Semaine #5

Je pars alors que la nuit est encore là. Je traverse les Monts d’Arrée à l’aube. Paysages mystérieux nimbés de brume. Les arbres sont des géants qui se tiennent par la main. La route brille par endroits, il fait froid. J’arrive dans la zone et me perds en rond avant de trouver le bâtiment de la bibliothèque départementale. Le hall est presque désert encore. Il est neuf heures. On m’offre un café que je bois en regardant les livres exposés. D’autres personnes arrivent. La journée de rencontre autour du livre d’artistes va bientôt commencer. Par les grandes baies vitrées, la pluie promise commence à tomber. Il parait que la première mention de « livre d’artiste » remonte à la collaboration entre Charles Cros et Mallarmé en 1860. Différents intervenants : des bibliothécaires du Finistère, une représentante du FRAC Bretagne, la responsable de l’artothèque de Brest. J’apprends des choses, découvre l’existence de lieux et de pratiques que je n’imaginais pas. Deux artistes sont là – deux hommes – leurs noms reviennent partout, tout le temps, comme s’ils étaient les deux seuls à créer des livres d’artistes dans la région. Je me penche vers mon amie en souriant. Il est en temps qu’on leur fasse un peu de concurrence à ces deux-là!

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Quelques uns des livres exposés

*

J’aperçois un dauphin près des bateaux dans le Port-Rhu en baladant les chiens, un matin. L’animal s’immerge, remonte en surface, comme ça pendant quelques minutes. Il me vient l’idée qu’il est peut-être entravé dans les bouts d’amarrage. Affolée – il faut sauver Flipper! – je cherche à joindre la capitainerie, puis la mairie. On me rassure : Flipper ou son cousin a l’habitude de venir se frotter contre les bouées et les bateaux. Tiens, d’ailleurs c’est vrai, le voilà qui se rapproche. Je l’appelle sans savoir s’il m’entend. Il vient vers moi, me montre son ventre blanc. Je suis comme une gamine qu’on a emmenée  à l’aquarium. Mon petit Beagle regarde la bête marine avec curiosité. Allez, il faut rentrer quand même, non? Je laisse Flipper à ses jeux d’ondes.

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La bête aquatique dans ses cercles concentriques (à l’avant du bateau).

*

Au cinéma, je vois « Edmond ». Ça me rappelle la classe de quatrième, la tirade, la seule, l’unique, celle de Cyrano. Le film est chouette comme une belle histoire bien racontée. On a besoin de moments comme celui-là. La salle est bien remplie, les gens rient. C’est  un hommage à l’auteur, mais aussi une ode au théâtre aussi, à la grande famille du théâtre.

 

*

Je m’amuse à peindre comme on répond à une consigne d’écriture. Je m’inspire de l’œuvre d’une artiste découverte sur Instagram quelques jours auparavant. De l’abstrait pur et dur, un jeu de superpositions et de formes, un format unique, une couleur comme fil directeur. Ce sont des créations numériques. Pour moi, ce sera peinture. C’est un jeu, une façon de sortir de l’habituel, qui finit toujours par revenir. J’ai beaucoup de plaisir à me lancer dans cette réalisation.

Je pense que je prolongerai l’exercice. C’est bien d’avoir des idées neuves pour aborder les choses autrement. Je m’amuse aussi à dresser une liste de tableaux imaginaires : Ce qui fut fenêtre, A gauche de l’aurore, Mise en scène de l’oubli, Palabres des marées, Prends appui sur le vent,  inspirée par des poèmes. Serai-je capable de commencer par ce qui est normalement la fin : le titre de l’œuvre…

*

A six heures trente du matin, une terrible explosion. Je suis assise à mon bureau en train d’écrire. Je sursaute, et manque renverser mon café. Une lueur dans le ciel au sud. Quelque chose brûle intensément. La fumée s’élève dans le bleu de la nuit. Mon cœur pulse fort. Peur atavique. Je pense à ceux qui vivent en état de guerre et subissent ces fracas à longueur de nuit, de journée. Traumatisme permanent. Ici, rien de grave, on l’apprendra dans la matinée : c’est le local de pétanque qui est parti en flammes! Ma doué…

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*

Je poursuis cette semaine avec une autre forme d’explosion : les couleurs d’un jardin sans fin. Quatre peintures faites ensemble, et qui forment une guirlande végétale à accrocher sur un mur. C’est une autre expérience de peindre plusieurs panneaux d’un même geste, dans une idée de continuité. Cette semaine aura été faites de multiples découvertes et expériences. Riche semaine…

Et pour finir, je l’ai écrit ce poème qui commence par « J’aimerais te dire oui« 

j’aimerais te dire oui

oui comme on promet

soir blanc d’un été à jamais

dans le souffle de l’aveu

oui comme un barrage

qui cède

j’aimerais te dire oui

parce que c’est toi et moi

faut-il des raisons

je ne sais pas

dire oui parce que ça chante

au dedans

sur la branche du matin

j’aimerais j’aimerais

mais comme moi tu sais

que la nuit tombe déjà

4 commentaires sur “Semaine #5

  1. Les fameux monts d’Arrée sont dans ta région ? C’est une réponse typique des mots-croisés et fléchés (dont je suis friande) et j’ai toujours un doute sur l’orthographe correcte. Il me semblait qu’il fallait un h quelque part…

    Tu dis peu sur la rencontre à la bibliothèque ; ça c’est bien passé ? Comment s’appelle ton amie ? Je suis toujours intéressée à découvrir des artistes.

    1. Non, non, pas de H dans les Monts d’Arrée. Oui, c’est à une heure de chez moi environ. C’est très beau et sauvage! Je parlerai de celle qui m’accompagnait la semaine prochaine, car je vais faire un atelier avec elle demain. Bonne fin de semaine à toi!

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