Vous les voyez comme moi, ces livres qui nous proposent l’infaillible recette pour être heureux en cinq étapes et trois tours de main, ces manuels qui compilent astuces et petits trucs pour rendre notre quotidien joyeux et léger. Et tous ces biens accumulés parfois plus par désœuvrement que par réelle envie! Et ces injonctions qu’on suit parce qu’on nous dit que c’est l’équipement de base pour être heureux : un job qui paie bien, une maison aux couleurs tendance et deux enfants bien élevés à ranger dedans! Et ces cours de yoga, de pilates, de méditation, de sophrologie! Du bio dans l’assiette et des nuits gérées par l’application de notre smartphone, qu’on glisse sous l’oreiller avant de s’endormir.

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Le repos des braves

Est-ce suffisant? Est-ce même pertinent?

Il suffit de regarder autour de soi pour comprendre que non. D’une part, de moins en moins de personnes ont accès à cette prospérité qu’on nous présente comme nécessaire au bonheur. D’autre part, les cas de dépression, de burn-out, la consommation d’anxiolytiques, l’augmentation des violences domestiques et des suicides signalent une société plongée dans un profond malaise. Et combien de gens qui disent : j’ai tout pour être heureux (entendez, le job, la maison, les enfants, etc…) et pourtant je ne le suis pas.

A une période de ma vie, j’avais tout cela moi aussi, et pourtant j’étais profondément malheureuse, triste, déprimée. Je n’osais même pas l’avouer tant cet état me semblait une insulte à ceux qui n’ont rien. J’étais ligotée par ce qui m’avait été transmis inconsciemment ou non, par ces injonctions sociales auxquelles je ne dérogeais qu’au prix d’une immense culpabilité et d’un profond mal-être.

Nous n’avons pas besoin d’être heureux, nous avons besoin de sens!

Ce n’est que lorsque je me suis accordé l’autorisation de peindre à plein temps que ma vie a vraiment changé. Bien sûr, le travail sur moi était enclenché depuis longtemps, depuis que j’avais senti ces lignes de faille entre celle que j’étais et ce qu’on attendait de moi, mais quand j’ai commencé à faire ce que je savais être « mon truc » depuis l’âge de quinze ans, tout a changé. Non seulement le fait de créer me mettait parfois dans cet état de « flow » décrit par la psychologie ), mais soudain ma vie prenait aussi une autre dimension en m’offrant la possibilité d’explorer des contrées bien au-delà de la dose de petit bonheur quotidien recommandée.

Evidemment, ce n’est pas facile tous les jours, parce qu’il faut se remettre en cause, se pousser, se secouer. Parce qu’il faut sans cesse s’interroger sur ce que l’on fait et pourquoi on le fait. Sur ce qu’on a à dire et la manière dont on veut le dire. Et parfois on se sent vide, désespérément vide. A tel point qu’on se demande pourquoi on fait tout ça. Pourquoi on consacre tant d’heures à peindre, pour un résultat aléatoire et des rentrées d’argent qui le sont encore plus. Pourquoi on s’oblige à démarcher des galeries, à monter des dossiers, à communiquer régulièrement alors que ça n’est pas forcément notre point fort. Pourquoi on se lance dans l’abstraction quand il serait plus facile et plus lucratif de faire des marines et des bouquets de fleurs. Mais c’est justement parce qu’on le fait en dépit des obstacles et des difficultés que cela apporte du sens.

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Bien avancé, mais pas terminé… 

 

Il ne faut pas cracher sur le bonheur, car il est bien agréable quand il se présente à l’improviste, à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, mais en tant qu’humain, nous avons besoin d’accéder aussi à quelque chose de plus grand, de plus haut : ce sens, différent pour chacun. Au fil des mois, le mien émerge des brumes, et ce qui était au départ une masse informe prend peu à peu des contours plus précis. Les formations que je suis m’aident à le percevoir avec de plus en plus de clarté. L’émotion que je ressens alors est au-delà du bonheur. Elle est vibrante, riche, effrayante, réjouissante, formidable, immense. Et c’est cette intensité qui me dit que je vais dans la bonne direction. Cette expansion dans ma cage thoracique me donne l’impression de respirer plus large. Oui, elle est là, la bonne voie, celle qui donne du sens à ma vie. Et qui donne du sens aussi à tout ce que j’ai vécu auparavant, tous ces évènements heureux, mais surtout ceux qui sur le moment m’ont paru difficiles, injustes, ou douloureux.

Je tenais à partager ce moment avec vous. J’en suis à l’étape où il ne faut plus rien lâcher, accepter l’inconfort et le mystère qui vont forcément se présenter. Travailler aussi sans relâche à laisser émerger ce qui est vivant et puissant en soi, au delà du bonheur léthargique et commercial. Je ne sais pas exactement où je vais, mais j’y vais! Je sais qu’il y a, parmi vous qui me lisez, des personnes, des amies, qui sont sur leur propre chemin de développement, à une étape peut-être moins avancée ou confronté(e)s à des choix difficiles. J’ai envie de vous dire : accrochez-vous! Ne lâchez rien! Faites confiance à votre instinct, à cette part en vous qui vous a toujours poussé(e) du côté de la vie. Creusez, insistez, sautez par dessus les barrières et taillez votre chemin. Votre temps va venir, n’en doutez pas! 

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Quelque part en Auvergne (2017)


17 commentaires

iotop · 21 mai 2019 à 7 07 32 05325

Bon jour,
Vous avez raison … mais l’essentiel est de trouver sa voie. Le confort est rassurant et changement fait peur … 🙂
Max-Louis

Matatoune · 21 mai 2019 à 7 07 44 05445

Je pense sincèrement que chacun a un sens de vie. Là où advint les différences, c’est dans sa connaissance, son acceptation, sa compréhension et sa manière de le relier à son histoire. Toutes ces étapes, ces moments et ces évolutions nous aident à nous comprendre et à nous découvrir et son essentiel à notre présent. Le sentiment de bonheur reste une sensation fugace et intérieure ! Il ne faut pas confondre représentation du bonheur tel que la pub, les faiseurs de mots et les gourous à deux balles nous le servent à longueur de journée et ce sentiment rare d’équilibre et de pleinitude qu’est un instant de bonheur….
Merci de m’avoir ainsi plongée dans ma réflexion ! Très bonne journée !

    Gwenaëlle · 21 mai 2019 à 9 09 42 05425

    On pourrait écrire longuement sur ce sujet, en effet. Le vrai bonheur n’est pas marchand, je suis bien d’accord. Mon titre se voulait seulement gentiment provocateur… Quant au sens de la vie, je crois qu’il est là, en chacun de nous. Le découvrir, le révéler peut prendre du temps, mais le jeu en vaut la chandelle!

Matatoune · 21 mai 2019 à 7 07 45 05455

« Sont essentiels »

Aldor · 21 mai 2019 à 9 09 02 05025

Oui : le bonheur n’a rien a voir avec le fait davoir ou non « tout ce qu’il faut pour être heureux ».

    Gwenaëlle · 21 mai 2019 à 9 09 44 05445

    Et plus qu’une question d’avoir, je pense qu’on touche à l’être. Il faut savoir être heureux, et on peut aussi choisir d’aller un peu plus loin que ces instants éphémères pour trouver ce qui en nous nous porte vraiment…

keisha41 · 21 mai 2019 à 10 10 30 05305

Merci la miss!!!
Oui, le bonheur n’est pas dans le ‘matériel’ (même le matériel de peinture ^_^), souhaitons à chacun de trouver là où il doit être. Continue sur ta voie (qui n’est pas la mienne, question peinture j’admire mais ne peins pas, mais si on était tous pareils, le monde serait triste)

    Gwenaëlle · 21 mai 2019 à 11 11 20 05205

    Exactement! Ce qui donne du sens est différent pour chacun, d’où l’inutilité des recettes… 😉

keisha41 · 21 mai 2019 à 10 10 30 05305

Merci la miss!!!
Oui, le bonheur n’est pas dans le ‘matériel’ (même le matériel de peinture ^_^), souhaitons à chacun de trouver là où il doit être. Continue sur ta voie (qui n’est pas la mienne, question peinture j’admire mais ne peins pas, mais si on était tous pareils, le monde serait triste)

Françoise · 22 mai 2019 à 17 05 20 05205

Bonjour Gwenaëlle
Je devrais venir vous lire plus souvent car vos mots me parlent à chaque fois et bien souvent me poussent ! 🙂
Je vois une photo d’Auvergne, vous y habitez ? Je vis moi-même en Auvergne, et ce paysage aurait pu être pris pas loin de chez moi. 🙂
Belle fin de journée à vous.

    Gwenaëlle · 23 mai 2019 à 11 11 54 05545

    Bonjour Françoise, et merci pour votre retour! Je n’habite pas en Auvergne, mais en Bretagne. J’ai fait un séjour d’une semaine du côté de Saint Victor la Rivière et j’avais A-DO-Ré! C’est une région où je retournerai sûrement!

Marilyne · 23 mai 2019 à 9 09 47 05475

Grand merci pour ce billet, pour ce partage. Une fois encore, je te rejoins totalement. Donner du sens, c’est l’essentiel, un essentiel qui nous débarrasse du reste, et puis une sérénité ( qui n’occulte pas les difficultés, les injustices ). J’irai plus loin que toi, après sens , j’ajouterai le mot spiritualité, dans son sens premier. Notre société manque de spiritualité, d’intériorité. Ce qui rejoint la différence entre être et avoir. C’est une forme de dictature  » d’imposer  » un mode de vie  » qui rentre dans des cases. J’aime beaucoup ta formule  » je ne sais pas où je vais exactement mais j’y vais « . Je crois que la vie est un chemin, c’est le chemin qui importe, pas la destination. Être arrivé, c’est un piège, ça ferme les possibles. Et à chacun son temps. A toi, je peux le dire, cet été, je débute un projet d’écriture, et je me rends compte que ce qui me motive, c’est où il m’emporter pas le résultat.

    Gwenaëlle · 23 mai 2019 à 13 01 10 05105

    Bravo pour ce projet d’écriture! C’est formidable. Et je suis bien d’accord avec toi sur le manque de spiritualité de la société dans laquelle nous vivons. A nous peut-être d’y contribuer, d’une manière ou d’une autre, je ne sais pas comment. Par l’écriture, la poésie, les arts, mais aussi notre comportement au quotidien… il y a de quoi écrire encore beaucoup de billets! 😉

Nanou · 24 mai 2019 à 11 11 36 05365

Merci pour ce partage ! La légende de la photo du tableau (Bien avancé mais pas terminé) m’amène à une question : Quand sait-on qu’un tableau est terminé ? Quels sont les signes ?

    Gwenaëlle · 24 mai 2019 à 15 03 39 05395

    Ça, c’est la question difficile! 🙂 Spontanément, je dirais « quand on arrive à un certain équilibre », mais je vais y réfléchir davantage et ferai peut-être un billet là-dessus! Merci!

      Nanou · 24 mai 2019 à 16 04 33 05335

      Oui, ça mérite un billet !

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