L’incroyable grésillement /des bruissements d’ailes /de ces présences/qui n’existaient pas / probablement

Au calme irréel qui est tombé sur les villes répond le chant des oiseaux, comme démultiplié. Est-ce qu’auparavant on ne les entendait plus? Nos bruits humains de circulation, de vrombissement, de sirènes et d’agitation avaient presque recouvert la chanson de la nature.

Aujourd’hui, ils semblent plus nombreux, les piafs, à palabrer dans le secret des arbres et à se voler dans les plumes sous les prétextes les plus futiles. Ils s’enhardissent, s’encanaillent, et bientôt viendront nous manger dans les paumes, rendus intrépides par notre quasi-immobilité. C’est comme ces chevreuils, ces sangliers et ces renards qui s’aventurent sur les passages piétons, sur les places des villages, circonspects et l’air de de se demander ce qui a bien pu nous arriver, à nous, les humains. A les voir parcourir les rues dans le bruit discret de leurs sabots, on dirait qu’ils mènent l’enquête.

Mais qui étaient tout de même / arrivées parfois à se grimer / en oiseaux dissipés /juste un peu plus haut / que le toit

Ce confinement nous parle d’espace(s). Le « naturel », qui soudain est inaccessible, le « public » qui est déserté, et « l’intérieur » qui nous est doublement imposé. Espace du foyer, et espace mental, qui devient peu à peu le seul refuge où l’on puise le réconfort et l’espoir dont on a besoin. Si toutefois on sait orienter ses pensées d’une manière qui ne nous rende pas encore plus anxieux et désemparés. Ce n’est pas gagné tous les jours. Beaucoup évoquent le manque d’énergie, l’épuisement, la confusion.

Matinée de brouillard à Douarnenez

Le sentiment /que cela se serrait /toujours un peu /vers les cinq heures

Quand je vois à quel point garder le cap dans mes journées est parfois difficile, alors que ma situation est plutôt enviable – une grande maison, un jardin et des alentours superbes – je pense à ce que peuvent éprouver celles et ceux qui sont seul.e.s ou mal accompagnés. A tous ceux qui sont à l’étroit, et comme pris dans le béton, sans beaucoup de nature autour d’eux. A tous ceux qui souffraient déjà d’une pathologie et voient leurs symptômes aggravés par le climat anxiogène qui règne partout. Aux femmes et aux enfants victimes d’une violence à laquelle ils ne peuvent pas échapper. Le confinement était-il vraiment la seule solution? Et devait-il être appliqué partout avec cette rigueur?

Les luttes sans merci /entre les miroirs /et les masques

Les masques, parlons-en! Où sont-ils? Et les tests? Par contre, ne vous avisez pas de sortir sans votre attestation, parce que les contrôles sont au coin de la rue. Dans sa newsletter « Les Glorieuses » de ce mercredi, Rebecca Amsellem évoque le cas de ces pays où ce sont des femmes qui sont au pouvoir et comment elles ont géré cette crise. Loin de l’explication essentialiste évoquée par certains pour expliquer pourquoi les femmes qui dirigent ont réagi plus vite et mieux face à la pandémie, elle rejoint Christine Taubira qui dit que « tout ce qui tient la société, ce sont les femmes qui le font ». En outre, pour accéder aux positions de pouvoir, les femmes doivent être largement plus compétentes que les hommes.

Mieux qualifiées, et ayant une meilleure connaissance des réalités de la société : voilà pourquoi ces dirigeantes ont mis en place des mesures qui n’obligent pas la population à rester confinée deux mois, comme ici.

Au sortir de ce confinement, notre vision de l’espace sera sans doute profondément modifiée et il est temps, dès maintenant, de se demander comment on désire revivre, dehors et dedans. Comment on pourra reprendre une activité sans forcément perdre les chants d’oiseaux et cultiver ce jardin intérieur qui se révèle si nécessaire en temps de crise. Moins de parkings, et plus de parcs. Moins de supermarchés, et plus de commerces de proximité. Moins de blabla et plus de décisions avisées.

Pendant que certains gouvernants contemplent leur vanité dans le miroir et ornent leur veste de médailles pour des combats qu’ils n’ont jamais menés, les petites mains créent ces masques que la « puissance » publique est incapable de fournir à la population, après un mois de confinement… De cela aussi, il y a des leçons à tirer. Et des comptes à demander.

Avec ce texte, je poursuis ma réflexion sur ce temps de confinement en m’appuyant sur les poèmes de Franck André Jamme, extraits du recueil : « L’apprenti dans le soleil », publié aux éditions Isabelle Sauvage.


4 commentaires

lewerentz · 16 avril 2020 à 8 08 18 04184

Toujours intéressant de te lire. Je ne connais pas cette infolettre Les Glorieuses ; j’irai voir. J’ai aussi entendu un reportage au sujet des femmes dirigeantes hier soir à la radio suisse ; intéressant. Je t’envoie le lien par mail.

J’ai pensé à toi mardi matin lorsque j’ai entendu à la radio que votre président a décrété le prolongement du confinement strict jusqu’au 11 mai ; un mois de plus 😕
Ici, toute la population attend avec impatience la conférence de presse du Conseil Fédéral cet après-midi, car il devrait annoncer qq premières mesures d’allègement. Probablement la réouverture des petits commerces et des services tels que coiffeurs, à l’image de l’Autriche. A voir. J’espère qu’on nous obligera pas le port du masque. Non pas que ça me gênerait mais tout simplement parce que depuis le début de ces semaines particulières (il y a un mois), il est tout simplement impossible d’en trouver.

Bonne journée !

    Gwenaëlle · 16 avril 2020 à 13 01 06 04064

    Cette infolettre est intéressante (même si je trouve qu’il y a trop de fautes!). Je ne suis pas toujours d’accord avec les positions féministes prises, mais le débat , c’est le fondement de la démocratie… A bientôt Barbara! 🙂

keisha · 16 avril 2020 à 11 11 18 04184

Merci pour ce texte. J’ai écouté C Taubira à la radio, toujours roborative, cette dame!

    Gwenaëlle · 16 avril 2020 à 13 01 04 04044

    Oui, très juste ce qu’elle dit! Heureusement qu’elle est là pour le dire… 😉

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