J’assiste aux vœux du maire. La grande salle des fêtes, l’orchestre sur l’estrade, les petits-fours dont on s’empiffre tout en discutant avec les uns et les autres dans la chaleur de la salle où le brouhaha ne faiblit pas. Des visages connus et d’autres qui le sont moins. J’ai mis une jupe et des talons. Quelle drôle d’idée! C’est intéressant de se pencher sur l’avenir d’une petite ville comme Douarnenez. C’est l’heure du bilan et de l’évocation des projets. Pour vivre, il faut attirer des touristes, des familles qui pourraient venir s’installer, des médecins, des commerçants. La municipalité a décidé de faire réaliser un film promotionnel. Je le trouve assez réussi. Des images, une musique forte et pas de blabla. Mais cela suffira-t-il à convaincre de venir vivre à Douarnenez?

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Peu à peu, de nouvelles formes de création émergent. J’ai envie de m’aventurer sur des terrains que je ne connais pas. Le livre d’artiste en fait partie. J’aimerais aussi travailler la matière sonore. Et puis élaborer des ateliers, des stages. Sans pour autant renoncer à peindre et à écrire. Tout cela demande du temps. Pour apprendre, se former, déterminer plus précisément la direction dans laquelle aller. Peu à peu je m’aventure hors du sentier balisé – peinture/exposition – pour aller vers une pratique qui me correspond davantage. J’aime apprendre et je suis une touche à tout dans l’âme. Ma conception de la vie n’est pas linéaire mais arborescente.

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Je vais chez Déc***** pour trouver du matériel de yoga. La femme qui me répond, à l’accueil, doit faire au moins deux choses en même temps : répondre au téléphone (elle est munie d’un casque avec un micro) et accueillir ceux qui veulent un renseignement ou bien échanger des produits. Elle est la preuve vivante que le concept du multitâches est une vaste fumisterie et un danger pour la santé mentale. L’employée n’en peut plus. Son cerveau essaie de faire tenir ensemble les morceaux disparates du réel, mais cela lui demande une énergie folle. Elle me donne des indications tout en voulant noter sur un papier ce que lui a demandé son interlocuteur par téléphone. Ses doigts dérapent, son regard ne se pose pas, son visage est contracté par l’effort. Court-circuit. J’ai envie de lui demander : mais qui t’oblige à faire ça? Quel est le crétin de manager qui a inventé cette torture? Je n’ose pas imaginer son état quand elle rentre chez elle le soir…

J’erre dans les allées du magasin. Je trouve tout d’une laideur écrasante, et le matériel que je voulais n’y est pas. Je pense à ce documentaire sur le minimalisme visionné quelques jours auparavant. Je suis exactement dans ce que les adeptes de cette pratique dénoncent : un temple de la consommation cheap et jetable, remplie d’objets de qualité médiocre, servi par employés maltraités. C’est le symbole de cette économie à bout de souffle et d’arguments qui épuise le monde. Je ressors les mains vides.

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Acrylique sur papier, sans titre pour le moment, format A2

Je peins sur des feuilles de format plus grand, mais je n’arrive pas à dépasser ce que je sais déjà faire. J’ai besoin d’utiliser ma technique mais aussi d’aller dans d’autres directions. Je peine à trouver cette voie-là, peut-être parce que pour le moment, d’autres, plus alléchantes se dessinent à l’horizon. Pratiquer un art, c’est passer son temps à se remettre en question, à s’interroger. Je me rends compte que j’ai du mal à accepter les situations quand elles deviennent inconfortables, quand je dois me dire « non », ou m’obliger à faire preuve de persévérance, de ténacité. Je glisse trop facilement sur la pente de la facilité.  Bien souvent, prendre une décision entre en conflit avec des désirs opposés, et il faut que ce qui motive la décision soit plus fort que les messages du cerveau reptilien, qui susurre : mais reste tranquille, ne te prends pas la tête, pourquoi tu ferais ça d’abord, tout le monde s’en fout… Je me projette dans un futur plus ou moins lointain : qu’est-ce qui fera une vraie différence quand je l’aurai réalisé? De quoi pourrai-je être fière? Que m’aura apporté le cheminement pour atteindre le but que je me suis fixé? Prendre le problème par l’autre bout permet de voir ce qu’on va y gagner plutôt que la tranquillité qu’on va peut-être perdre.

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Entre chien (de Douarnenez)…

J’aime les lumières de l’hiver, aussi. Je me balade le soir, entre chien et loup. L’heure bleue arrive dans la douceur qui succède à la tempête. Mon chien à moi – qui n’est pas loup – creuse des trous dans le sable à la recherche des cailloux que je lui lance. Je croise une passante qui parle dans son téléphone. Elle dit, dans un sourire, à son interlocuteur : j’aimerais te dire oui. J’aime l’ambiguïté de cette phrase. J’ai soudain envie d’écrire un texte qui commencerait comme ça :

J’aimerais te dire oui…

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et loup (d’Argol).

 


9 commentaires

lewerentz · 1 février 2019 à 8 08 20 02202

Je suis sûre que mettre en mots tes questionnements va t’aider à trouver ta/tes nouvelle/s direction/s.

Le clip sur Douarnenez est sympa, oui, sauf la musique qui, à mon avis, ne colle pas du tout ! Je ne m’attendais pas à de la musique celtique, non, mais je trouve que le rythme ne colle pas aux images, elle les plombe carrément. Combien d’habitants compte la ville ?

Tu fais du yoga ? Un (autre) point commun 😉😊

    Gwenaëlle · 1 février 2019 à 11 11 06 02062

    Je crois que la commune a justement envie de sortir un peu du bretonno-celtique, et puis il y a un vrai brassage des cultures à DZ, d’où ce choix de musique je pense. J’aime bien. Il y a 15000 habitants à peu près.

    Oui, on a quelques points communs! 😉

Eleonore · 1 février 2019 à 12 12 02 02022

J’aimerais laisser un commentaire, mais à part que j’aime te lire, je ne vois pas… 🙂

    Gwenaëlle · 1 février 2019 à 12 12 15 02152

    Je trouve que c’est très bien comme commentaire! Ça me va parfaitement. Merci! 😍

sylire · 3 février 2019 à 16 04 06 02062

J’aime bien ces billets hebdomadaires 😉

    Gwenaëlle · 3 février 2019 à 18 06 00 02002

    Ils font écho à tes billets mensuels! 😉

gambadou · 3 février 2019 à 17 05 47 02472

Tu peux déjà être fier de tout ce que tu as réalisé

    Gwenaëlle · 3 février 2019 à 18 06 01 02012

    Merci! Et c’est très agréable d’avoir encore en tête d’autres choses à tenter, réaliser…

Semaine #5 – Gwenaëlle Péron · 8 février 2019 à 7 07 01 02012

[…] Et pour finir, je l’ai écrit ce poème qui commence par « J’aimerais te dire oui« … […]

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