Etes-vous du genre à prendre des risques? A vous décider sur un coup de tête? Suivez-vous votre intuition?

En ce qui me concerne, je ne serais pas catégorique. Je suis capable de me lancer bille en tête dans une carrière d’artiste-peintre sans presque rien savoir de ce que cela implique. Mais je peux être tout aussi incapable d’aller aborder une personne parce qu’un vieux fond de timidité m’en empêche. Je peux faire preuve d’une audace insensée, et deux jours plus tard, me demander ce qui m’a pris. Bref, il n’y a pas de loi.

En ce moment, une expression fait florès : sortir de sa zone de confort. Je ne l’aime pas, mais j’en comprends l’utilité : si l’on fait toujours la même chose, on obtient toujours les mêmes résultats et c’est lassant, voire contre-productif. Mais cette sortie de la zone confortable est aussi de plus en plus souvent présentée comme un impératif, or tout le monde n’a pas forcément envie de se jeter du plongeoir de dix mètres dans l’eau à 15 degrés… Et tout le monde n’en a pas la capacité non plus.

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Cependant, en tant qu’artiste, la question est incontournable. Pour moi, sauter dans l’inconnu fait partie de la description de poste du créateur ou de la créatrice.  Créer, c’est inventer ce qui n’existe pas encore. A mes yeux, il/elle doit évoluer et donc être dans cette démarche qui consiste à repousser ses limites, et à explorer des territoires vierges. Mais je suis consciente aussi qu’il y a bien des façons de se remettre en cause, et que ça n’est pas forcément directement perceptible. Ce qui m’apparait minime peut être un grand pas pour une autre personne.

A regarder les gens vivre et travailler autour de moi, il me semble que c’est avant tout une question de personnalité. Certains aiment la constance, d’autres préfèrent la variété. Mon mari aime la stabilité, je suis pour le changement. Et d’une certaine manière, c’est aussi de cette façon que nous nous complétons. Je pousse en avant, lui assure les arrières. Je sais déjà qu’il me sera impossible de peindre toute ma vie la même chose, ou de la même façon. J’ai besoin du défi apporté par l’inhabituel. J’aime rencontrer de nouvelles personnes, découvrir de nouveaux auteurs, écouter des musiques qui me sortent du territoire du jazz.

Mais cela reste un changement encadré, maitrisé. Je sais qu’il est peu probable que je parte demain, sac sur le dos et appareil photo autour du cou, explorer l’Italie à pied par exemple. Et pourtant j’en ai bien envie. Ou bien que j’ouvre ce salon de thé / galerie qui parfois s’immisce dans mes rêves. Je prends des risques, mais dans le périmètre de la toile, ou de la feuille de papier. Je peaufine des projets, mais ne me jette à corps perdu dans aucune cause, même si certaines me tiennent à cœur. Et parfois, je me reproche cette forme de tiédeur.

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Je pense que cette capacité à prendre des risques est liée à la passion qu’on peut éprouver pour tel ou tel sujet. Lors de ma retraite normande, j’ai pris conscience qu’il y avait un peu trop de tiédeur dans ma vie, par excès de prudence. Question d’éducation et effet de certaines expériences qui m’ont brûlée. Des zones où je suis allée tellement au-delà de ma zone de confort que j’ai perdu le nord! Aujourd’hui, j’ai envie de pousser la barre pour quitter cette mer que je trouve une peu trop d’huile. Pas d’un coup, seulement quelques degrés, pour me ré-habituer doucement à la sensation de sentir mon être traversé par une grande vague d’enthousiasme, par le désir de quelque chose qui me dépasse et m’oblige à me confronter à l’inconnu.

Peu à peu, je laisse donc certains rêves prendre de l’ampleur, comme on gonfle une montgolfière à force de lui insuffler de l’air chaud. C’est quelque chose d’excitant et d’effrayant à la fois, qui fait retrouver ces sensations d’enfance où l’on tremblait à la lecture d’un conte. On savait que ça n’était pas vrai, mais que ça aurait pu l’être… Et d’une certaine manière, plus je rêve, et plus j’ai envie de faire un pas dans l’inconnu, et puis un autre, et un autre. C’est comme un jeu pour lequel on développerait une grisante addiction…

Alors qui sait? Je commence à avoir sérieusement envie de me surprendre…

J’aimerais connaître votre avis sur cette question. Etes-vous du genre intrépide ou casanier? Risque-tout ou trop prudent? Ou bien prévoyant dans un aspect de votre vie, et improvisateur dans l’âme dans l’autre? Votre travail vous demande-t-il des sorties régulières de cette « zone de confort »? Avez-vous été amené à prendre des décisions qui ont changé votre vie? 

Catégories : journal extime

15 commentaires

lewerentz · 14 mai 2019 à 6 06 49 05495

Très intéressant, ton article.
Pour ma part, je suis comme toi. Parfois, je fonce tête baissée et parfois (notamment dans les relations aux autres), je suis très timide et en retrait. D’une manière générale, je n’aime pas les imprévus dans ma vie. Mais ce qui est marrant, c’est qu’au boulot ça ne me dérange pas du tout – et heureusement, car il y en a tous les jours. En fait, j’aime épicer ma vie d’imprévus cadrés : une visite d’une exposition ici, une balade là, une sortie shopping (livres !) ailleurs.
J’aime beaucoup tes oeuvres « japonisantes », avec ces grands coups de pinceau style calligraphie.
Bisous.

    Gwenaëlle · 14 mai 2019 à 15 03 24 05245

    Merci pour ton commentaire! C’est amusant ce contraste entre vie privée/vie professionnelle. Ce que je me demande maintenant, c’est comment pousser les curseurs un peu plus loin… Bonne (fin de) journée! Bisous

Aldor · 14 mai 2019 à 7 07 42 05425

Mon travail est casanier. C’est dans le reste de ma vie que l’aventure – la petite aventure – arrive, parfois.

    Gwenaëlle · 14 mai 2019 à 15 03 23 05235

    J’aime bien cette formule : la petite aventure… Merci Aldor!

iotop · 14 mai 2019 à 8 08 30 05305

Bon jour,
En fait, plusieurs vies seraient à inscrire pour réaliser bien ces choses … Pourtant, pour ma part j’ai réalisé ce que je devais faire … le reste n’est que du bonus 🙂 Cela me rappelle une personne (dont je ne sais plus le nom) qui a dit que réussir une vie il fallait réaliser trois vœux comme par exemple : planter un arbre, faire un enfant, écrire un livre.
Max-Louis

    Gwenaëlle · 14 mai 2019 à 15 03 26 05265

    C’est formidable de se dire qu’on a réalisé ce qu’on voulait! J’aime bien cette idée des trois vœux… on pourrait la décliner sur un jour, une semaine, un mois, une vie… Merci!

sylire · 14 mai 2019 à 20 08 56 05565

Au niveau professionnel, je suis souvent sortie de ma zone de confort, au niveau personnel pas vraiment. Mais cela arrivera peut*être, qui sait ?
Hâte de savoir ce que tu vas trouver pour te surprendre…

    Gwenaëlle · 14 mai 2019 à 21 09 28 05285

    Peut-être qu’il est plus facile d’agir ainsi dans le travail parce qu’il y a moins d’affectif… C’est intéressant de lire les différents avis. 🙂
    J’espère qu’on va trouver un moment pour se voir bientôt… et pouvoir discuter autrement que par commentaires interposés! 😉

Jeandesantec · 14 mai 2019 à 21 09 53 05535

je suis plutôt pantouflard mais j’adore les expériences fortes dans le domaines de la sensibilité

    Gwenaëlle · 16 mai 2019 à 16 04 28 05285

    Et vos poèmes le disent très bien!

Jeandesantec · 14 mai 2019 à 21 09 56 05565

J’aime beaucoup vos toiles

    Gwenaëlle · 16 mai 2019 à 16 04 27 05275

    Merci beaucoup Jean! J’exposerai à Douarnenez en juillet, au cas où vous passeriez dans le coin… 😊

      Jeandesantec · 16 mai 2019 à 19 07 54 05545

      Il n’est pas sûr que je m’aventure cet été dans vos magnifique contrée, mais qui sait…Quoi qu’il en soit la Bretagne est un peu dans mon sang et beaucoup dans mon cœur.

Françoise · 22 mai 2019 à 17 05 29 05295

Je suis de nature timide, et j’hésite souvent avant de faire les choses, du coup je laisse passer des opportunités. Mais je ne regrette rien, car les regrets ne servent à rien, j’en ai fait ma devise. J’aurais aimé être plus « aventurière », aller de l’avant, oser, je pense qu’il m’a manqué, enfant, quelqu’un qui me pousse et me donne confiance en moi. Mais il paraît pourtant, et c’est mon mari qui me le dit, que je ne suis pas comme les autres… Mais je ne suis pas si mal, je fais des activités qui me plaisent et qui m’apportent beaucoup. Depuis septembre dernier, je me rends à un atelier de modelage (terre), et je me fais plaisir. Plus la photo à laquelle je m’adonne depuis de nombreuses années. En fin de compte, on peut rester dans sa zone de confort mais faire de chouettes trucs ! 🙂

    Gwenaëlle · 23 mai 2019 à 11 11 56 05565

    Si vous avez trouvé votre équilibre, c’est parfait! Mais le temps où vous oserez davantage viendra peut-être… qui sait? 🙂 Merci pour votre commentaire en tout cas! A bientôt.

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