Le chemin bleu

Pour une fois, j’ai pensé à prendre des photos du tableau en cours de réalisation. Je suis toujours intéressée par les méthodes de travail des autres artistes, alors naïvement, je me dis que mon propre processus (qui n’a rien d’original) peut aussi en intéresser certaines ou certains. Voici comment tout a commencé :

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Pour cette première couche, il s’agit de peinture acrylique fluide, noire, que je répands très librement au pinceau, en la délayant parfois avec de l’eau, ou que je travaille ensuite avec une brosse plus large. Instinct total. Aucun souci de « faire » quoi que ce soit, à part peut-être chasser tout ce blanc qui peut devenir paralysant.

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Ensuite, je commence à étaler quelques couleurs. A vrai dire, sans trop réfléchir non plus. Là, j’avais en tête quelque chose de terreux. La terre froide et brune, ou chaude et bouillante quand on en approche le centre…

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D’emblée, certaines zones de couleurs trop larges appellent la rature, le bouleversement, une forme de chaos. Il faut briser ce qui s’élabore. Eviter la facilité. Augmenter le niveau de défi. Il y a quelque chose de très enfantin dans cette étape de « barbouillage » où je me dis : je verrai bien après. Il sera toujours temps de masquer, de réduire, de corriger.

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Peu à peu, une sorte d’organisation émerge du chaos. Il y a des zones intéressantes auxquelles je ne veux pas toucher, comme par exemple les sortes d’arches faites à la peinture noire à la toute première étape et qui bariolent l’horizon. Pareil avec le rouge qui brûle en transparence, et laisse voir quelques veines noires.

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Cette dernière photo ne montre pas le tableau terminé, mais là, je me sens presque au bout de mes peines. Le chaos s’est mis en ordre, mais il demeure une sensation de mouvement, comme si les masses vertes, rouges, brunes pouvaient basculer et transformer le paysage en un puzzle à refaire. Le chemin bleu se perd derrière la colline sans qu’on sache comment faire pour le rejoindre. J’ai toujours été fascinée par ces routes qui prennent la couleur du ciel après l’orage, et c’est cela que je vois sur cette toile. Un paysage lavé par la pluie, où certaines couleurs commencent à resplendir, tandis que d’autres, gorgées d’humidité absorbent la lumière. Le vent pousse les nuages, décoiffe l’horizon. Le quart inférieur gauche demande encore une légère intervention, mais cela ne devrait pas remettre en cause la perception globale.

 

13 commentaires

  1. aifelle

    C’est le chemin que j’ai repéré en premier sur le dernier tableau, un départ vers quelque chose ? … Sur la première esquisse, je te croyais partie vers de la calligraphie.

    1. Gwenaëlle

      Merci Maryline. Je devrais prendre les étapes en photos plus souvent parce qu’il arrive qu’une fois la toile terminée, je me dise tiens, telle zone est vraiment chouette, mais je n’ai plus du tout idée du chemin suivi pour arriver là ! 😳

  2. GaïdG

    Génial ! Merci beaucoup pour ce déroulement des étapes : je trouve ça fascinant ! Et ça rend le tableau final paradoxalement encore plus ouvert à interprétation – C’est comme quand on ouvre une montre : le simple cadran dévoile un système complexe de rouages hypnotisants !

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