J’avais envie de vous parler d’inspiration. 

Alors, j’ai commencé par regarder mon stock de photos pour voir s’il y avait là une piste pour aborder le sujet. Matières, couleurs, textures, géométrie : j’ai retrouvé dans mes archives tous ces éléments qui sont en lien avec ce qui me passionne dans la peinture, mais assez curieusement, j’ai remarqué qu’il n’y avait pas de relation directe entre ce que je vois et fixe avec mon appareil, et ce que je peins. 

C’est une première piste, pour comprendre comment s’élabore le processus de la création, mais elle n’est pas suffisante. Il y a quelque chose d’autre. J’en reviens au mot lui-même : inspiration, qui vient directement de l’action de respirer. L’artiste serait donc, plutôt que l’esprit tourmenté qui attend la visite des Muses, cet être respirant qui absorbe l’infinitésimal qui est en suspension autour de lui? 

C’est vrai qu’en Bretagne, l’air vous rentre dans les poumons de gré ou de force, la bruine et les embruns vous pénètrent les pores et le vent vous transperce et vous ballotte au gré de ses caprices. Pas étonnant, dès lors qu’un peu de tout cela entre dans le corps et rejaillisse dans le tumulte et le chahut sur la toile! 

J’aime depuis toujours l’idée de porosité. Et je pense que nous le sommes tous, poreux. Ne dit-on pas des enfants qu’ils sont des éponges? Et pourquoi cela devrait-il cesser à l’âge adulte? Nous continuons à inspirer, à respirer, à absorber tout ce qui nous entoure. L’air du temps et les modes, la pollution, la poussière des villes et le parfum des champs. Nous sommes poreux aussi aux autres, à la société dans laquelle nous vivons. 

Si l’on se place dans cette perspective, le corps n’est plus une masse compacte qui évolue dans son environnement. Il devient plutôt une membrane vivante, respirante, au cœur battant, qui, à chaque seconde, inspire-expire, inspire-expire, et laisse sédimenter en elle images, sons, idées, odeurs… Ce que l’on voit, entend, respire, touche. Les sens, ces capteurs qui nous renseignent sur le monde, qui font entrer un peu du monde en nous, par les impressions qu’ils transmettent à notre cerveau. Interrogeant, évaluant, interprétant, analysant à chaque seconde la complexité de l’environnement.

Cette lente et permanente alchimie me fascine. Si l’on part du principe que nous sommes tous poreux, les artistes le sont-ils plus que les autres pour faire de cette capacité leur métier? Sont-ils plus sensibles? Plus à l’écoute? Peut-être ne peuvent-ils pas faire autrement que de laisser ces flux les traverser pour expirer-exprimer quelque chose? 

Depuis toujours, l’artiste a une place particulière dans la société. Il est à part, différent, décalé. Torturé, inspiré, hyper-sensible, révolté, passionné, comme si tout en lui résonnait plus fort. D’une manière ou d’une autre, il interroge et démange la société. Par son œuvre, par son attitude, et la liberté qu’il revendique. 

Je n’ai pas de réponse à tout cela. Si tant est qu’il y en ait une! Mais je sais que cette question me passionne autant que la création elle-même. Ce qui se passe en moi. Ce qui se passe en nous. Ce qui nous inspire. Ce qui se dépose peu à peu, au fil de la vie, sur notre personnalité de base et nous sculpte patiemment, comme l’eau sculpte les roches. Oui, tout cela me fascine. Et vous? 


6 commentaires

Miriam Panigel · 25 septembre 2019 à 10 10 03 09039

A propos de photos je ne cherche pas d inspiration mais plutôt l analyse la dissection du réel que je n ai pas eu le loisir de dessiner su place. Sans compter qu il me faut trouver un siège et pas sois la pluie

lewerentz · 25 septembre 2019 à 11 11 13 09139

Très intéressant (comme toujours). Je prends souvent des photos de détails de la nature dans le but de les utiliser comme base d’inspiration pour une acrylique mais, le moment venu, je n’y repense jamais.

    Gwenaëlle · 25 septembre 2019 à 14 02 33 09339

    Mais peut-être qu’inconsciemment cela t’inspire malgré tout. L’image reste aussi dans ta mémoire… 😊

gambadou · 25 septembre 2019 à 17 05 50 09509

Je pense que nous nous nourrissons quotidiennement de ce qui nous entoure, sans nous en rendre compte, et qu’ensuite cela transparaît dans la création

    Gwenaëlle · 1 octobre 2019 à 21 09 27 102710

    Oui, c’est plus ou moins conscient. C’est toujours intéressant, avec un peu de recul, de se dire, ah mais ça, ça vient de tel évènement, tel livre… Etonnant l’accumulation qui s’opère dans notre esprit.

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