Deux heures après l’éveil, déjà les rêves s’effacent. Présence étrange d’une personne que je n’ai pas vue depuis très longtemps. Si réelle pourtant. Souvenir d’une tendresse qui ne pouvait pas se dire. Le ciel bleu frais. La mer calme, découpée en bandes de couleurs selon les courants. Reflets argentés dans lesquels se jettent les goélands. Le pas matinal est plus élastique, car il ne supporte pas encore le poids de la journée. Les muscles ne demandent qu’à jouer. Et le chien court dans le sable après les galets que je lance, creusant des cratères où la moitié de son corps disparait. La plage après son passage a quelque chose de lunaire.

Ce jour où le monde se réveille plus lentement, oublie la frénésie, s’adonne à la paresse. A cette heure sans bruit, j’aime être dehors. Aucun mur n’arrête mon regard qui glisse sur la mer, suit le bateau à moteur qui s’élance dans des gerbes d’écume. Cette sensation d’être le premier à fouler la neige, à troubler l’eau de la piscine. Par un velux ouvert, j’entends un homme qui parle dans son téléphone. Sa voix résonne dans les rues vides.

La fraîcheur du matin se glisse dans mon cou. Des nuages légers voilent le soleil. Dérive lente de continents en pointillés. La température devrait s’élever. Je ne sais pas si la marée monte ou descend. Elle est à la moitié. Quelques algues sur le sable, humides encore, et les traces qu’ont laissées les vagues en repartant. Peut-être qu’elle descend. Le chien est fatigué par ses opérations de terrassement. Sa langue pend. Dans quelques heures, la mer aura effacé les pas, les empreintes de pattes, et comblé les trous.

Je regagne l’asphalte. Prends le chemin du retour. Le chien me suit, docile. Son regard doux, sa fourrure épaisse et sa manière de caler son pas sur le mien. Au bout de la jetée, un cormoran attend l’heure propice pour plonger. Il a le regard aigu du marin expérimenté. Je revois les images de mon rêve. Me demande où elles sont nées. Il y a tellement longtemps. Je croyais avoir oublié. Je veux croire qu’il y a là quelque écho à d’autres pensées, qui ne m’appartiennent pas. Comme si la nuit était le lieu où le passé peut enfin être réparé.

Catégories : journal extime

4 commentaires

lewerentz · 8 avril 2018 à 11 11 55 04554

Vos rêves vous inspirent décidément de très beaux textes !

gambadou · 8 avril 2018 à 18 06 26 04264

C’est si agréable de te lire

    Gwenaëlle · 8 avril 2018 à 20 08 31 04314

    Ton commentaire me fait très plaisir. Merci! 😀

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