Il y a deux mois environ, j’ai eu une envie de campagne. Ça ne s’explique pas, sinon par une certaine nostalgie du temps où il me suffisait d’ouvrir la porte de la maison pour partir arpenter les chemins avec mon chien. Ce n’est plus la même maison, ce n’est plus le même chien (même s’il y ressemble fortement) et tout autour de moi, ce ne sont plus les champs et les bois, mais les grèves et la mer. Dans la foulée, j’ai cherché un lieu où aller satisfaire mon envie de vert, et j’ai trouvé un gîte, dans la campagne normande, dans l’Orne plus exactement. C’est là que j’ai passé les deux dernières semaines. D’où mon relatif silence sur ce blog et sur les réseaux sociaux.

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Partout, des tapis de pissenlits

L’idée était de m’offrir une sorte de résidence d’écriture, sans dossier à remplir, sans dépendre du bon vouloir de qui que ce soit. J’avais un projet qui me trottait dans la tête et il me semblait que deux semaines pour m’y plonger, ce serait assez pour déverser sur le papier le premier jet. Et pendant la première semaine, c’est ce que j’ai fait. Tous les matins, pendant trois heures, j’ai plongé dans ce texte qui me faisait remonter le temps et revoir une période de ma vie qui me semblait charnière. Mais le fait de me détacher de mon vécu, d’en faire un objet que je pouvais contempler sous toutes ses facettes, et de me transformer en personnage ont eu un effet inattendu. Avec une sorte de curiosité étonnée, je me suis demandé pourquoi j’avais agi de telle façon, et pas de telle autre. Pourquoi ce qui me saute aux yeux aujourd’hui était passé complètement inaperçu alors. Mais, mes pages étaient pleines de mots, et vides de sens. Quelle importance de savoir tout cela? Ce qui compte, c’est ce qu’on fait de ce qu’on a compris. J’aurais pu me forcer, aller au bout du texte et écrire quelques dizaines de pages bien senties, mais je me sentais tournée bien davantage vers l’avenir que vers le passé.

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C’était le printemps. Tout, autour de moi, évoquait le renouveau. Le vert était tendre comme un début d’histoire d’amour. Les vaches, sabots nus dans les ruisseaux, cherchaient le frais à l’ombre des feuillages encore timides. Les chèvres s’égayaient dans les prés, sautillant sur des tapis de pissenlits qui leur faisaient la barbiche bouton d’or. A l’heure de la sieste, le lièvre aventureux passait à trois mètres de mon transat et de mon chien endormi, l’air de dire: ne vous dérangez pas, je ne fais que passer! Et dans le creux de la vallée, les chevreuils dérangés par le bruit de mes pas sur les cailloux du chemin détalaient par grappes de dix.

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Les sabots au frais

J’ai senti que le passé était passé et qu’il était l’heure de se tourner vers demain, et après-demain. Sur le carnet orange qui me servait de déversoir, par jeu, je me suis amusée à détailler plutôt comment j’avais envie d’être dans trois ans, dans cinq ans. Que ferais-je alors? Quelle personne serais-je? De quoi serait fait mon quotidien? Quels projets aurais-je réalisés? Cela a commencé comme ces « chiche » qu’on se lance parfois entre amis quand on a dix (ou cinquante) ans. Peu à peu, un chemin est apparu, laissant émerger ce qui compte pour moi, ce qui donne et donnerait encore plus de sens à ma vie. A vrai dire, les pages écrites auparavant agissaient presque comme un repoussoir : plus jamais ça! C’était parce que je ne voulais surtout pas retomber dans mes travers que cet exercice de projection devenait de plus en plus dense et significatif.

Et c’est là que le hasard est venu me faire un clin d’œil. Alors que je me demandais s’il était vraiment possible de tracer une route directe vers ses rêves, j’ai fait plus ample connaissance avec les hôtes qui m’accueillaient. Au cours de la visite de leur propriété, puis plus tard d’un apéritif qui s’est transformé en dîner improvisé, ils m’ont raconté leur parcours. Comment l’amour des chevaux les avait amenés là, dans ce petit coin de verdure où coule une rivière. Comment, à force de travail et de persévérance, ils ont pu acheter terres et bâtisses pour créer des gîtes et faire construire tout l’équipement nécessaire aux chevaux. Alors que j’esquissais à peine les développements que je souhaitais pour les années à venir, ils venaient me prouver qu’il est permis de rêver et que, si on s’en donne la peine, les rêves prennent consistance et deviennent réalité.

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La maison jaune

J’ai donc prolongé le jeu et vraiment tenté l’introspection, celle qui permet de se voir telle qu’on est, qualités et défauts compris. A force de questionnements, j’ai saisi les forces contradictoires qui jouent parfois en moi – ce qui me tire en arrière et ce qui me donne l’énergie d’aller de l’avant. J’ai compris pourquoi les mêmes actions avaient tendance à se répéter, et donc à produire les mêmes erreurs. J’ai extirpé les racines de mes contradictions, débroussaillé mes ambivalences. Ce n’était plus une résidence d’écriture mais une retraite spirituelle, une confrontation avec moi-même.

Je suis rentrée de ce séjour régénérée. Avec l’impression d’avoir laissé derrière moi une vieille mue fripée, pour faire peau neuve. Requinquée par les randonnées dans la campagne normande, dopée au fromage de chèvre fermier – sans parler du petit shoot de pommeau (hum, hum…) – j’ai pris la route du retour en me disant qu’il ne s’était pas produit ce que j’imaginais, mais que c’était encore mieux. Un effet bocage, en quelque sorte.

Maintenant, il faut alimenter le feu retrouvé…

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Be Bop au Haras du Pin

Pour celles et ceux qui veulent tenter l’aventure ou éprouver « l’effet bocage » , allez faire un tour sur ce site : Le Relais de Cisai

 


6 commentaires

lewerentz · 30 avril 2019 à 7 07 10 04104

Bonjour Gwenaëlle,
Il me semble que ce n’est pas la première fois que tu pars comme cela plusieurs jours pour « te retrouver », et je trouve cela salutaire et admirable de le faire (j’aimerais beaucoup en avoir le courage).
Bravo et que ce que tu as vécu / compris / appris te soit utile (sous quelque forme que ce soit) pour la suite (vie privée, oeuvre créatrice, etc.)
Gros bisous et bonne journée.

    Gwenaëlle · 30 avril 2019 à 7 07 29 04294

    Merci Barbara. C’est vrai, ce n’est pas la première fois, mais j’ai mis du temps avant de sauter le pas. Ce n’est pas si difficile. Et le fait d’être seule permet de rencontrer des gens plus facilement. Peut-être faudrait-il que tu commences par un lieu où tu connais déjà quelques personnes? Ça te permettrait de ne pas arriver totalement en terre inconnue… Si tu as envie de faire la même chose, tu trouveras le courage. Il est en toi! 😃 Bonne journée à toi aussi.

Enna · 30 avril 2019 à 20 08 21 04214

De belles photos pour de bons moments (ne serait-ce pas une belle petit Jersiaise que cette vache aux yeux de biche? 😉

    Gwenaëlle · 1 mai 2019 à 9 09 33 05335

    Merci! Pour la vache, je ne sais pas du tout… mais je te fais confiance! 😀

aifelle · 2 mai 2019 à 7 07 35 05355

Je suis allée jeter un oeil sur le gîte où tu étais. Sympa ! C’est un coin de Normandie que je connais très peu et où j’ai de plus en plus envie de retourner. Je n’ai aucun problème pour partir comme cela, mais c’est peut-être parce que j’ai l’habitude de vivre seule.

    Gwenaëlle · 2 mai 2019 à 7 07 45 05455

    J’adore ce genre de coin paumé, où le réseau mobile passe à peine, où tu vois des animaux en pagaille, où la nature se donne avec simplicité. Les hôtes étaient adorables et ça a vraiment été une expérience enrichissante pour moi. Je te souhaite de pouvoir y aller bientôt !

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