Alors avant d’évoquer le petit moment que j’ai passé dans cet antre sympathique, révisons un peu. Qui sait ce qu’est une billig? Oui, toi, qui lèves le doigt au fond? Gagné, c’est cette grande plaque ronde sur laquelle on fait cuire les crêpes, en Bretagne (et parfois ailleurs).

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Book’n billig, c’est un lieu discret, à l’esprit brocante, qui se cache dans la rue de la Providence, à Quimper. Les étagères sont un peu de guingois et les livres posés dessus sans ordre autre que celui dicté par le hasard. Des livres d’occasion, pour les grands et pour les petits. Des tables blanches, un sol vert. Frais, pimpant, surtout sous la lumière dispensée par la verrière. Des soirées y sont aussi organisées. Jeux, concerts, spectacles.

Le midi, c’est rempli. L’après-midi, l’atmosphère est bien plus calme. Deux avocats discutent plaidoiries et inculpés. Voix posées, sûres d’elles. Costumes gris. Entre la salle d’audience et la crêperie, pas de différence. On se prend au sérieux. Puis deux jeunes femmes leur succèdent. Un bébé dans les bras. L’enfant tète le sein de sa mère. Plus tard, assis sur les genoux de cette dernière, réjoui, il me regarde, comme prêt à dévorer au moins deux crêpes pommes-caramel, voire le monde entier s’il se laisse faire! Babillages-pépiements d’oiseau. Il s’appelle Corentin, comme le saint patron de la cathédrale de Quimper. Un beau bébé. De ceux qu’on a envie de croquer. Les femmes roucoulent pour charmer leur petit prince.

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J’ai ouvert un cahier, pour noter. Quoi? Pas grand chose. Des bribes qui peut-être plus tard m’aideront à restituer l’atmosphère. Je bois une tisane, regarde autour de moi. Des photos au mur. Les œuvres exposées changent. Les objets sont anciens, chinés sans doute pour la plupart. Ils racontent une histoire, celle d’une autre vie. La tasse au liseré doré. La cafetière qui a perdu son couvercle. La table. Le cadre ancien.

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Par la vitrine qui donne sur la rue, je vois des gens passer, emmitouflés comme si c’était l’hiver. Il fait plus de dix degrés dehors. Noël se profile à l’horizon, à peine une semaine. Je vois la date approcher avec un sentiment d’irréalité. Mon intérêt est ailleurs. Je me sens presque étrangère à l’esprit de cette fête, cette année. Sans s’être concertés, mes enfants ont affirmé qu’ils n’avaient besoin de rien. Je les sens éloignés, eux aussi, de la liesse consumériste. Mon plus jeune fils m’a dit l’autre jour : j’ai l’impression d’avoir tellement de choses déjà. Et dans ce tellement, j’ai entendu un « trop ».

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Cette tisane du berger m’a inconsciemment éloignée du dehors et ramenée vers ce qui me parait essentiel. La chaleur, la nature dans sa simplicité d’herbe coupée, les étoiles, une forme d’harmonie avec le cosmos. Bien sûr, la tentation est forte de dénoncer l’ab-sens de la fièvre consumériste qui saisit le monde occidental à l’approche des fêtes, mais c’est aussi une posture facile qui ne fait rien changer.

Je préfère essayer, même si c’est avec les moyens du bord, de me reconnecter avec ce qui donne du sens – l’étoile du berger – et du goût – les herbes. Avec ce qui réchauffe – le breuvage, la pièce chaleureuse, le sourire de l’enfant. Avec ce qui nourrit le corps et l’esprit – la crêpe et son parfum, les livres et leurs histoires. Avec ce qui apaise – ce temps pris pour moi. Et un peu pour vous aussi…

Passez de belles fêtes!

Book’n Billig, rue de la Providence, Quimper. Toutes les informations ici