Le contexte

Nous savons toutes les grandes étapes du combat féministe. Nous savons aussi que les artistes femmes, dans les générations qui nous ont précédées, ont dû se battre, d’abord pour exercer leur créativité, puis pour être reconnues comme artistes à part entière. Aujourd’hui encore, la situation est loin d’être égalitaire. L’art contemporain, en France, prospère dans un cadre particulier, institutionnel, qui impose sa conception des choses et décrète ceux qui peuvent ou non en faire partie. Pour davantage d’information, je vous renvoie à deux articles. Le premier aborde cette situation particulière : être femme ET artiste, à travers un retour historique et les questions qui se posent actuellement. Le second se demande pourquoi les jeunes artistes femmes ont tendance à « s’évaporer », ou plutôt à être solubles dans le monde du salariat…

Ce que chacune vit…

Le monde de l’art contemporain m’intéresse, mais ma pratique n’entre pas dans ce cadre-là. C’est d’ailleurs problématique, parce qu’en France, en dehors de cette dénomination, point de salut. Mais là n’est pas le problème. Ce qui est intéressant, c’est de savoir comment chacune vit, quels que soient ses choix créatifs, son statut d’artiste. Est-ce que le fait d’être une femme nous renvoie en permanence à des stéréotypes, comme ceux utilisés souvent en littérature, où l’on entend parler d’écriture féminine? Nous sentons poussées vers des champs d’explorations que l’on pourrait qualifier de « féminins » : l’intime, le rapport au corps, la maternité, etc… ? Devons-nous faire face à des rejets, des critiques, liées à notre sexe? Et ce sexe est-il présent à notre esprit lorsque nous créons?

Camille Claudel

Pour ma part, bien qu’engagée auprès du Planning Familial où je fais quelques actions de bénévolat, je n’ai jamais envisagé ma pratique sous l’angle féministe. Dois-je pour autant faire mon mea culpa? Ce que je veux dire par là, c’est que lorsque je suis dans mon atelier, en train de peindre, je ne pense absolument pas à celle que je suis. Je n’en ai même pas conscience. Tout ce qui pourrait me définir – mon âge, mon sexe, la couleur de ma peau, ma nationalité – et tout ce qui constitue le concret de ma vie disparait totalement. Je ne suis personne, seulement une conscience agissante. L’ego est parti aux champs. Le mental est aux abonnés absents. L’inconscient est peut-être omnipotent, mais je n’ai aucun moyen de le savoir. Je ressens juste la conscience à l’œuvre, pointue, précise, totalement focalisée sur la peinture en cours et rien d’autre. C’est un peu comme ces personnes qui ont le sommeil tellement lourd qu’elles prétendent que le monde pourrait s’écrouler autour d’elles qu’elles ne l’entendraient pas…

Si des blocages existent, pour le moment, je les ressens davantage en interne qu’en externe. Là, oui, c’est sans doute mon éducation, mon sexe, mon histoire qui sont à l’origine des réticences que j’ai pu éprouver à me mettre en avant, à entreprendre, à me lancer. Bien sûr, la société favorise aussi tout cela, insidieusement. Je ne conteste absolument pas cet effet-là, qui nous pousse toujours plus ou moins à retourner derrière nos fourneaux pour faire des enfants plutôt que de nous encourager à changer le monde.

Ce que nous pouvons faire

Par rapport aux questions soulevées sur le fonctionnement de l’institution « art contemporain », ses buts et ses travers, je me sens démunie. D’une part, parce que je suis loin de maîtriser le sujet, et d’autre part parce que je ne me sens pas vraiment appartenir à ce monde artistique-là. Pour moi, le problème se joue ailleurs.

Ce qui ne signifie pas qu’aucune action n’est possible, qu’on en fasse partie ou pas. Je crois au contraire que la somme des victoires individuelles, qu’elles soient petites ou grandes, contribue à peser de tout son poids pour faire bouger ce monde qui semble parfois bien inerte. Je suis d’ailleurs en train de préparer une formation pour le Planning Familial pour apporter des outils aux femmes afin de les aider à retrouver confiance en soi.

Nikki de Saint Phalle

Je pense que chacune, et cela quel que soit le domaine d’activité, nous pouvons nous interroger sur notre propre comportement. Nous poser des questions sur l’origine de nos blocages, la peur de prendre des risques, la difficulté à parler de soi ou à exposer son travail. Il y a un travail en profondeur à accomplir pour soulever toutes ces pierres qui pavent notre chemin et nous empêchent d’avancer d’un bon pas. Repérer ses pensées, et s’interroger sur leur validité. Est-ce que cela me sert de penser que je suis incompétent, qu’il y a des centaines d’artistes qui ont fait ça avant moi et mieux que moi, que rares sont ceux qui peuvent vivre de leur art, par exemple? Par quelles pensées pourrais-je les remplacer? Des pensées qui me serviraient, qui m’aideraient à atteindre les buts que je me suis fixés? Est-ce que je peux mieux m’organiser? Est-ce que je peux rejoindre des groupes, des cercles où je trouverai soutient et encouragement? Est-ce que je peux utiliser des outils tels que la méditation ou l’auto-hypnose, par exemple, pour favoriser ma créativité et me mettre dans un état d’esprit qui m’aide à avoir confiance en moi?

Frida Kahlo

Si vous êtes femme et artiste, j’aimerais avoir votre sentiment sur cette question. Avez-vous eu des expériences particulières? Vous sentez-vous souvent bloquée, découragée, entravée? Comment aimeriez-vous aborder votre travail artistique? Voyez-vous votre féminité comme un avantage, un inconvénient, ou une donnée neutre? N’hésitez pas à commenter et si cela vous intéresse, n’oubliez pas que j’ai créé un groupe sur Facebook afin d’encourager l’entraide et le partage entre artistes, en Bretagne et ailleurs…


4 commentaires

sylire · 3 octobre 2019 à 13 01 35 103510

Je ne suis pas du tout artiste comme tu le sais…
Mais je viens de lire « un monde flamboyant » de Siri Hustvedt qui évoque ce sujet. L’as-tu lu ?

sylire · 3 octobre 2019 à 21 09 15 101510

Oui (billet dans quelques jours) mais je pourrai te le prêter.
On est pile dans le thème de ton billet.

    Gwenaëlle · 3 octobre 2019 à 21 09 16 101610

    Ah je lirai ton billet avec encore plus d’intérêt alors! Merci! 😊

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