Que vous soyez artiste professionnel.le ou non, un jour ou l’autre, vous vous trouverez confronté.e à certaines questions de la part de celles et ceux qui s’intéressent à vos œuvres. Quel a été votre parcours? Comment êtes-vous venu.e à la peinture? Pourquoi l’abstrait plutôt que le figuratif? Etc… Cette curiosité est légitime et peut être l’occasion pour vous de concrétiser une vente. Après tout, on ne peint pas pour laisser ses toiles au fond des placards, si?

Pour mettre toutes les chances de votre côté, mieux vaut avoir réfléchi aux réponses que vous allez apporter à ces questions, et à toutes celles que vous n’imaginez même pas… Les quelques principes actifs du storytelling – ou l’art de bien raconter – peuvent vous aider à mettre en forme votre histoire et vos réponses. Et cette base vous sera utile pour remplir la section « à propos » sur votre site, pour répondre aux questions, pour préparer les présentations en vue de futures expositions, etc…

Disons-le d’emblée : il ne s’agit pas de mentir ou de sombrer dans la mythomanie. Non, il est plutôt question de trouver dans votre parcours, dans votre processus et dans vos valeurs, ce qui est susceptible d’entrer en résonance avec celles et ceux qui s’intéressent à votre travail, afin de se placer sur le terrain de l’émotion. N’en déplaise aux économistes, le fait d’apprécier une œuvre, et plus encore d’avoir envie de l’acquérir, n’est pas lié à des éléments rationnels. Ainsi, par exemple, un homme m’a un jour acheté un tableau particulier parce que dans les fragments de collages apparaissait le mot « mère » , or il avait perdu la sienne récemment et était en deuil.

Tout en restant authentique, il s’agit donc de créer de l’envie et de l’émotion. Pour cela, il faut chercher ce qui, dans votre trajectoire, a été significatif, décisif, intéressant, y compris les rencontres, les obstacles, les épreuves, etc. Loin de chercher à apparaitre en héros ou en star, il faut se rappeler que c’est en dévoilant une part de vulnérabilité que l’on peut se rapprocher des autres. Quand Alice Sheridan explique qu’elle était tombée en dépression après la naissance de la fille et que c’est le petit exercice quotidien de collage qu’elle faisait dans ses carnets qui l’a aidée à comprendre à quel point l’art était vital pour elle, elle dit quelque chose d’intime et dévoile une part d’elle-même à laquelle d’autres femmes peuvent s’identifier : le post-partum, la prématurité, la difficulté d’être mère au foyer, la part créative qui vit en soi et que l’on n’écoute pas, et puis, l’autorisation d’être enfin soi-même.

Avant de vous lancer dans l’exercice, je vous conseille d’aller jeter un œil sur le site des artistes que vous admirez. Regardez comment ils parlent d’eux-mêmes, de leur formation, de leurs expériences, mais aussi comment ils mettent en avant ce que leurs œuvres apportent à celles et ceux qui les achètent. Car, au-delà de votre histoire et de l’émotion qu’elle peut susciter, il est surtout nécessaire d’expliquer aux éventuels acheteurs quels besoins, quels désirs votre peinture, accrochée sur leur mur, peut combler. Est-ce un besoin de singularité? De statut social? Ou bien plutôt le désir de soutenir la création, les artistes? La culture locale? Ou simplement l’envie de ramener une image emblématique de vacances réussies?

Prenez le temps d’y réfléchir. Vous n’écrirez pas l’histoire parfaite dès le premier jet. Il faut d’abord repérer les étapes de votre vie, et peut-être envisager une relecture pour en faire ressortir l’intérêt. Avez-vous vécu une sorte de révélation à cinq ans en décorant les murs de votre chambre avec le rouge à lèvres de votre mère? Votre désir a-t-il été contrarié par un père qui méprisait les artistes? Vous êtes-vous retrouvée, sans savoir comment, dans un job qui ne vous intéressait pas du tout? Est-ce une amie qui, un jour, vous a dit : mais tu es super douée en dessin! Tu pourrais me faire le portrait de Jules? Ton prix sera le mien! Est-ce votre grand-mère, artiste à ses heures perdues, qui vous a initiée à l’aquarelle?

Ensuite réfléchissez à votre processus, et aux valeurs qui vous guident. Quelle est votre conception du rôle de l’artiste? Que voulez-vous apporter au monde? Par exemple, l’art est-il pour vous une invitation à la poésie et au rêve? Ou bien le moyen de révéler les dérives de la société? Le résultat ne sera sans doute pas le même, ni sur la toile, ni dans votre attitude et vos choix.

Cela vous prendra du temps de trouver la « bonne histoire », celle que vous pourrez décliner et qui servira de fondement pour votre démarche globale. Vous raffinerez au fur et à mesure, en percevant aussi la manière dont votre histoire est reçue. Gardez en tête ces mots : authenticité, émotion, intérêt. Rien qu’avec cela déjà, il y a des chances pour que votre bio devienne un petit bijou d’histoire!

(Et maintenant que je vous ai donné tous ces conseils, je file dare-dare réviser la mienne!)

Vous pouvez relire les interviews de Serge Marzin et d’Emmanuelle Briat, pour percevoir ces éléments biographiques significatifs chez l’un et chez l’autre.

Photo by Patrick Fore on Unsplash


2 commentaires

lewerentz · 12 mai 2020 à 7 07 10 05105

C’est intéressant et, bon, dans les artistes que j’aime, il y a notamment toi. Alors je vais aller relire ta bio.
Sinon, connais-tu Kogahara Izumi ? Je l’adore et viens de commander son livre. Je la suis sur Instagram. Bisous et bonne journée.
https://kogaharaizumi.com/

    Gwenaëlle · 12 mai 2020 à 7 07 51 05515

    Bonjour Barbara ! Écrire cet article va me pousser à reprendre ma propre « histoire » . Je ne connais pas l’artiste dont tu parles. Je vais aller voir ce qu’elle fait tout de suite. Bonne journée à toi aussi. Bises.

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