Il y a cinq ans, j’ai décidé de consacrer l’essentiel de mon temps à la peinture. Je démarrais de zéro, ou presque. Le goût pour tout ce qui relevait des arts plastiques était en moi depuis longtemps, mais je n’avais pratiqué qu’en dilettante, quand l’éducation de deux loustics et la rénovation d’une maison me laissaient suffisamment de temps pour prendre mes pastels ou mes tubes de peinture. J’avais peint à la gouache, mais jamais expérimenté l’acrylique. J’arrivais donc dans un domaine, avec ma bonne volonté en bandoulière et mon intuition en guise de boussole. 

Comme souvent dans ces cas-là – c’est je crois un réflexe humain parce que c’est ainsi que nous apprenons dès l’enfance – je me suis tournée vers ceux qui m’avaient précédée sur le chemin, ceux et celles qui pratiquaient déjà et étaient à même de m’inspirer. A l’heure d’internet, trouver des banques d’images qui proposent des œuvres similaires à celles que l’on aime déjà est d’une facilité déconcertante. De clic en clic, et avec un peu de curiosité, on peut entrer profondément, via les blogs notamment, dans le parcours d’un.e artiste, suivre son cheminement, découvrir ses sources d’inspiration, et parfois regarder les tutoriels qu’il ou elle a eu la bonne idée de créer.

Jane Davies sur Pinterest, une des premières artistes dont j’ai aimé le travail

Trouver d’autres artistes qui m’inspiraient était aussi un fil intéressant à suivre pour apprendre à communiquer sur mon travail, vendre mes toiles, connaitre les erreurs à éviter, etc… Mais peu à peu, il m’est apparu que cette stratégie présentait aussi deux risques majeurs : le plagiat et le découragement. 

Le risque de se mettre à copier, inconsciemment, vient du manque de confiance en soi. Parce que l’on apprécie beaucoup le travail de quelqu’un, on cherche à s’en approcher le plus possible. On doute de ses propres capacités, on craint de se lancer, on a envie que “ça plaise” alors on s’inspire plus ou moins copieusement de ce qu’a déjà fait un.e autre. Mais c’est une stratégie qui ne paie pas, car elle ne nous apprend rien sur notre propre processus. Ce qui est important, c’est de trouver sa propre voie, qui sera forcément différente de toutes les autres, puisque c’est le résultat de ce que chacun.e est intimement. 

Pour éviter ce piège, mieux vaut chercher à comprendre pourquoi le travail de tel artiste nous parle. Est-ce le choix des couleurs? La composition? La richesse des motifs? En cherchant à saisir ce qui attire notre œil, on apprend aussi sur soi. La véritable éducation est là : comprendre où réside notre propre sensibilité, ce qui active ou non notre envie, l’origine de nos émotions, et partir de là pour créer, sans perdre de vue que tout cela se fait lentement, et qu’il faut du temps. Beaucoup de temps… 

Flowlines.
J’aime l’intrépidité dont Alice Sheridan fait preuve ici, ses associations de couleurs, le collage en haut à gauche, et l’énergie vibrante qui se dégage de sa toile.

Une certaine forme de découragement peut aussi surgir d’une trop grande tendance à se comparer aux autres : ceux et celles qui nous précédent sur le chemin de la création semblent en savoir tellement plus, maîtriser si bien leurs gestes, diriger si habilement leur carrière… Or, il ne faut pas oublier que ce qui est montré – surtout aujourd’hui où la communication est le nerf de la guerre – n’est bien souvent que le haut de l’iceberg. Derrière l’apparente réussite, on ne sait jamais combien de jours et de nuits de travail, de moments de découragement, de peurs, de doutes, et d’essais ratés, se sont empilés avant d’obtenir des résultats satisfaisants. 

J’avoue qu’à regarder de jeunes trentenaires cheminer sur leur parcours créatif, se lancer dans des défis bluffants, multiplier les actions courageuses, s’emparer des moyens de communication, j’ai parfois le vertige. Je me dis : à quoi bon, c’est trop tard, tu es trop vieille, laisse tomber. Je les regarde conquérir le monde, et je constate, dépitée, que mes niveaux d’énergie ne me permettent pas la même intrépidité. (ci-dessous, l’artiste Heather Day qui parcourt régulièrement le continent américain en solo et s’inspire des paysages et de la nature pour nourrir son œuvre)

La vérité, c’est que je suis moi, et je dois donc faire les choses à MA manière. C’est vrai, j’ai commencé tard, et j’irais sans doute moins loin que ces artistes dont j’admire le travail et le courage. Et alors? Ce sera mon chemin, et personne d’autre que moi ne pourra le parcourir. J’irais jusqu’où je pourrai, et ce sera bien. 

En conclusion, s’il est nécessaire, voire vital, de s’inspirer – la créativité doit être nourrie -, il est inutile de se comparer, car à terme cela ne peut être que source d’insatisfaction. Je crois que les risques sont réels, et que pour éviter ces écueils que sont le plagiat et le découragement, l’antidote est d’écouter ce qui se passe soi avant tout et d’agir en fonction. C’est ça, la vraie force!

Avez-vous été confronté à cette question, en art ou dans d’autres domaines de votre vie? Ou bien un de vos proches? N’hésitez pas à vous exprimer dans les commentaires!


9 commentaires

iotop · 18 septembre 2019 à 21 09 14 09149

Bon jour,
J’ai toujours été moi … partout … il paraît aux rumeurs que je suis un personnage …de fait, je suis mon bonhomme de chemin quoi qu’il arrive … mes lignes resteront toujours obscures … qu’importe ainsi j’ai les mots qui me viennent de Polonius dans Hamlet qui dicte des préceptes à sa fille Ophélie :  » … sois fidèle à toi-même » …
Voilà voilà
Max-Louis

    Gwenaëlle · 19 septembre 2019 à 16 04 16 09169

    Imperturbable, même dans la tempête alors? 😉

      iotop · 19 septembre 2019 à 19 07 45 09459

      Imperturbable, non … mais moi-même et ce moi-même est une onde humaine … 🙂

Marilyne · 19 septembre 2019 à 8 08 59 09599

Il est très juste cet article, très pertinent. Toutes tes réflexions sont importantes. Pour moi, c’est une question d’équilibre, nous ne pouvons pas vivre sans les autres, quelque soit le domaine, l’essentiel, comme tu le soulignes, c’est ce  » partage  » entre ce qui me nourrit ( m’inspire ) sans prendre ma place. De la difficulté d’être soi, c’est une démarche aussi. On peut comparer simplement avec les blogs de lecture, le fait de suivre les enthousiasmes, c’est bien ces échanges, d’ouvrir des portes, mais ces lectures sont-elles les miennes, sont-elles ce que j’attends de la littérature. Parfois, trop de chemins nous égarent. Une fois encore, je me retrouve dans ton billet, dans ta démarche, également sur le risque de découragement, notamment lié à l’âge. Il y a la frustration aussi de sentir que nos choix, nos goûts, notre  » manière  » comme tu dis, sont des chemins de traverse sur lesquels il y a moins de rencontres. Alors, la tentation parfois de suivre les pas des autres.

    Gwenaëlle · 19 septembre 2019 à 16 04 20 09209

    Mieux on sait ce que l’on aime, et plus on devient exigeant sans doute… mais les âmes sœurs sont là, il faut juste les trouver! 😉

GaïdG · 19 septembre 2019 à 17 05 23 09239

Merci pour cette réflexion très pertinente !
Je nuancerais sur un point : le fait de commencer « tard » n’est pas un handicap à mon sens mais un chemin différent qui peut être un élément in fine enrichissant notre création.
Je m’explique : à mes 18 ans, mon professeur d’arts plastiques m’a dit « tu pourrais faire les beaux arts, mais si tu le peux, fais autre chose, car c’est un chemin trop compliqué » – j’ai fait autre chose, et pour être honnête pas parce qu’il m’avait donné ce conseil, mais parce qu’à 18 ans, si j’avais acquis plusieurs techniques en peignant très régulièrement, je ne savais pas trop à quoi j’aurais pu les employer… je n’avais pas d’inspiration particulière, et n’avais pas l’impression d’avoir grand chose à exprimer… Bref tout ça pour dire que je me suis aussi mise sérieusement à la peinture « sur le tard », mais avec une détermination que je n’aurais pas eu à 20 ans, et cela fait partie de Mon chemin. Je pense que ma vie « d’avant » nourrit forcément aujourd’hui ma création. Et votre histoire nourrit et enrichit aujourd’hui votre propre création (je ne suis pas certaine d’être claire😅 – mais je souhaite juste souligner le positif au fait de commencer « tard »).
Cela étant dit et de façon générale, merci pour vos articles que je lis régulièrement et qui sont décidément toujours très bien écrits 😀.

    Gwenaëlle · 19 septembre 2019 à 20 08 32 09329

    Merci pour ce commentaire et ce partage d’expérience. Ça fait du bien de lire ça! C’est tout à fait vrai, chaque période de la vie à ses points faibles et ses points forts. Il faut sélectionner ceux qui nous portent et nous donnent envie d’avancer! Bonne soirée. 😊

Françoise · 20 septembre 2019 à 20 08 41 09419

Un texte qui me parle. Je pense qu’il n’est jamais trop tard pour laisser libre cours à ses envies, à ses passions. Nous ne l’avons pas fait avant sans doute par manque de temps, manque de motivation, trop de charges dans la vie de famille. Mais lorsque arrive le temps où l’on a du temps, il faut le saisir, et ne pas se poser de questions.
En ce qui concerne le titre de ce billet : faut-il se comparer aux autres ? J’ai envie de répondre : bien sûr que non, mais ce n’est pas si simple. Si nous avons vraiment confiance en nous, nous ne nous comparerons pas. Par contre, si nous doutons… Tout est une question de confiance en soi, je pense. Et puis, nous devons avant tout nous faire plaisir. Et nous ne pouvons pas non plus plaire à tout le monde. Alors, il faut y aller, sans se poser de questions ! 🙂
J’aime toujours autant ce que vous faites, Gwenaelle. 🙂
Beau week-end à vous.

    Gwenaëlle · 20 septembre 2019 à 21 09 03 09039

    Merci Françoise pour ce commentaire. J’apprécie beaucoup votre intervention, si positive et encourageante ! Bon week-end !

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