7 avril 2021

Je me lance, parce qu’il le faut bien. L’envie tourne en moi depuis longtemps. Celle de reprendre l’écriture, celle de tenir un journal ici, sans que la forme me soit apparue d’une manière limpide, évidente. C’est comme un mot sur le bout de la langue, presque là et pourtant pas vraiment. Alors je saute le pas, tant pis si ça parait brouillon et dispersé. Je suis brouillonne et dispersée en ce moment, c’est mon état. J’ai beau me poser des questions – des centaines de questioins -, les réponses me fuient. Tout s’effiloche aussitôt que je le touche. Les idées comme les envies. Rien n’accroche suffisamment longtemps pour nourrir mon interêt, ma motivation et mon énergie. Je n’arrive pas à savoir, je n’arrive pas à décider. Mille voies que je suis, sur quelques mètres, avant de rebrousser chemin et de prendre une autre direction.  

Ce matin, je suis allée dans une nouvelle boulangerie. Je sais qu’on y trouve du pain bio, fait avec une farine moulue dans le cap. Le meunier et sa muse. Il fait de la farine, elle reprend une boulangerie. Une histoire à la Pagnol dans les confins du Finistère. J’ai choisi un pain au sarrasin, un autre au maïs. La surprise de les sentir encore chauds dans mes mains, ronds et d’une tiédeur prometteuse. Sous la croûte, je pouvais sentir la mie fraîche répondre doucement à la pression. Je me suis dit qu’avec du beurre salé, ce serait divin. 

Voilà à quoi j’arrime mes journées en ce moment. Des sensations, des goûts, des parfums, des mots. Du pain, et des livres. Ce sont mes moyens pour combattre la fatigue chronique et l’anxiété du moment. Si rien ne prend le temps de se déposer dans mon esprit, c’est parce que plus rien ne tient autour de moi. Du jour au lendemain, les règles changent. On peut, on ne peut pas, on ne peut plus. L’élan est sans cesse sapé, les projets annulés, contrariés, reportés. L’incertitude est le nord de notre nouvelle boussole. Alors dans ce grand naufrage, on s’accroche à ce qui passe. 

Sur le coin de la page droite de mon agenda, cette question : Why do you do what you do? C’est la question à me poser en ce moment. Celle qui, quand on appuie dessus, déclenche sirène et gyrophare. C’en est presque drôle. De l’extérieur, ça ne se voit pas. Parce que je ne le montre pas. Le doute rampant, le doute en liseron sauvage qui entre par les fenêtres et les portes, le doute comme un insecte vrombissant qui cogne aux vitres, le doute nocturne qui se glisse sous les couvertures. Imposture. Les nuits coupées en deux par le doute. 

Alors c’est pour cette raison que je me lance. Pour montrer ce qu’il y a derrière la vitrine, derrière la boutique, derrière l’apparence colorée des images qu’une technologie embellit sans effort. Je ne représente personne, je ne parle que pour moi. C’est sans doute ego-centré, mais je n’en peux plus du vernis glacé trop parfait que posent sur nous la virtualité, la distance, le besoin de paraitre. C’est une manière de journal, spontané et malhabile, inspiré des pages matinales que j’écris tous les jours. Pas d’autre ambition que cela : donner à voir des tranches de vie. Ma vie. Ma vie d’artiste quinquagénaire, arrivée sur le tard dans le métier, parce qu’il y avait ce vieux rêve. Ce vieux rêve qu’il fallait à tout prix réaliser avant qu’il ne soit trop tard. 


12 commentaires

IRVI · 7 avril 2021 à 19 07 01 04014

Magnifique, Gwen, j’ai aimé ce premier jet, la spontanéité avec laquelle tu dis tes doutes, et comme je les partage, ces doutes ! du moins leur part universelle… Hâte de partager pain et beurre avec toi !

    Gwenaëlle · 7 avril 2021 à 20 08 03 04034

    Merci merci pour ces encouragements ! 😘

LEROY · 8 avril 2021 à 5 05 04 04044

Mille et mille mercis pour ce nouveau bonbon tendre et piquant à laisser fondre, à partager dans nos âmes errantes de l’époque. Nous nous ressemblons tant. Il est si agréable de suivre les déambulations d’une âme soeur, d’une artiste à qui l’on ne peut que pardonner ses humeurs vagabondes. Belle peinture, belle écriture, belles pensées, belle personne, surtout ne changez rien.

    Gwenaëlle · 8 avril 2021 à 9 09 31 04314

    J’ai l’impression de ne pas tout à fait mériter tous ces mots, mais grand merci pour cela! On a toujours besoin d’un peu de baume au cœur! 🙂

Marilyne · 8 avril 2021 à 9 09 19 04194

 » Pas d’autres ambitions, donner à voir « , tout est dit. Il est toujours agréable de te lire. C’est un partage. Je me retrouve dans tes premières phrases, dans les dernières.

    Gwenaëlle · 8 avril 2021 à 9 09 29 04294

    Et pour moi, c’est toujours un plaisir aussi de lire tes commentaires! Merci!

Sylire · 9 avril 2021 à 20 08 44 04444

Bonne idée ce journal. C’est très agréable de te lire.
Je pense bien à toi en ce moment. Quelle poisse ce confinement !

    Gwenaëlle · 9 avril 2021 à 21 09 33 04334

    Merci Sylvie! Oui, c’est le ras le bol général je crois ! J’espère que tu vas bien.

gambadou · 17 avril 2021 à 22 10 05 04054

J’ai un peu de retard sur la blogosphère en ce moment, mais j’avais suivi que tu te lançais dans ton journal. Aussi agréable de te lire que de regarder ce que tu fais, j’aime toutes ces avancées… Je vais continuer à venir picorer !

    Gwenaëlle · 17 avril 2021 à 22 10 27 04274

    Merci à toi de continuer à venir de temps en temps! C’est vraiment sympa! A bientôt Sophie!

Cécile · 19 avril 2021 à 22 10 36 04364

Très beau partage, merci pour ce moment de vie qui nous touche et nous parle forcément, mais qui restitue encore de plus de lumière à votre parcours et votre travail.
Et au nôtre par résonance…

    Gwenaëlle · 20 avril 2021 à 8 08 33 04334

    Merci Cécile! Si cela résonne en vous, alors les mots ne sont pas inutiles! 🙂

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