Depuis que le monde s’est mis sur pause, je ressens tout ce qui se passe en moi et autour de moi d’une manière plus profonde. C’est un peu comme si on avait monté le son des émotions. Dans cette traversée qui ressemble à une tempête immobile, la poésie est une bouée à laquelle je m’accroche au fil des jours. Il y a ce recueil dont je vous ai déjà parlé – L’apprenti dans le soleil, de Franck André Jamme – vers lequel je reviens en ce moment, ouvrant des pages au hasard pour piocher quelques uns de ses vers à la beauté étrange et mystérieuse. Je me suis dit que je pourrais me laisser inspirer par cela pour écrire ce billet et les suivants.

L’aubaine / de pouvoir s’échapper / en prenant un chemin / parsemé de curieux éclairs

Je pourrais profiter de ce temps pour écrire des billets de blog utiles, qui vous aideraient à améliorer votre pratique créative. Mais voyez-vous, je n’en ai aucune envie. Tout cela me parait bien moins important que de saisir l’instant et ce qui se passe en moi, en nous. Je pourrais essayer de bricoler un atelier en ligne que je vendrais, comptant sur le désœuvrement qui nous saisit parfois en cette période de confinement, mais ça non plus je n’en ai pas envie. Je n’ai pas envie de profiter de la situation. J’ai envie de creuser, de ressentir, d’ouvrir les yeux, de me laisser traverser. Alors tant pis si vous ne me suivez pas. Je ne garantis pas que tout ceci sera intéressant ni digne d’être conservé.

Je m’adapte à la situation, comme l’eau qui contourne la pierre au milieu du ruisseau. Puisque je ne peux plus m’échapper physiquement, je m’évade autrement. L’aubaine d’avoir des livres et des amis avec qui discuter! L’aubaine d’avoir des rêves qui, dans le silence des jours, peuvent se déployer en toute liberté! L’aubaine d’avoir des sens pour sentir cette bouleversante odeur de pluie sur le sol réchauffé!

La beauté du plus simple (pinterest)

Je me demande s’il y a autre chose à dire. Ce qui m’est apparu quand tout s’est arrêté, c’est la quantité d’informations qui est déversée sur nous chaque jour par tombereaux entiers. Et le réflexe de beaucoup a été de se jeter dans l’action. Remplir les heures de vidéos, de podcasts, de contacts, de jardinage, de bricolage, de cuisine, d’apéritifs. Comme si prendre le temps de rester seul un long moment avec soi-même était risqué…

Le goût de reconsidérer / certaines heures / d’une façon enfin plus calme 

Ce qui se dessine n’est pas le chemin prévu, mais il est parsemé de curieux éclairs. Des moments de lucidité d’une limpidité incroyable. Du désir épais et pourtant évanescent comme une brume. Des rêves étranges qui mêlent des ingrédients surréalistes. Des échanges amicaux qui réchauffent comme une flambée. Des choses vues et enregistrées dans la mémoire comme des trouvailles : le fil de laine rouge entortillé à la brindille que l’oiseau dérobe pour son nid, le bateau sous la transparence de l’eau, les sourires que l’on s’échange à deux mètres de distance… Tout cela vient se superposer au quotidien, à la routine qui demeure, colonne vertébrale de notre temps dérangé. Rester seule avec moi-même ne m’a jamais posé de problème. Au contraire, en temps normal, je cherche à créer ces parenthèses qui me permettent de m’arrêter, de contempler, de réfléchir.

Les rêves / qui devenaient / de parfaites responsabilités.

Ce qui est venu au bout de quelques jours avait la forme d’une question. Maintenant que tout est bouleversé, quelles sont ces piliers solides en moi, à l’état de rêves encore peut-être, qui me guident vraiment quand vient l’adversité? La réponse a émergé au fil de jours : écrire, peindre et aimer. Elle n’est sans doute pas utile à qui que ce soit d’autre que moi. Pas politiquement correcte non plus. Mais elle dit très exactement celle que je suis. Alors j’ai continué à peindre, même si tous les jours ne sont pas fructueux. J’ai entamé ce projet d’écriture qui tournait en moi comme un courant d’air depuis un an. Et pour ce qui est d’aimer, ma foi, les pistes ne manquent pas…

Si dans les semaines, les mois, les années à venir, mes journées se résument à cela, j’en serai comblée. Reste à trouver la forme de ces rêves, la manière dont je veux les faire exister. Ce sera ma parfaite responsabilité…

L’apprenti dans le soleil, Franck André Jamme, éditions Isabelle Sauvage

 


4 commentaires

lewerentz · 8 avril 2020 à 12 12 44 04444

Tu as raison de faire comme tu le sens toi, en ton for intérieur. Je te souhaite plein d’épanouissement dans tes activités.

    Gwenaëlle · 8 avril 2020 à 13 01 33 04334

    Merci Barbara! Je continue à écrire ici de toute façon, et à faire tout le reste… mais ce confinement infléchit les choses d’une autre façon. Bises

Edith prunet · 10 avril 2020 à 6 06 55 04554

À tes écris Gwenaëlle ´je ressens la gravité de l’instant arrêté. L’interrogation de l’après, dans quel monde allons nous émerger après ce confinement ? Tout en moi est devenu questionnement.
J’ai le sentiment d’avoir perdu le sens. Je sais que le perception du beau me touche encore beaucoup .
,
Le médiocre me met en colère comme une atteinte à l’essentiel. Il reste ce bonheur d’une musique , d’une belle photo partagée. ,des amis retrouvés
et de mes méchantes jambes qui me tournantes et me disent : tu n’as plus le temps.
Tes photos font partie de cette beauté qui va à l’essentiel.
L’œuvre d’art prend son sens dans le regard de l’autre

    Gwenaëlle · 10 avril 2020 à 14 02 19 04194

    Bonjour Edith, et merci pour ton commentaire. Difficile de percevoir toute l’étendue des changements apportés par cette période. C’est vrai, l’art et le beau restent des repères… Je t’embrasse.

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