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Terre Mère

Pas à pas dans la forêt je me laisse happer par les matières, les formes étranges que la nature dessine. Rosaces de bois, striures des écorces comme des vagues figées à l’assaut d’on ne sait quel obstacle. La forêt exerce son pouvoir magnétique sur moi, m’attirant régulièrement. Dans ses larges allées, dans ses chemins plus secrets il me semble respirer autrement, comme si ma cage thoracique s’ouvrait. Un chevreuil fuit à mon approche, léger dans ses gambades pour se réfugier dans l’obscurité des taillis. Je sens le parfum si particulier de la terre qui s’est échauffée aux premiers rayons du printemps. Petites boursouflures d’un vert tendre qui s’enhardissent au bout de quelques branches. Marcher sur l’épais tapis de feuilles mortes et d’humus et sentir venir du dessous la formidable puissance de la vie sans son éternel renouvellement.

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Mains dans la terre

C’est un moment de partage, de rires et de création. Une quinzaine de femmes rassemblées pour sculpter leur corps. Les mains pétrissent l’argile pour en faire surgir des hanches et des seins. La matière résiste à nos volontés. La pesanteur fait ployer les têtes comme sous le poids de trop lourdes pensées. Il y a des ventres conquérants et des épaules fragiles. Des cuisses de sirène et des matrices pleines de trésors d’une rondeur stupéfiante. Je découvre que je porte en moi une femme songeuse, assise dans l’enclos de son corps serein. Un corps fatigué mais qui, à mes yeux, contient toute la sagesse du monde. Femmes, nous étions soumises, reléguées, amoindries. Nous voici créatrices, fécondes, charnelles divinités qui donnent vie à la terre en riant. Mais au cas où la tentation de l’hubris nous aurait guettées, quelques jours plus tard, une petite bulle d’air fait tout exploser dans le four au moment de la cuisson. Nos créatures sont redevenues poussière…

Pensées brassées

Je travaille dans des cahiers. Je m’essaie au collage, au journal créatif, à ces formes qui associent la création au dévoilement de soi. Partir de l’intime pour aller vers la globalité, afin que les mots qu’on écrit, qu’on prononce, trouvent aussi un écho chez celles et ceux qui les lisent. Un rêve me sert de fil conducteur. Un de ces rêves symboliques que l’inconscient nous envoie parfois pour nous aider à comprendre, ou à mettre des mots sur des sensations diffuses.  Je note ces mots comme une profession de foi :

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Je crois / en une force qui va de pair avec la fragilité / je crois en quelque chose / qui nous dépasse / qui est plus vaste / plus généreux que nous / appelons-le ciel univers cosmos / ou ne l’appelons pas / laissons-le à sa dimension ignorée / sa bienveillance désincarnée / je crois en la complexe simplicité / de ce qui nous constitue / mécanismes de chair / horlogerie des pensées / savoir n’est pas nécessaire / sur l’océan houleux / il faut se laisser porter / nous ne connaissons pas de règles à suivre / nous sommes des navigateurs / dans l’obscurité.

L’équation du bonheur?

Quand j’ai tout collé, il me reste un mot. Un mot échoué là, sur la grande table à laquelle j’aime m’asseoir, autant pour peindre que pour écrire. C’est un mot à la mode. Un mot qu’on met à toutes les sauces. A tel point qu’on ne sait plus s’il veut dire quelque chose. HEUREUX. Le bonheur, est-ce ce que j’éprouve, quand mardi, alors que je patiente devant le cabinet de mon médecin, qui est un peu en retard, je découvre dans la vitrine qui fait face un mot indiquant que le local est à louer pour l’été? Je reste une heure à discuter avec l’homme qui depuis dix ans m’aide à demeurer en bonne santé. Et sans bien m’expliquer pourquoi, cela me rend joyeuse. Plus tard, joyeuse je le suis encore plus quand j’apprends que je vais pouvoir louer la galerie en juillet pour exposer mon travail.

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Tout autour de moi, les murmures de la forêt, des clins d’œil du destin, des rêves qui montrent le chemin et des coïncidences qui n’en sont pas. Je pense à Baudelaire, à Jung, et à tout ce que nous ne saisissons pas, et qui, pourtant palpite autour de nous. Il me semble qu’il y a là matière à se réjouir!

Ce fut une belle semaine!


4 commentaires

Matatoune · 15 mars 2019 à 8 08 30 03303

Belle semaine en effet !

    Gwenaëlle · 15 mars 2019 à 21 09 42 03423

    J’espère que la tienne a été riche aussi!

Sylire · 16 mars 2019 à 15 03 47 03473

Wouah comme je suis contente pour la galerie. Je rêvais que tu le fasses un jour !
Je suis certaine que nous irons faire un petit tour en juillet à Douarnenez !
Sympa les sculptures!

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