Henry Moore à Landerneau

En Bretagne, on est loin de Paris, mais on a quand même quelques atouts : la mer, les galettes, et le Fonds Hélène et Edouard Leclerc à Landerneau. Il est encore temps d’aller y voir l’exposition d’été consacrée au sculpteur Henry Moore (1898 – 1986), qui retrace sa vie et sa carrière. Plutôt que de vous faire un résumé de cette visite, je vais vous parler plutôt de ce qui m’a étonnée et intéressée.

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Nécessaires ingrédients (merci S!)

Le rêve de devenir sculpteur vient très tôt. Dès le début des années 20, c’est à dire lorsque Henry Moore a à peine vingt ans. Conscient que les grands sculpteurs qu’il admire étaient tous de très bons dessinateurs, il se forme à l’Ecole d’art de Leeds. On peut voir dans ses cahiers de nombreux croquis de figures humaines et de représentation des corps. Sous l’esquisse, on décèle déjà la préoccupation de la forme et du volume.

 

Pris dans le double courant de l’abstraction et du surréalisme, Henry Moore refuse de choisir. Pour lui « un bon travail contient toujours à la fois des éléments surréalistes et abstraits« . Il tente alors diverses expériences. L’exposition présente notamment ces sculptures faites de plâtre ou de bronze, percées de petits trous à travers lesquels sont tendus des fils.

Durant la Seconde Guerre Mondiale, alors que Londres est régulièrement bombardée, Moore reprend ses carnets de dessin. Dans les stations de métro qui servent d’abris à la population, il croque rapidement les personnes qui dorment là, dans des amas de corps et de couvertures. De retour dans son atelier, il dessine, blanc sur blanc, au crayon gras sur de grandes feuilles. Il passe ensuite, à l’aide d’une éponge, de l’encre diluée sur le papier. Le dessin, jusqu’alors presque invisible, apparait comme par magie. J’ai cru entendre qu’il avait découvert cette technique en dessinant avec sa nièce. Il retravaille ensuite son dessin avec d’autres couleurs, des traits d’encre à la plume.

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Henry Moore dans son atelier

Après la guerre, Moore s’installe à Perry Green, dans un hameau, au nord-ouest de Londres. Peu à peu, il annexe plusieurs bâtiments pour en faire ses ateliers, dédiés à différentes techniques. Moore utilise en effet le plâtre, le bronze, le bois mais aussi la fibre de verre par exemple. Cet Atelier des Maquettes est lié à la volonté du sculpteur de placer désormais ses sculptures dans la nature. Il travaille d’abord à l’échelle de la maquette, qui lui permet de saisir d’un seul coup d’œil l’œuvre sous toutes ses facettes, et de juger ainsi quelle échelle sera la plus adaptée au site dans lequel la sculpture sera ensuite installée.

Après sa série de lithographies sur Stonehenge, Henry Moore s’engage dans un nouveau rapport entre la sculpture et le paysage.

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Cocoon 1952/53

Après avoir longtemps exploré les figures allongées, il travaille davantage dans la verticalité. Forme dans la forme, il suggère un intérieur et un extérieur à travers des sculptures qui s’arrondissent et semblent protéger une autre figure à l’intérieur d’elles-mêmes.

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Mother and Child : Block Seat (1983/84)

A l’extérieur du musée, et dans la ville de Landerneau, on peut voir quelques-unes des œuvres monumentales du sculpteur. Celle ci-dessus m’a étonnée parce que tout semble partir d’une main très figurative placé dans le giron de la mère. L’œil remontant le long du bras perçoit alors un corps de plus en plus abstrait. D’abord centré sur le réel, la chair, le regard est comme forcé de prendre conscience d’une sorte de quintessence humaine et maternelle.

Etre artiste, c’est une vocation. C’est aussi une vision. Ceci est très clairement exprimé à travers ce parcours – forcément bref vu le nombre d’œuvres créées – qui guide le visiteur dans l’œuvre d’Henry Moore. Il est toujours fascinant de voir comment la volonté créatrice  de l’artiste se nourrit des diverses expériences qu’il traverse (ici, les courants artistiques, la guerre, le paysage…), les digère, les assimile pour ensuite faire jaillir quelque chose de novateur et d’intensément personnel.

Une sculpture doit être comme la nature ; comme la nature vivante, non comme une sorte de nature statique. La nature organique, ou comme il vous plaira de l’appeler, est différente de tous les points de vue. Et c’est cela que doit, à mon avis, être la sculpture pour conserver toujours son intérêt.

Henry Moore

L’exposition Henry Moore est visible jusqu’au 4 novembre 2018,

aux Capucins, à Landerneau. 

Ouvert tous les jours, de 10h à 18h. 

4 commentaires sur “Henry Moore à Landerneau

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