Ce que je vis en ce moment avec une des toiles que j’ai en cours illustre bien ce dont je vous ai déjà parlé : la facilité vers laquelle le cerveau a toujours envie d’aller, et pour contrebalancer cette tendance, la nécessité de prendre des risques et de se laisser surprendre. La toile ci-dessous est en quelque sorte l’ornière dans laquelle je suis tombée. J’ai baissé la garde et suis revenue à quelque chose de figuratif et de facile, quelque chose que j’ai déjà fait à de nombreuses reprises. A cette étape intermédiaire, même s’il y avait dedans des éléments que j’aimais bien, cela ne me correspondait plus. Mais alors, plus du tout!

J’ai donc décidé de tout sacrifier en repassant par dessus des couleurs d’une manière aléatoire. En ce moment, j’exploite à fond le potentiel liquide de la peinture acrylique. J’ai donc gardé les couleurs de base, ajouté de l’orangé et beaucoup d’eau. Ma toile est devenue vraiment moche et brouillonne. C’est ce que je voulais : pour sortir de l’ornière, il faut prendre des décisions courageuses et radicales!

Au passage suivant, j’ai laissé émerger des formes et un mouvement qui correspondent davantage à ce vers quoi je vais en ce moment. On est entre le végétal et le minéral, mais cela n’a plus rien de figuratif.

A ce stade, je cherche à créer des effets de texture, à ajouter des couleurs de différentes manières. Cela ne me plait pas toujours. Par exemple, dans la dernière photo, ci-dessous, je ne suis pas très heureuse avec cette masse couleur or de quinacridone. Je trouve qu’elle déséquilibre l’ensemble. Je pense donc qu’à la prochaine étape, elle va être considérablement réduite, atténuée, voire effacée… La zone à droite va aussi être re-structurée. La toile est loin d’être terminée…

Comme vous le voyez, au fil des passages, je cherche à aller vers ce qui m’intéresse en ce moment : une expression du paysage sans qu’elle soit pour autant figurative, un équilibre entre les masses et les contrastes, une dynamique dans la composition, une recherche de fluidité.

La toile se construit peu à peu, par additions, superpositions, corrections successives. Pour cela je me fie à mon intuition, en gardant ce qui me plait et en modifiant ce qui ne me plait pas. Il est important de pouvoir regarder la toile de près et de loin. Et parfois de laisser passer du temps entre deux séances, car les modifications que je désire apporter ne m’apparaissent pas toujours. Je sens parfois que « quelque chose ne va pas », mais je ne peux pas toujours dire quoi. Tourner la toile, à quatre-vingt dix ou cent quatre-vingt degrés est souvent un bon moyen de comprendre ce qui cloche : un déséquilibre, des formes trop semblables, etc…

Bref, c’est un long travail de patience. Plus j’avance et plus je me rends compte que je mets du temps à terminer une toile, parce que je deviens plus exigeante et que je sais que c’est la superposition des couches qui va rendre la surface intéressante. Aussi, quand on me demande combien de temps il me faut pour achever une toile, il m’est impossible de répondre. D’une part parce que je travaille sur plusieurs toiles en même temps, et d’autre part parce qu’il est difficile de suivre le temps que prennent toutes ces subtiles – ou moins subtiles – modifications…

Est-ce que cela ressemble à votre manière de travailler? Que faites-vous quand vous sentez le blocage s’installer?


4 commentaires

lewerentz · 19 mai 2020 à 7 07 06 05065

Bonjour Gwenaëlle,
C’est marrant, car ce que tu décris correspond complètement à ce qui m’est arrivé tout récemment avec une de mes dernières bachtroye (ma publication du 03 mai sur IG). Au début, il y avait une montagne à l’arrière très présente, puis un peu moins puis plus du tout. Quand je regarde les 3 photos que j’ai faite au cours du processus, ça me surprend mais j’en suis heureuse. Et tu sais pourquoi ? Parce que je crois que c’est la première fois que j’ai continué une bachtroye qui ne me satisfaisait pas mais en la reprenant sans pour autant repasser un grand coup de gesso sur l’ensemble pour tout effacer et repartir de zéro. Alors bien sûr, c’est à un modeste niveau comparé à la complexité de tes toiles mais quand même, j’ai l’impression d’avoir franchi un pas, contourné une difficulté sans simplement ranger le papier dans un cartable et basta.
Pour ta toile, je suis d’accord, l’or est très présent et la partie droite supérieure terni un peu l’ensemble mais l’évolution est super ! Bonne continuation, bises et bonne journée.

    Gwenaëlle · 23 mai 2020 à 9 09 52 05525

    Merci Barbara! C’est ce qui est merveilleux avec le processus créatif : on n’a jamais fini d’apprendre! 😄 Bon week-end, sous le soleil j’espère ! Bises.

celine royer · 19 mai 2020 à 18 06 50 05505

Je n arrive pas encore à faire des choix radicaux comme toi: recouvrir, deconstruire etc.quand je coince , je laisse de côté pour y revenir
avec un oeil neuf, le regarder ds un miroir etc.

    Gwenaëlle · 23 mai 2020 à 9 09 54 05545

    Chacune trouve son « truc », et puis c’est peut-être aussi une question de personnalité. Je sais que je peux être radicale, parfois… 🙄

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