Je me rends compte que je n’ai pas été très assidue dans mes publications sur le blog. Il faut dire que septembre et octobre ont été des mois houleux, agités par des émotions contradictoires.

La mort s’est invitée une première fois, dans la vie d’un ami, et cela a considérablement bouleversé le paysage qui était en train de surgir. Puis l’énergie créatrice a repris le dessus. Je suis partie en Corse quelques jours, accompagnée de ma sœur, pour voir ma mère malade. Nous avons partagé de beaux moments, et quelques fous-rires mémorables. Nous, les deux sœurs, ne nous étions pas trouvées seules ainsi, sans conjoints ni enfants, depuis belle lurette. Notre complicité, mise en sourdine pendant tant d’années, a pu s’exprimer de nouveau.

C’est au cours de ce voyage, alors que j’avais trois heures à tuer à l’aéroport d’Orly, que j’ai commencé à envisager un élargissement de mes perspectives. Pourquoi là? Dans ce fauteuil, dans cette salle d’embarquement? Soudain, les idées ont afflué, au point que j’ai failli rater mon avion.

Depuis plus d’un mois, je réfléchis aux meilleurs moyens de promouvoir mon travail et de partager la passion qui m’anime. Ma tête et mes carnets se sont remplis de projets qui vont voir le jour bientôt, étalés sur les quelques mois à venir. Tout cela créé une certaine tension intérieure et une grande excitation aussi.

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Puis la mort s’est invitée une deuxième fois. Ma mère, qui semblait aller mieux, est décédée brutalement, en quelques minutes, chez elle. Il m’a fallu plusieurs heures pour réaliser. Le tourbillon des démarches et des actions a entreprendre s’est imposé à une telle vitesse que j’ai à peine eu le temps de ressentir les effets de cette disparition. Je suis repartie à Calvi, après un nouveau transit à Paris. Journées émotionnellement éprouvantes, physiquement harassantes. Mais nous étions en famille, et nous nous serrions les coudes. Quelques dîners partagés ont été aussi l’occasion de laisser sortir la pression de la journée avec de grands éclats de rire. Ce n’est que de retour chez moi que j’ai pu entendre résonner la vraie signification de ces mots : plus jamais… 

Dans le même temps, un couple de voisins, certes âgés, mais pour qui j’avais une réelle sympathie, se sont éteints, eux aussi, l’un après l’autre, à trois semaines d’intervalle. Ils m’ont fait penser à ces oiseaux qui ne peuvent pas envisager de vivre l’un sans l’autre : quand le premier est parti, l’autre se laisse mourir… Depuis, leur maison, que je vois de mes fenêtres, reste fermée et cela me cause toujours un pincement au cœur.

J’ai repris ce matin une série de peintures sur papier que j’avais entamées le jour où ma mère est partie. Elles étaient inachevées, et il a fallu attendre presque trois semaines pour que je puisse me pencher sur leur cas. Ce n’est jamais anodin, ce genre de symbole. Dans ces circonstances, la joie de la famille retrouvée se mêle à la perte de ceux qu’on a aimés. Ce qui donne envie d’aller de l’avant se charge aussi du poids de ce mot « fin » qu’on connaîtra tous un jour. L’ombre et la lumière vont bras dessus, bras dessous et on n’a pas d’autre choix que d’apprendre à faire de même.

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Je regarde ces peintures et j’y vois l’énergie fracturée, l’élan fissuré, quelque chose qui craque, trébuche et finit par se dissiper. D’une certaine façon, cela résume bien la façon dont ma mère a vécu et dont elle est morte. J’aurais pu renoncer à finir ce que j’avais entamé ce jour-là. Mais il y avait encore un geste à accomplir. Un adieu, un hommage, je ne sais pas. Une manière de lui dire : malgré tout ce qui a pu nous séparer, je ne t’en veux pas, je ne t’en veux plus.

Requiescat in pace, mamma. 

Catégories : journal extime

9 commentaires

Enna · 7 novembre 2018 à 13 01 47 114711

Ton billet est beau et émouvant! Je t’embrasse!

saxaoul · 7 novembre 2018 à 19 07 30 113011

Ton texte me fait presque pleurer…

    Gwenaëlle · 7 novembre 2018 à 22 10 24 112411

    Merci Saxaoul. Bon, je vais passer à des choses plus légères maintenant… je ne veux pas attrister toute la blogosphère ! 🙂

anne7500 · 7 novembre 2018 à 19 07 42 114211

J’aime beaucoup cette phrase : « L’ombre et la lumière vont bras dessus, bras dessous et on n’a pas d’autre choix que d’apprendre à faire de même. » Je t’envoie toute ma sympathie, Gwenaëlle, je t’embrasse.

    Gwenaëlle · 7 novembre 2018 à 22 10 19 111911

    Merci Anne, c’est très gentil. Bises.

aifelle · 8 novembre 2018 à 8 08 11 111111

Il y a des moments dans la vie où l’on est particulièrement confronté à la perte et tu es en plein dedans. Je suis désolée pour ta mère, au moins tu as pu profiter de bons moments avec elle il y a peu. (je vois quelque chose qui saigne dans tes dessins ..)

    Gwenaëlle · 8 novembre 2018 à 11 11 17 111711

    Tu vois juste, Aifelle… Merci pour ton commentaire.

gambadou · 13 novembre 2018 à 22 10 47 114711

Beaucoup de déchirures ces derniers temps, mais aussi des rires et des retrouvailles. De quoi continuer à remplir de vie tes tableaux.

    Gwenaëlle · 13 novembre 2018 à 23 11 38 113811

    Oui, un concentré d’émotions contradictoires! 🙂 Tu as l’air d’avoir apprécié ton voyage au Canada! À bientôt Gambadou.

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