Elans contraires

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Acrylique et pastels à l’huile sur toile, 80 x 80 cm

Cette nouvelle pièce, dans le jeu de puzzle pictural qui s’inspire des roches de l’estran – celles que la mer découvre et recouvre au gré des marées – résume aussi mon état d’esprit du moment. Elans contraires. Peu à peu, par amoncellement de réflexions et enchainement des jours, une clarté diffuse apparait dans ce qui, ces derniers temps tenait de la chambre noire. 

Chambre noire, non pas comme un vilain cabinet où quelque punition m’aurait confinée, mais comme ce lieu qu’il est nécessaire de fréquenter parfois pour perdre ses repères momentanément, et apprendre à voir avec d’autres sens que les yeux. Toucher, sentir, écouter, ressentir. Essayer de trouver ce fantasme de vérité tapi au fond de soi : ce que je veux. Laisser décanter l’accumulation des sédiments. Stabiliser la boussole.

Ce que je veux faire. Ce que je n’ai plus envie de faire. Tiraillée. Et toujours l’horizon de la mer en face de moi. Si je ne veux plus être dans la narration, si parler de moi n’a que peu d’intérêt, que me reste-t-il? Un continent de possibilités, un océan d’idées. Je suis de celles qui ne se jettent pourtant pas à l’eau sans savoir vers quel ilôt nager.

L’infini n’a de signification que comparé au fini. J’ai besoin de trouver un sens – au moins physique – à ce que je fais. Je ne peux envisager le travail de fourmi que si j’ai conscience de l’existence de la fourmilière. Mes gestes, phrases, pensées, actions doivent être contenues dans un cadre, une bulle, une matrice qui leur donne un sens, même si ce dernier est arbitraire et subjectif. Car ce qui fait sens pour moi peut paraître absurde aux yeux d’une autre.

Une fois qu’une globalité a été définie, l’imaginaire peut prendre le pouvoir. Il peut décider de la forme et du fond, du contenu et de la manière de le faire entrer en résonance avec les autres travaux, même les plus minuscules, qui seront élaborés au fil des jours.

Les jardiniers utilisent parfois des cloches de verre pour protéger leurs plantations du trop d’eau, trop de rayonnement, trop de prédateurs. C’est exactement l’idée que j’ai en tête en évoquant cette nécessité d’une vision globale : un dôme – non pas de verre, mais fait d’une matrice respirante – qui clôt et laisse voir, qui protège et contient, qui filtre et organise.

Quand le travail de création aura pris racine, quand ses branches réclameront davantage d’ampleur, quand poussé par son élan vital, il s’élancera vers la lumière, il sera toujours temps de soulever ce qui le contenait pour le laisser se déployer dans l’espace et dans toutes ses dimensions.

 

6 commentaires

  1. Marilyne

    Je me retrouve énormément dans tes couleurs, tes élans et tes mots. Et pourtant, je n’ai jamais tenu un pinceau 🙂 . Comme toi, j’ai besoin d’un espace comme une bulle en retour à soi avant de s’élancer, et s’élancer vers…, ce n’est pas tant l’objectif que le sens donné à cet objectif, qui permet de garder l’équilibre ( et les yeux vers l’horizon ;))

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