Ça ressemble à un roman d’anticipation, mais c’est la réalité. En l’espace de quelques heures, ce qui faisait notre ordinaire s’est évaporé. Ces libertés qu’on croyait acquises n’ont plus cours. Pour éviter la propagation rapide et problématique d’un virus, nous voici tous assignés à résidence, sommés d’éviter tout contact avec nos semblables, découragés d’aller sur notre lieu de travail si nous pouvons faire la même chose à distance, depuis notre domicile. Nos sorties ne sont plus libres, mais strictement encadrées et doivent faire l’objet d’une déclaration renouvelée quotidiennement. Tout manquement à l’ordre peut donner lieu à une lourde amende. Le monde du travail est bouleversé. L’économie de marché boit la tasse et impudiquement dévoile ses artifices et ses limites. Il n’y avait pas d’autre alternative et pourtant si… Le monde bascule et personne ne sait vers quoi. Un organisme, même pas visible à l’œil nu, nous rappelle que rien ne dure. 

Face à cela, les réactions sont aussi diverses que les humains chez qui elles se manifestent. Incrédulité, solidarité, déni, peur, joie, satisfaction, angoisse, compassion, colère… Chez les artistes, c’est pareil. Certains se réjouissent de ce temps ralenti où elles/ils vont pouvoir créer davantage. D’autres voient leurs expositions, ateliers, interventions repoussés, et la fragilité de leur revenu, déjà grande, encore plus mise à mal. Tout le monde sait qu’en période de crise – et si ce n’est pas une crise énorme que nous vivons alors qu’est-ce que c’est? – l’art fait partie des premiers sacrifiés. Qui va acheter une toile demain, quand on ne sait même pas si on aura un salaire, ou suffisamment pour nourrir ses enfants? 

Face à cette situation inédite, pourtant, les unes et les autres s’organisent. Ecoute, entraide, solidarité, et surtout créativité, sont les armes favorites que les artistes dégainent pour combattre l’adversité. Car oui, nous traversons une épreuve, mais nous ne sommes pas en guerre. La guerre suppose violence, force et brutalité. Nous n’en sommes pas là. Pas encore… mais certains pourraient être tentés de recourir à cet arsenal, et à vrai dire, l’alibi du virus pour réduire les principes démocratiques à une peau de chagrin m’inquiète davantage que le virus lui-même. Car cela a déjà commencé, et bien avant la pandémie.

Pors-Péron, lundi dernier.

Je crois que cette période va nous permettre de redécouvrir notre vie intérieure, notre vie de famille, mais elle va aussi nous amener à faire preuve de créativité pour affronter les défis qui se présentent. J’espère qu’elle sera également l’occasion de réfléchir à ce modèle économique qu’on nous a imposé ces dernières décennies, avec violence, force et brutalité (la guerre n’est peut-être pas celle qu’on croit…), à ce monde qui montre aujourd’hui l’étendue de son déséquilibre. Ce qui ne se pouvait pas hier encore se peut aujourd’hui. Comment est-ce possible?

Protégeons-nous, protégeons les autres, mais pensons aussi à demain, et à après-demain. Dans le cocon de nos foyers, nous pouvons commencer à nous demander : et quand tout cela sera terminé, comment ai-je envie de re-vivre? Continuer comme avant, ou bien changer? Et changer quoi, de quelle manière? Qu’est-ce que ce moment m’aura permis de comprendre? Sur moi, les autres, le pouvoir, l’économie, la politique? Soyons tous des artistes et dessinons le monde que nous avons vraiment envie d’habiter. Et si nous séchons, c’est simple : demandons à nos enfants de nous aider! Ils savent, eux!  


6 commentaires

Miriam Panigel · 21 mars 2020 à 13 01 06 03063

Pour l instant je profite de cette immobilisation forcée pour faire tout ce qui est en attente et finalement ce n est pas si mal de ralentir et d se poser. Depuis un an je devais réparer mon blog qui avait perdu ses illustrations. La chaîne stereo devait être réparée les cuivres astiques…

    Gwenaëlle · 21 mars 2020 à 14 02 17 03173

    Je vois que tu n’as pas de mal à trouver de quoi occuper tes journées ! Tant mieux. 😉

Anne · 21 mars 2020 à 17 05 20 03203

Non, nous ne sommes pas en guerre, le temps devrait plutôt être à la tendresse… Merci pour tes mots, Gwenaëlle

    Gwenaëlle · 21 mars 2020 à 19 07 11 03113

    Merci Anne! Oui, la douceur, la tendresse, la compassion et la compréhension mutuelle. Bon courage!

keisha · 22 mars 2020 à 9 09 13 03133

Un p’tit coucou de la ville du fromage, où perso je ne lis pas tellement, mais nettoie, range, etc, et veille sur ma maman… L’occasion de revoir ses priorités, après?

lewerentz · 22 mars 2020 à 11 11 29 03293

Un joli texte, comme toujours. En Suisse, le confinement national n’a pas été décrété. Le raisonnement étant que si elle est bien respecté, l’incitation forte à rester chez soi et pas de réunion publique/privée de +5 personnes (lourdes amendes et dénonciations pour les récalcitrants), sera autant efficace qu’un confinement forcée mal respecté.
Depuis jeudi après-midi, je télétravaille; c’est bizarre mais nécessaire.
Bises, Barbara.

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