8 avril 2021

Conversation avec l’amie, au téléphone, hier soir. Impromptue, joyeuse, presque une fête en ces temps de disette sociale. Echanges à bâtons rompus et gentils délires. A deux, on oserait tout… Le seul mérite de cette époque, c’est peut-être de nous faire prendre conscience à quel point on a besoin des autres, à quel point ces relations, ces amitiés sont indispensables et doivent être chéries et entretenues. J’ai toujours eu une vision de jardinier quand il s’agit des liens entre nous…

Avant, très longtemps avant, il me semblait que les amis comptaient plus que tout. Et puis silences, incompréhensions, distance, sont venus semer le doute. Ce n’était peut-être pas la bonne façon. Je me souviens du psy que j’allais voir à Quimper. Devant mon impatience à recevoir des signes, il me disait que chacun avait son temps, et que le temps des autres n’était pas le mien. Il aurait dû ajouter que toute relation est pourvue d’un début, d’un milieu et d’une fin.

Nuit meilleure. Mais moi dans la cuisine obscure, à deux heures du matin, à tâtonner pour trouver un verre et gober deux cachets d’Euphytose, et puis me sentir repartir dans les limbes. Un sommeil comme un combat sur un ring, pas vraiment réparateur ni serein, plein de rêves embrouillés comme des fils impossibles à suivre. 

Ce qui nous nourrit en ce moment. Emissions de radios ou podcasts, livres, séries, balades en laisse dans la nature, si on le peut. Appauvrissement général. Pas d’inspiration, pas de stimulation, disparition des plaisirs simples et conviviaux, comme boire un café en terrasse  ou convier quelques amis pour un dîner. Quand, dans les films, je vois des scènes dans des restaurants, dans des cafés, j’ai le sentiment de contempler les vestiges d’une ancienne civilisation, quelque chose qui n’existe plus. Pareil avec les gens qui s’embrassent, et font la fête. Comme je me suis habituée en peu de temps à l’anormalité! 

J’ai découpé des morceaux dans des études que j’avais faites, et qui s’entassaient. Je me demande si cela servira à quelque chose. Je garde cela comme des indications de direction. Ce qui me plait, me parle, je le garde, le colle et note à côté pourquoi. Et ce qui ne me plait pas est jeté, ou bien destiné à servir de collage dans une autre création. Mais pour le moment de création, il n’est pas question. Les cales sont à sec. Plus rien à dire à force de tourner en rond. Je me demande si les autres artistes éprouvent la même chose. Plus grand chose n’entre et rien ne sort. Pas d’expositions, ni de vente, ni d’échanges. D’ailleurs à force, même plus envie de travailler à ça. Que faudrait-il faire? Brader son travail? Pendant ce temps-là, assurances, abonnements, fournitures, les dépenses continuent. Et après je m’étonne de ne pas dormir?

Tout un petit fatras sur mon bureau qui m’encombre, mais que je ne range pas. Boite, galet, huile au jasmin, vernis à ongle, capsules de L-Tyrosine que j’oublie de prendre la plupart du temps. Dossiers, carnets, bloc-notes et un peu de poussière. Remparts de papier, et de souvenirs qui m’aident peut-être à me rappeler ou à me concentrer. Mais accumulation aussi, et ça me parait plus embêtant. J’ai vu comme mon espace s’est peu à peu rempli, au fur et à mesure du temps. De toiles, de peintures bien sûr, mais aussi de tout un tas de “trucs”, d’objets, de souvenirs qui restent là, comme ces deux affiches achetées au musée Gulbenkian à Lisbonne et que j’ai roulées, et planquées derrière la porte, sans rien en faire. Plus que le désordre lui-même, c’est l’attente dans laquelle semblent reposer ces objets qui me dérange. Ils me somment de faire quelque chose, de prendre une décision, de m’occuper d’eux, et je ne le fais pas. Et moins je le fais, plus ils sont nombreux à vouloir me rappeler à l’ordre. C’est vraiment l’expression qui convient!

J’arrive au bout de ma tasse de café, mais pas encore de la page. Je surveille le compteur de mots. Mes doigts suspendent leur progression au-dessus du clavier. Tu triches. Tu ne dois pas réfléchir. Tu dois écrire tout ce qui vient, sans trier, sans penser. On n’est pas là pour faire joli! Alors je reprends, et je patine un peu. Ai-je la tête encore embrumée? Ou bien vraiment plus rien dedans? Une tête vide, totalement vide, mais non, il reste au moins tous les souvenirs. Allez, le premier qui me vient. La plage Sainte-Anne, l’autre jour quand je suis allée y travailler. Et puis, comme un chapelet qui se dévide : la plage Sainte-Anne la toute première fois que je suis arrivée dans la région, c’était l’été, les photos que j’avais faites et l’une d’elles qui m’avait inspiré une peinture. La plage Sainte-Anne parcourue avec Liz et ses chiens. Cette rencontre improbable entre moi et une anglaise vivant à Luxembourg, participant au même stage de peinture d’un peintre californien, et qui possède deux maisons en Bretagne. Magie d’internet! Oui, bien sûr, mais il ne faut pas qu’il n’y ait plus que cela dans nos vies, une magie de pacotille qui ne fait que jeter de la poudre aux yeux. 


4 commentaires

Leroy martine · 9 avril 2021 à 5 05 28 04284

Savoureux, éloquent, totalement réaliste et si bien écrit ce journal de solitude passagère, il faut s’accrocher les beaux jours vont revenir réenchanter le quotidien. Belle journée à vous.

    Gwenaëlle · 9 avril 2021 à 7 07 39 04394

    Merci Martine! On va tout faire pour remettre un peu d’enchantement dans nos vies, vous avez raison. Belle journée à vous aussi!

lewerentz · 10 avril 2021 à 9 09 37 04374

Tu écris tellement bien ! Et j’aime beaucoup ta photo des « petits essais ». Go on, Gwenaëlle!

    Gwenaëlle · 10 avril 2021 à 14 02 14 04144

    Merci Barbara! Ravie de lire ton enthousiasme ! Bon week-end !

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