crois aussi, peut-être à tort, que ceux qui lisent un auteur, qui apprécient l’œuvre d’un peintre sont en demande de cette sincérité. D’une certaine façon, l’écrit, le tableau, s’ils nous intriguent, nous touchent, agissent comme des portes qu’on a envie d’ouvrir pour connaitre mieux celle ou celui qui les a conçus. Vient une envie de saisir la création dans son ensemble, le chemin qui a conduit à cet « aboutissement momentané » qu’est le livre, le tableau, la chorégraphie, la photo, la sculpture… L’art n’est peut-être rien d’autre qu’une manière  détournée (ou évoluée) de nous rapprocher les uns des autres?

Vous voilà donc prévenus. Cet espace risque de changer peu à peu de nature. Il ne sera plus une simple vitrine pour ce que je crée, mais aussi une lucarne sur ce qui m’agite, m’émeut, me questionne. Je risque de parler de moi. De mettre mon ego sur la table. Même si j’espère malgré tout éviter cet écueil-là, parce que ma volonté est d’abord initiée par un désir d’échange et de partage.

Cette page était la première de mon journal extime*.

(* relatif à la part d’intimité qui est volontairement rendue publique, dit Larousse…)

10 commentaires sur “Extimes pensées

  1. Une lucarne et peut-être un miroir, et plus encore une porte ouverte. Je suis d’accord avec ton ami, écrire, c’est prendre un risque, comme toute démarche d’aller vers l’autre et de laisser regarder. J’ai fait cette constatation, simplement par les chroniques sur le blog, même en partageant une lecture, finalement on dit beaucoup de soi. L’art, oui, j’ose le croire, est un mouvement vers l’autre, l’envie de partager des regards. Ne dit-on pas  » expression  » artistique, ( s’) exprimer.

  2. Bonsoir Gwenaëlle (je suis épisodiquement ton blog depuis certain atelier d’écriture que tu animais 😉 ),

    Connais-tu cette citation (attribuée à l’auteure québecoise Claudine Paquet, mais je ne sais pas d’où elle est tirée) : « Écrire, c’est se cacher derrière les mots tout en se mettant à nu. »

    Quant à l’expression extime, il y a belle lurette, je l’avais découverte avec le « Journal extime » de Michel Tournier. Ce serait même lui qui serait à l’origine de ce néologisme.

    Après ce premier billet « extime », je pense être plus assidu à ton blog 😉 !

    Michel

    1. Bonsoir Michel, non, je ne connaissais pas l’expression, mais elle me paraît très juste. Quant au Journal extime, oui, j’en ai juste entendu parler. Une lecture à rajouter dans une longue liste… 😉 Bonne soirée et à bientôt alors.

  3. Je te suivrai! (sauf dans la mer bretonne l’hiver)
    Figure toi que ce matin on racontait que les premiers chapitres d’un roman de claude Simon avaient été envoyés (sans son nom) à 19 éditeurs, qui les avaient ignorés ou refusés. Bon courage tout de même! ^_^

Envie de réagir?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.