C’est un café niché dans un tout petit port. Un café à l’ancienne, qui ne cherche pas à faire chic ni moderne. Au mur, de vieilles photos de menhirs ou de goémoniers. Des banquettes en skaï. Un rebord hétéroclite où l’on trouve des livres et des fleurs. Et tout un tas d’autres choses dont on ne distingue pas forcément l’utilité. On y boit de la bière, du cidre, du thé, comme partout ailleurs. Mais j’ai l’impression qu’on y vient surtout pour les chocolats chauds viennois, recouverts si on le désire de bonbons et de trucs qui croquent sous la dent.

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Avant, j’ai marché un moment sur le sentier côtier, dans le fracas des vagues qui déferlaient, puissantes, impitoyables. Le soleil cognait mon regard. L’hiver n’est pas encore terminé, mes yeux ne sont plus habitués aux lumières franches et verticales. En se retirant la mer entrechoquait les galets. J’ai pensé aux mots, qu’il faut polir comme la mer polit le granit. Apprendre de la nature. La liberté sauvage, le jaillissement spontané, les forces concentrées. Blocs aiguisés par des milliers d’années d’affûtage liquide.

 

Devant l’écran de mon portable, des images me viennent, c’est indéniable. Comme si le vent avait aéré jusqu’à l’intérieur de ma tête. Je dois parfois détacher la laisse de l’atelier, la sensation que je vais rater quelque chose si je ne reste pas à l’intérieur pour travailler. Je dois aussi prendre le temps de cueillir ces tranches de jour.

Depuis le fond de la salle, je regarde ceux qui sont en terrasse. Bonnets, écharpes et lunettes de soleil. Une femme passe la main dans le dos de son compagnon. Le caresser? Le rassurer? Le réchauffer? Elle parle, les doigts devant sa bouche, formant une petite cage, comme si elle avait peur que des mots lui échappent. Elle penche la tête, murmure quelque chose et attend longtemps une réponse.

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Dehors, la mer monte. Une brochette de papys s’est installée sur le banc, adossé à la petite maison de sauvetage sur le port, pour profiter du spectacle. Ça palabre dur! Vestes bleu marine, et casquettes de capitaines. La jetée parvient à peine à calmer la houle, qui telle un cheval saute l’obstacle, puis se répand dessus en milliers de gouttes que le vent emporte.

J’ai noté quelques bribes sur mon ordinateur. Bu mon chocolat chaud après avoir savouré la chantilly. J’ai regardé les gens autour de moi. Dans les grands verres, la bière avait la même couleur ambrée que le lichen sur les rochers. Elixir de soleil.

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Bar Les côtiers, Pors-Poulhan. Fermé le mercredi. 


4 commentaires

Matatoune · 12 mars 2019 à 8 08 03 03033

Comme des embruns qui viennent sur mon visage à la lecture de cette chronique ! Et ça fait du bien !

    Gwenaëlle · 12 mars 2019 à 11 11 31 03313

    Heureuse d’avoir pu partager ça avec toi! 🙂

Aldor · 13 mars 2019 à 9 09 34 03343

Tout comme Matatoune.

marronbleu · 13 mars 2019 à 10 10 40 03403

Pour la belle image, main, en forme de cage.

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