C’était plutôt bien parti : j’avais trouvé le local qui correspondait en tous points à ce que je désirais, réussi à négocier le prix et envisageais déjà les travaux à réaliser pour rendre le lieu conforme à ce que je voulais. Et puis le temps est passé. L’étude notariale a laissé les semaines s’étirer, et s’étirer encore. Le compromis n’était toujours pas signé. Insidieusement, l’idée que peut-être ce n’était plus le moment s’est immiscée en moi. J’étais aussi confondue par le manque de sérieux de l’étude qui, parce que le client est captif, laisse aller les choses sans manifester un grand intérêt, ni au moment de la visite, ni après.

C’est une discussion avec mon fils ainé qui a fait basculer la situation. Quand il a su le montant des honoraires de négociation (équivalent des frais d’agence) que je devais verser pour cette transaction, il est devenu tout rouge. Lui qui gagne à peine le SMIC avec sa solde de militaire m’a dit : mais moi, pour cette somme-là, en quinze jours, ils sont faits les papiers!

J’ai réfléchi un moment. Il avait raison, mille fois raison, mais devais-je renoncer à mon projet parce que je ne voulais pas rémunérer des personnes qui avaient fait preuve d’un manque de sérieux manifeste dans leur travail? D’une certaine façon, oui! Et puis à cet argument est venu s’ajouter l’angoisse qui m’étreignait quand même les nuits, et l’idée que mettre toutes mes économies dans ce projet était peut-être fou, voire stupide. Car le retour sur investissement était loin, loin, loin d’être garanti…

En l’espace d’une demi-heure, la situation a basculé. Je me suis assise à mon bureau et j’ai réfléchi : si je n’ai plus ce projet pour horizon, qu’est-ce que je fais? Je n’ai pas eu besoin de me presser le citron très longtemps pour que des idées surgissent. Et avec elle, une vision à 180° de mon projet initial. Et cette vision me plaisait bien. Peut-être plus que l’idée d’avoir une galerie-atelier.

Photo by Matthieu Comoy on Unsplash

Alors j’ai envoyé un mail pour informer le notaire que je renonçais à acheter le bien. Soudain, les papiers qui n’étaient pas encore arrivés pouvaient arriver rapidement, et le compromis était prêt à être signé avant la fin de la semaine. Oui, mais le moment était passé, et avec lui mon projet s’était volatilisé. Girouette? Oui, bien sûr, certains vont le penser.

Ce que je crois, moi, c’est que ce projet de galerie-atelier, je l’avais élaboré à l’image de ce que je voyais autour de moi, en m’inspirant de ce que font certains artistes de la région. Mais était-ce ce que je voulais faire ou bien tentais-je de copier une recette plus ou moins éprouvée? Je pense que je voulais me rassurer et n’osais pas imaginer quelque chose de totalement différent, en phase avec celle que je suis vraiment et ce qui me tient à cœur. Les germes étaient là, mais je n’osais pas y croire, et en faire la ligne directrice de mon travail.

J’ai passé la journée de vendredi à élaborer la vraie direction dans laquelle je veux aller. Et il me semble qu’elle sera beaucoup plus ouverte et beaucoup plus riche, mobile, légère, adaptable que l’ancrage dans un lieu donné, une petite ville d’à peine quinze mille habitants, qui, comme toutes les petites villes de province souffre d’un déclin certain.

Byron Katie est une auteure et conférencière américaine qui enseigne une méthode d’auto-questionnement. Parmi les techniques qu’elle propose, il y a le retournement : dans une situation donnée, qui vous est désagréable – par exemple, vous avez l’impression que telle personne vous fait perdre votre temps – vous pratiquez le retournement. C’est à dire que vous prenez le problème à l’envers : Je ne dois plus perdre mon temps. Ou bien : Je ne devrais pas lui faire perdre son temps.

Cela permet à la conscience d’élargir sa vision des choses et de ne plus être bloquée par un regard étriqué sur un certain sujet. C’est exactement ce qui s’est passé : mon fils m’a soudain poussée à me demander ce qui se passerait si ce projet tombait à l’eau. Il m’a permis d’élargir ma conscience et de comprendre ce qui me tenait vraiment à cœur. Je lui en suis très reconnaissante et me dis qu’on gagne toujours à écouter ses enfants…

Catégories : Humeur

15 commentaires

Sylire · 1 décembre 2019 à 9 09 46 124612

Tu as raison de faire demi tour si tu ne le sens plus.
J’espère qu’un autre projet va germer.

    Gwenaëlle · 1 décembre 2019 à 10 10 34 123412

    Oh oui, ne t’inquiète pas, ça germe, même à cette saison! 😜

Brize · 1 décembre 2019 à 9 09 56 125612

Finalement, la négligence de l’étude notariale t’a laissé le temps de prendre du recul et de remettre les choses en perspective 👍 !

lewerentz · 1 décembre 2019 à 10 10 50 125012

Je suis certaine que la nouvelle direction de ton projet sera tout autant – plus ! – fructueuse. Je suis d’avis qu’il faut toujours écouter son instinct (et sûrement ses enfants mais je ne peux pas me prononcer sur ce point). Bisous.

    Gwenaëlle · 3 décembre 2019 à 22 10 46 124612

    Tu as parfaitement raison : il faut écouter ses enfants! Oui, je vais faire autrement, et ce sera sans doute beaucoup mieux. Il est même très possible que je vienne en Suisse! 😀

aifelle · 1 décembre 2019 à 12 12 21 122112

Ben, ils ont bien fait de traîner .. et c’est amusant de voir que d’un seul coup tout se précipitait. Vraiment pas sérieux. C’est bizarre parfois comme une intervention extérieure (ton fils) peut donner un éclairage complètement différent.

    Gwenaëlle · 3 décembre 2019 à 22 10 45 124512

    À posteriori, des personnes qui trouvaient mon projet sympa m’ont dit, en fait , ça m’inquiétait un peu… Seul mon grand a eu le courage de me dire d’ouvrir les yeux. Et il a bien fait!

Edith Prunet · 1 décembre 2019 à 13 01 16 121612

La * galerie – atelier * n’est peut-être pas l’outil nécessaire à ta création ?
Gwenaëlle, tu aimes l’extérieur, les lumières, les formes , les couleurs ….. les situations, les rencontres , les ressentis…… Cet * outil * allait consumer ton temps .
Je te fais confiance pour inventer des moyens de rencontres pour montrer ce que tu as à dire.
Je pense bien fort à toi . Choisir est exercer sa liberté.
Amitiés
Bzzzz Edith

    Gwenaëlle · 3 décembre 2019 à 22 10 43 124312

    Oui, ça ne m’a pas pris longtemps pour élaborer le plan B. A croire qu’il était là depuis longtemps ! Je t’embrasse Edith. Take care !

christinenovalarue · 3 décembre 2019 à 10 10 56 125612

qu’importe la matérialisation, du moment que le projet est dans la tête, il finira par émerger, bien, mieux, plus fort….osez (après réflexion…)

    Gwenaëlle · 3 décembre 2019 à 22 10 42 124212

    Oui, c’est exactement ça : il faut oser! Être soi et faire ce qu’on aime!

keisha41 · 3 décembre 2019 à 15 03 02 120212

Belle histoire vraie (espérons que l’étude sera plus vigilante dans le futur, mais dans ton cas, sa langueur s’est révélée positive)

    Gwenaëlle · 3 décembre 2019 à 22 10 41 124112

    Chaque partie en aura tiré une leçon… 😉

gambadou · 7 décembre 2019 à 12 12 59 125912

Comment faire du positif avec du négatif. bravo !

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