Il est sans doute encore un peu tôt pour faucher les blés, mais pour moi c’est le temps d’engranger. Les journées se suivent sans se ressembler, et chacune apporte son lot de grâces grandes ou minuscules. C’est cet homme qui s’arrête sur le seuil de la galerie et me demande : c’est vous qui faites ça? C’est beau! Merci de ce partage! C’est cette petite fille qui m’offre une fleur. Ce sont ces amis qui passent et repassent, venant distraire des après-midis parfois bien longs. C’est cet homme qui entre et soupire en disant : ah, ça fait du bien! Et cet ami encore qui me confie que mes tableaux peuvent être de bonnes sources d’énergie. Alors, je prends, je prends tout cela, à bras ouverts. Le bon, il y en a beaucoup. Et même le moins bon, il y en a parfois : un vieil homme qui passe devant la vitrine et s’exclame, oh ça, c’est affreux! C’était tellement spontané que ça m’a fait rire. Je ne m’attends pas à faire l’unanimité.

Reflets dans l’œil du soleil

Après des mois de travail assez solitaire, et parfois ardu, je suis heureuse de cette période d’échanges, de discussions, de retours divers. Je m’émerveille de la diversité des réactions, des attentes de ceux qui passent le seuil de la galerie. C’est toujours une surprise. Ce qui me fait plaisir aussi, c’est de voir que certaines personnes, qui ont déjà acheté un tableau lors d’une précédente exposition, reviennent me voir et partent parfois avec autre chose sous le bras. C’est une marque de confiance et cela me touche. Et puis j’existe enfin comme artiste à Douarnenez. Nombreux étaient encore ceux qui se demandaient ce que je pouvais bien faire de mes journées. Eh bien voilà, j’ai fait mon coming out : je peins!

Cette exposition est aussi pour moi l’occasion d’échanger avec d’autres artistes, d’aller musarder dans les expositions qui fleurissent partout pendant l’été. D’autres peintres, des photographes, et puis des créatrices qui rendent la ville encore plus remarquable et singulière. C’est vrai, j’ai sans doute tardé à faire ce nécéssaire travail relationnel, mais se lancer comme je l’ai fait, à 45 ans, n’est pas facile et j’avais besoin de temps pour sentir que je pouvais trouver ma place dans le microcosme artistique déjà bien constitué de cette ville. Quand Cécile Kérisit, la créatrice de bijoux aux doigts de fée m’a souhaité la bienvenue, j’en ai été infiniment émue.

Alors bien sûr, derrière cette image enthousiaste et colorée, il faut aussi imaginer les heures qui ne s’écoulent pas parce que personne ne vient. Les passants, nombreux, s’arrêtent, scrutent à travers la vitre et puis repartent sans avoir osé ou voulu entrer. Le ciel bleu de l’été breton, à peine strié par le vol haut de quelques goélands, attire les foules sur les plages. Et quand les vacanciers sont dans l’eau, ils ne sont pas en train d’arpenter la ville et ses galeries. Mais ce n’est pas grave. Non, pas grave du tout parce que je sais que ce qui pourrait n’apparaitre que comme des petites miettes est en réalité le plus important. Ces petits riens, ces mots, cette fleur et même cette plume qui s’est amusée à entrer sans y avoir été invitée sont ce qui embellit la vie. Les infimes présents du quotidien dont on se souvient longtemps.

La plume sur le sol de la galerie

Et le plus joli moment de grâce : cet échange (que j’ai relaté sur Instagram) entre un père et son jeune fils alors que les goélands piaillaient sans discontinuer par dessus les toits:

- Elles sont en colère, papa? 
- Qui ça?
- Les mouettes.

6 commentaires

lewerentz · 16 juillet 2019 à 10 10 48 07487

Contente de lire que ce moment d’exposition, et donc d’échanges en tout genre, se passe bien.
Je comprends les gens qui hésitent à entrer dans une galerie. Moi-même, je dois souvent me dire (sur celles qui ont l’air « chic » que, oui, j’ai le droit d’entrer et regarder.

    Gwenaëlle · 16 juillet 2019 à 18 06 28 07287

    Merci! C’est un bon moment, en effet, et je savoure chaque instant, même si certains sont plus longs que d’autres.

Marilyne · 16 juillet 2019 à 15 03 05 07057

C’est toujours un plaisir de te lire. Tes peintures font du bien, tes mots aussi.

    Gwenaëlle · 16 juillet 2019 à 18 06 28 07287

    Merci Maryline! Je te souhaite un bel été, de bonnes vacances!

Miriam Panigel · 16 juillet 2019 à 15 03 07 07077

j’aime bien entrer dans les galeries même si mon budget et mes murs encombrés m’interdisent d’acheter

    Gwenaëlle · 16 juillet 2019 à 18 06 29 07297

    Tant mieux, tu as bien raison! Les galeristes sont là pour être « dérangés »! 😉

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