Une expérience intéressante

Une amie artiste – Irvi – anime au café des Voyageurs, à Lanvéoc, sur la presqu’île de Crozon un atelier d’écriture et collage. Depuis longtemps déjà, elle m’invitait à y participer, alors j’ai fini par me décider. Samedi dernier, armée de papier, ciseaux, colle – stylos, carnets je suis allée rejoindre le petit groupe qui se réunit là, sous la houlette d’Irvi, une fois par mois. La première consigne a été de découper une cinquantaine de silhouettes d’hommes, de femmes et d’enfants dans les magazines à notre disposition, puis de les coller sur une grande feuille format raisin. L’après-midi, on a écrit d’après un texte d’Henri Michaux, Quelqu’un quelque part. Il y a eu de très belles choses écrites et dites. C’était un très bon moment, très fertile.

Ambiance studieuse dans le souffle du radiateur. Dans le poêle, les braises peinent à réchauffer les vieilles pierres. Dehors, ciel laiteux d’après la pluie qui a nettoyé le pavé. Les visages sont penchés sur les feuilles où les silhouettes s’amoncellent. Des vies de papier à développer, à imaginer, tant de possibilités. La minutie des mains affairées. Comme de grands enfants revenus aux joies de la maternelle. Chacun, chacune recouvert d’épaisseurs de vêtements pour combattre le froid. Les tablettes de chocolat circulent, pour accompagner les boissons chaudes et stimuler les synapses. Je regarde les photos exposées aux murs. Elles parlent d’un été lointain. Des couleurs vives qui tranchent sur le gris hiver des pierres. (carnet d’atelier)

Les variations du temps

Chaque matin, chaque soir, je m’émerveille des couleurs, des nuances du ciel et de la mer. Douarnenez est une petite ville, c’est vrai, mais il y a tant de variables tout autour que la lassitude ne peut pas s’installer. Il y a des paysages qui suscitent la mélancolie et d’autres une joie intense. La pluie développe toutes les nuances de gris-vert, tandis que le soleil fait ruisseler l’or sur les façades. Je suis certaine que tout cela infuse en moi, provoquant je ne sais quelles associations qui transparaissent ensuite dans les mots, les toiles.

Des essais et des mots

Cette semaine, les mots sont venus contrarier les envies de peinture. J’ai travaillé sur deux paysages, entamés depuis quelques jours, mais je ne parviens pas à résoudre les toiles comme je le voudrais. Il me semble que c’est trop statique, par rapport à ce que j’aime et fais d’habitude. Alors, je me suis amusée à refaire d’autres essais, avec des couleurs différentes. C’est très loin de ma pratique. Cela permet de prendre conscience que faire quelque chose de simple qui fonctionne, qui étonne l’œil et interpelle l’esprit demande une longue pratique que je n’ai pas encore.

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Parallèlement à cela, j’ai cette envie d’écrire qui demeure toujours là, tapie dans un coin, attendant son heure. La lecture d’une interview de Christophe Manon, à propos de son livre Pâture de vent, publié chez Verdier, dans le magazine Diacritik m’a offert un nouvel éclairage sur l’acte d’écrire. Le passage suivant a particulièrement résonné en moi :

Il se trouve que je considère que les livres, du moins les miens, devraient produire l’effet d’alcools forts ou de puissants stupéfiants. Qu’il me semble qu’il y a dans les livres des propriétés prodigieusement addictives et hallucinatoires. Mais toutes les images se valent, dans la mesure où elles sont toujours cause de stupeur. Je ne choisis pas forcément pour matériau les plus saisissantes, les plus violemment contrastées, celles qui paraissent les plus extrêmes en un certain sens. Ce qui se passe là ne dépend pas du choix de l’instant ou de la nature de l’expérience, qui seraient plus ou moins dignes d’intérêts, mais de l’éclairage et de la capacité de révélation, au sens photographique du terme. Il faut employer le bon procédé chimique pour révéler une image et lui donner tout son contraste, toute son intensité et sa lumière. Le choix de l’image est secondaire, ce sont le regard et les moyens techniques de sa révélation, les opérations de déformation (saturation, superposition, détournement…) qui lui donnent ses propriétés sensibles et émouvantes, tout l’éclat et toute l’intensité que je désire, afin, oui, de tenter de rendre compte de la grâce des êtres et de l’intensité des événements, afin, peut-être, de témoigner de la fragilité des épiphanies. Je ne vois hélas pas d’autres mots pour définir l’exercice.

Je me replonge dans les cahiers que je tiens depuis 2003. Ce retour en arrière me permet de voir le chemin parcouru, et de m’interroger sur la femme que j’étais aussi, dans cette lointaine époque. Il me semble qu’elle est morte. Non pas morte putréfiée, mais morte comme du bois mort. C’est à dire toujours là, mais sans plus aucune incidence sur mes pensées, mes émotions, mes choix. A la fois proche et étrangère. Je la regarde comme un de ces personnages que j’ai découpés dans les magazines.  Quelqu’une, quelque part…

Pour terminer, je vous recommande le documentaire sur Paul Auster qui passe actuellement sur Arte. Une autre belle réflexion sur l’acte d’écrire. (l’intégration ne fonctionnant pas, il ne vous reste qu’à cliquer sur le lien ci-dessous…)

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https://www.arte.tv/player/v3/index.php?json_url=https%3A%2F%2Fapi.arte.tv%2Fapi%2Fplayer%2Fv1%2Fconfig%2Ffr%2F080137-000-A%3FlifeCycle%3D1&lang=fr_FR&mute=0


5 commentaires

lewerentz · 16 février 2019 à 8 08 32 02322

Je crois que je l’ai déjà dit sur IG mais j’aime beaucoup tes 3 essais, leurs tonalités douces et harmonieuses. C’est peut-être loin de ta pratique habituelle mais frais et nouveau. Et je suis sûre que ça te permettra de frayer un nouveau chemin, quelle que soit la forme qu’il prend. Moi, en tout cas, ça m’inspire beaucoup !

Sylire · 23 février 2019 à 15 03 06 02062

Je ressemblerais à un chien dans un jeu de quille dans un atelier artistique mais peut être que dans une autre vie j’aurai la chance d’avoir un talent artistique ?

    Gwenaëlle · 24 février 2019 à 12 12 39 02392

    Mais le talent n’est pas un pré requis pour faire preuve de créativité tu sais! Je suis certaine que tu as en toi des ressources que tu n’imagines même pas! 😀

      sylire · 26 février 2019 à 21 09 14 02142

      Hum, à la retraite j’essayerai de voir si par hasard je n’aurais pas des ressources inexploitées (on peut toujours rêver…)

        Gwenaëlle · 26 février 2019 à 22 10 48 02482

        On peut rêver. On doit rêver!

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