Que l’on soit artiste ou non, nous avons tous vécu ces moments difficiles vis à vis de notre travail, où nous ressentons les symptômes suivants : apathie, insatisfaction, ennui, sensation d’épuisement, frustration, manque d’idées… Ces signaux ne sont pas à prendre à la légère. Dans le cas d’un travail créatif, ils indiquent qu’il est temps de faire le point et de chasser les assassins de la créativité. Mais quels sont-ils, ces assassins?

La dissonnance

Vous l’avez sans doute expérimenté en musique : cette sensation très désagréable à l’oreille quand il y une discordance dans les sons, ce qui produit une impression de contrariété, de tension. Or, quand certains éléments de notre vie ne sont pas bien alignés, on ressent cette instabilité intérieure de manière très désagréable. Pour la faire disparaitre, il est nécessaire de s’interroger sur ce que l’on fait.

La dissonance en musique

Il peut arriver que pris par la nécessité d’agir, de faire, de créer, on perde de vue la raison pour laquelle on s’est lancé dans cette vaste aventure. Soudain, on a l’impression d’avancer sans direction et sans boussole. Brutalement, on se demande : mais pourquoi je fais tout cela? A quoi ça rime, tous ces efforts, tous ces obstacles surmontés? Le manque de sens, l’absence de but nous laissent désemparés et c’est là qu’on peut ressentir ennui, apathie, manque d’idées.

Je ne saurais trop vous engager à faire le point régulièrement sur ce qui vous motive à créer, à peindre, ou à vous exprimer de quelque manière que ce soit. Pour cela, vous pouvez écrire votre manifeste d’artiste (je vous en parlerai la semaine prochaine). C’est un document qui vous servira de base, et vous aidera lorsque vous ressentirez un passage à vide ou entrerez dans une période de doute. C’est un document personnel qui pose ce que sont vos valeurs, ce en quoi vous croyez et la manière dont vous désirez vivre votre votre vie en général, et votre vie d’artiste en particulier.

Quand on avance sur le chemin de la créativité, avant de savoir comment on va créer, il est important de dégager pourquoi on est un créateur/une créatrice en premier lieu. Répondre à des questions basiques comme : qui? pourquoi? où? quand? peut permettre de poser un cadre sécurisant pour démarrer.

La peur

Elle se manifeste souvent par rapport à ce qui « pourrait » arriver. Elle ne fait pas forcément référence à des éléments tangibles, mais plutôt à des projections que l’on fait. Et ces projections peuvent vraiment bloquer notre élan et raboter notre courage.

Il y a d’abord la peur de l’échec. Qu’il s’agisse d’organiser une exposition, un vernissage, de démarcher des galeries ou bien tout simplement de travailler intensément dans le silence de son atelier, la peur d’échec est toujours là, flottante. Et si personne ne vient? Et si je n’y arrive pas? Et si les gens se moquent de mon travail? Comme les enfants, on se fait facilement peur. Mais il faut savoir qu’un bon travail créatif n’a pas lieu si on ne prend pas de risques! C’est le fait de sortir du sentier balisé, de tester de nouvelles choses, de s’attaquer à des couleurs qu’on ne maitrise pas bien ou des matériaux nouveaux qui va nous mener à des découvertes intéressantes, voir à une forme de révélation. La prise de risque est donc inhérente au métier et il faut s’habituer à se sentir confortable dans l’inconfort…

Photo by Sammie Vasquez on Unsplash

Si l’on cède au confort, c’est à dire à la facilité, il y a de fortes chances pour qu’on sombre rapidement dans la tiédeur, la médiocrité. On fait ce qu’on sait faire, on le fait bien sans doute, mais peu à peu l’étincelle disparait. Cela devient un travail comme un autre, qui perd tout son suc. Et l’assassin de la créativité qu’on appelle ennui pointe le bout de son nez. On n’a plus envie…

Enfin, on peut aussi avoir peur du succès! Si l’on sent que son travail décolle, que nos toiles se vendent, que notre popularité augmente, on peut craindre de n’être pas capable de suivre le rythme. Ou bien on peut se sentir « enfermé » dans son succès, contraint de créer ce que les gens aiment et sortir de ce qui fait notre style peut alors sembler un tour de force. Enfin, un premier succès peut faire craindre que tout cela n’ait été que l’effet du hasard. On sait par exemple que pour les jeunes écrivains, le deuxième romans est toujours un défi : l’engouement pour le premier va-t-il se renouveler?

L’escalade des attentes

Enfin, le dernier élément qui peut contribuer à éteindre durablement notre envie de créer, c’est le fait de demander trop à notre art, et notamment d’être notre gagne-pain. Quand on commence, c’est extrêmement difficile. Surtout si c’est un choix qui se fait en milieu de vie. Il faut à la fois apprendre à maitriser la technique, mais aussi tout ce qui est autour du métier d’artiste : parler de son travail, communiquer, vendre, trouver des lieux d’expositions, fixer des prix, assurer la permanence des expositions, accroitre son audience, etc… C’est énorme, et cela demande beaucoup de temps. A la fois pour réaliser son travail, mais aussi pour établir une relation de confiance avec ses potentiels clients. C’est un travail de longue haleine, et pour supporter cela et conserver le plus de liberté possible, mieux vaut avoir d’autres sources de revenus, ou bien un conjoint à même de supporter ces quelques années où l’on n’engrangera que peu de revenus.

La comparaison avec les pairs peut également être paralysante. Se comparer à des artistes qui travaillent depuis dix, quinze, trente ans alors qu’on débute à peine ne nous sert pas. Le processus créatif est vraiment une affaire de temps et surtout, il est propre à chacun. Il faut un certain nombre d’années de pratique pour commencer à trouver sa voie (et sa voix), et pouvoir s’exprimer de manière authentique. C’est d’ailleurs intéressant, quand des archives sont disponibles sur le site des artistes, d’aller voir comment leur travail a évolué en fil des années.

Le mieux est donc de n’avoir pas d’attentes précises. Mieux vaut développer la confiance qu’on a en soi et en son travail, en se disant que de grandes et belles choses vont arriver, même si pour le moment, on ne sait pas exactement la forme qu’elles prendront… C’est ça le principe du processus créatif, non?

Vous pouvez réagir en commentaire, me dire si vous avez déjà croisé le chemin de ces « assassins » et quelles stratégies vous avez mises en place pour y échapper…

Cet article m’a été inspiré par un chapitre du livre de Todd Henry, The accidental creative, dont je vous recommande bien sûr la lecture.


4 commentaires

tudinescesoir · 4 septembre 2020 à 7 07 24 09249

Bonjour, j’ai trouvé cela très intéressant, il me tarde de lire la suite

    Gwenaëlle · 4 septembre 2020 à 19 07 54 09549

    Hello Géraldine, merci pour ton commentaire. La suite la semaine prochaine… Tu vas bien? Tu continues à écrire?

Vérone · 4 septembre 2020 à 9 09 16 09169

Merci Gwenaelle pour cet article qui agit sur moi comme une piqûre de rappel bénéfique.

J’ai souvent constaté que l’attitude expérimentale est l’unique moyen de booster ma créativité naturellement, sans effort et avec jubilation ! Rien de tel que d’expérimenter une nouvelle couleur, de nouvelles associations, un outil improbable ou un nouveau format…pour oublier la petite voix paralysante et assassine qui vous souffle de réussir. Rien à perdre, tout à découvrir, bonjour le lâcher – prise. Et là c’est la petite fille qui jubile : ah oui ?! Je peux sauter dans les flaques et faire des tâches sur ma robe ?!
C’est un pari gagnant à chaque fois ; j’obtiens toujours quelque chose d’intéressant si ce n’est carrément une peinture réalisée dans la fluidité. L’authenticité, ma vérité intérieure, n’a plus peur de surgir. Il n’est plus question de réussite ou d’échec. Nous sommes là, pleinement présents à ce qui est en train de se produire sur la toile. Et c’est ça qui compte.
Cultiver une attitude expérimentale permet de nous remettre à jouer, à prendre du plaisir. Expérimenter est mon remède contre l’ennui, la paralysie, la peur, les blocages de tous ordres.
A force de lire et entendre ce que l’expérimentation peut apporter ou libérer j’ai fini par le croire. Puis le vivre moi-même, jusqu’à consacrer certains de mes carnets à la « gym créative » dans lesquels j’expérimente assez rapidement sans but prédéfini. Libératoire et souvent jouissif.
On joue bien de la musique. Moi j’aime penser que je joue de la peinture. Et avec des papillons dans le ventre en plus !

    Gwenaëlle · 4 septembre 2020 à 19 07 54 09549

    Merci pour ton commentaire! C’est super de lire ça! J’aime beaucoup ton expression : jouer de la peinture! 🙂

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