Il est temps que j’écrive cet article. Déjà dimanche, et l’après-midi est bien entamé. Bientôt une nouvelle semaine débutera, avec son lot de travail et de nouveautés. Je reviens à l’instant d’une balade en forêt, avec mari et chiens. J’ai l’impression d’avoir, plus que jamais, besoin d’une parenthèse chaque jour pour me reconnecter avec mon environnement, avec la nature. Vendredi soir, après une journée de pluie ininterrompue, j’ai profité d’une accalmie pour sortir, emmitouflée dans ma parka qui résiste à tous les temps. J’ai fait un tour de ville, en longeant le port et les plages. La nuit tombait et je suis restée un long moment à contempler l’île Tristan, la mer, la baie, indifférente au crachin qui continuait laminer la lumière des réverbères. J’ai respiré longuement, profondément et cela a chassé les scories qui encombraient mon esprit, la nervosité qui s’était installée sans que j’y prenne garde.

J’avais mis entre parenthèses cette rubrique de « journal créatif », d’une part parce que ma tendinite ne me permettait pas de travailler comme je l’aurais voulu, et d’autre part, parce que j’étais un peu lasse de cette manière de mettre en avant mon travail. Il y manquait quelque chose, une forme de spontanéité et de sincérité, je crois. Je trouve parfois difficile de trouver le ton juste pour exprimer ce qui me traverse. Je me dis que ça n’intéresse que moi. Ou bien alors, je tombe dans ce travers qui consiste à ne montrer que la face brillante de la vie, parce qu’au bout du compte, j’ai envie de vendre mes toiles, de promouvoir mon art, et que mes atermoiements et mes doutes risquent de faire fuir celles et ceux qui me lisent.

Mais je ne me retrouve pas dans cette manière de communiquer. Ce n’est pas moi, et ce n’est pas comme ça que je veux faire les choses. Je lis des livres de marketing, de communication. Il y a plein de bonnes idées, et je ne dis pas que je ne me servirai pas de certaines, mais je me vois pas suivre ces recettes, appliquer ces techniques. Parce que tout ceux qui veulent vendre quelque chose les appliquent, et qu’au bout du compte, on a l’impression d’un copier/coller permanent, dans les newsletter, dans les billets de blog, dans la manière de s’adresser aux gens. Ça ne m’intéresse pas de suivre ce troupeau. Au début, bien sûr, ne connaissant rien à rien, j’avais la tentation de faire comme unetelle, ou comme le préconisait untel. Mais j’ai toujours ressenti ce malaise dû à l’impression d’être décalée, comme si j’essayais de parler une langue qui n’est pas la mienne.

Alors, je vais faire la seule chose qui me va. Comme en peinture, aller vers une expression totalement personnelle, et prendre le risque de n’être pas comprise, pas suivie, voire de susciter le rejet et l’opposition. J’aime échanger, mais je ne suis pas une communicante. J’aimerais, un jour, dégager un revenu décent de la vente de mes toiles et des ateliers que je compte mettre en place, mais les entonnoirs à clients, le positionnement stratégique, le surf sur la vague du moment, je ne sais pas faire. Ce n’est pas pour moi. Tant pis. C’est peut-être idiot, et je raterai sans doute des opportunités, mais je ne peux pas me transformer en ce que je ne suis pas.

Pour le moment, ce qui occupe une grande part de mon temps, c’est créer un art personnel et de qualité. Creuser pour aller vers une expression qui me soit propre. Je continue à laisser le hasard me suggérer des pistes, et c’est pour cette raison que je peins parfois des paysages, parfois des fleurs, et parfois des toiles auxquelles je peine à trouver un titre parce que je ne sais pas exactement ce que j’y vois. Comme celle-ci :

Une longueur d’avance

Peut-être parce qu’il n’y a rien là de réaliste ou figuratif, parce qu’il y a une part de mystère, c’est la toile que je préfère dans les dernières que j’ai faites. Celle qui dit quelque chose de moi avec un peu d’avance, si bien que je ne sais pas exactement de quoi il s’agit. Mais elle indique la direction que je veux suivre.

L’autre projet qui occupe mon esprit, c’est le local que je vais acheter pour le transformer en atelier-galerie. Cela fait presque deux mois que j’ai fait la proposition d’achat, et le compromis n’est toujours pas signé. Je relance et je relance encore. Il parait que d’ici la fin novembre, ce sera bon. En tout cas, j’ai déjà pris des rendez-vous avez des artisans pour faire faire des devis pour les travaux. J’ai déjà une idée de la manière dont je veux organiser les lieux, et ce que je veux faire dedans. C’est grand. Ça dépasse tout ce que j’ai fait jusqu’à maintenant. Et il arrive que je me réveille la nuit, victime d’une bouffée d’angoisse. Tu es folle! Tu fais n’importe quoi! Tu ne te rends pas compte. Qui es-tu pour te lancer là-dedans? La petite machine à créer de l’anxiété se met en marche, et alors inutile de chercher à me rendormir. Je n’ai plus qu’à aller à mon bureau pour défaire la pelote de pensées et de nœuds qui me contracte la cage thoracique. Mais même si la peur est là, la volonté est plus forte. Malgré les délais et les doutes, je ne renonce pas. On dirait presque que ce retard dans la signature est une manière de mettre ma motivation à l’épreuve, mais je ne lâche rien.

Je ne sais pas ce que vous pensez de tout cela. Je me demande, pour ceux parmi vous qui sont créatifs, ou qui ont leur propre entreprise, si vous avez les mêmes doutes que moi, et la même difficulté à appliquer des méthodes qui ne vous ressemblent pas. N’hésitez pas à laisser votre avis dans les commentaires. En attendant, il ne reste plus que huit heures de vie à ce dimanche… Je vous les souhaite douces et agréables.

Après dissipation des brumes matinales… Mixed media – 30 x 30 cm

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