15 avril 2021

Qui suis-je quand je dis oui, alors que je pense non?

J’écoutais Martha Beck qui affirme, dans son dernier livre, que le meilleur moyen pour ne pas souffrir, c’est d’être intègre (dans le sens d’honnête, avec soi-même et avec les autres). C’est à dire aligné avec ses valeurs, désirs, choix et de ne pas craindre de les affirmer et d’agir en fonction. Alors qui suis-je quand je me tais dans une assemblée, alors que je suis pas d’accord avec ce qui est dit? Qui ne dit mot consent… Qui suis-je quand je demeure silencieuse pour ne pas blesser, ne pas choquer, ne pas déclencher de batailles ou de cataclysme? Est-ce que je suis encore moi? Et pourquoi nous apprend-on à ne pas écouter ces signes, ces manifestations intérieures qui nous disent si nous sommes sur la bonne voie ou pas, si les gens autour de nous nous veulent du bien, si notre environnement nous est bénéfique?

Est-ce qu’une femme qui parle d’intégrité est crédible, quand elle affirme écrire pour se guérir et non pas pour la gloire, alors que son profil Instagram est ce qui se rapproche le plus du culte de la personnalité? J’aime les Américains : à en croire certains, ils sont philantropes, mais ils ne le deviennent que lorsqu’ils sont riches, célèbres et reconnus par leurs pairs. Quelle blague! Pardon, je me laisse aller à mon mauvais esprit très français.

Profil Instagram de Martha Beck

J’imagine un monde où tout d’un coup, on pourrait dire et vivre ce que l’on désire vraiment. Un monde de cohérence où les mots correspondraient aux actes. On pourrait ne pas vouloir d’enfant et s’en porter très bien. On pourrait aimer l’argent et ne pas s’en excuser. On pourrait aimer plusieurs personnes ou pratiquer l’abstinence sans que la morale s’en mêle. On pourrait être un enfant qui rêve encore de devenir pilote. On pourrait s’en aller quand ça ne va plus. Ou se faire aider sans éprouver de honte. On pourrait se tromper. On pourrait prononcer le mot « utopie » sans que ça passe pour un gros mot. On pourrait mettre de la poésie dans sa vie. Et même vivre caché si on en a envie.

Oh. My. God.

Est-ce que ça ne serait pas plus sain, plus vivable? Seulement il faudrait apprendre à faire ça. Dire “je” et pas “tu”. « Je me sens frustré.e, triste, déçu.e, délaissé.e, nié.e« , et pas “tu es vraiment la reine des connes!”. Parce que là, évidemment, ça ne passerait pas bien. Il s’agit de s’écouter, pas d’accuser.

Qui je suis quand je dis oui, alors que je pense non? Quel être hybride se cache en mon sein, mi-bête, mi-larve, tout imprégné de culture et de société, incapable d’assumer sa responsabilité émotionnelle? Pourquoi a-t-on tant de mal à être VRAI? / Quand je dis oui alors que je pense non, je suis ce que mon éducation a fait de moi. Je ne suis pas moi. Je suis encore la petite fille qui veut complaire – ou au moins ne pas déplaire. Je suis encore victime de ce marché de dupes qui consiste à faire croire que si l’on se comporte “bien”, alors on aura un peu d’amour, quelques miettes d’attention, un satisfecit des autorités parentales ou sociales.

Quand je suis en mode « ouinon »…

Un jour ou l’autre, il faudra en finir avec cet amour qu’on dit conditionnel. S’il y a des conditions, il n’y a pas d’amour. Point. S’il y a des conditions, on est dans une transaction.

Ce sujet allume tout un arbre de ramifications dans mon esprit. Et je n’ai même pas abordé la partie « artistique » de tout ça. Il y a tant à dire! Qui n’est pas concerné? Se passe-t-il une semaine sans qu’on commette une petite lâcheté, un infime renoncement, un mensonge par omission? Sans qu’on crée quelque chose qui va plaire?

Je ne jette la pierre à personne. Au contraire (euh, c’est quoi le contraire de jeter des pierres? ça n’a pas de sens ce que j’écris!). Et longtemps, longtemps je n’ai pas su qui j’étais, parce qu’on m’avait empêchée de l’être. Même mes rêves étaient biffés. A la trentaine, les mots restaient bloqués en moi. Je n’allais pas bien. Mon mari me demandait ce qui se passait. J’étais incapable de parler du grand maelström d’émotions qui déferlait. C’était si intense et si nébuleux que je ne pouvais pas l’articuler.

Mais échelon par échelon, je suis remontée du fond du ouinon. Mes enfants me trouvent parfois brutale, mes amis peuvent être choqués, et mon mari fait la grimace, mais je dis. Je dis ce que je ressens, je dis ce que je pense. Je dis ce que je veux, ou ce que je ne veux pas. J’ai pu apprendre à le faire, parce que je vis avec des gens qui m’aiment, et qui ne me tiennent pas rigueur d’être moi, dans toute mon imperfection (revendiquée!). 

Alors aujourd’hui je leur dis, comme une déclaration : MERCI! 

(le sujet n’est pas clos, on en reparlera…)

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5 commentaires

martiphil5 · 16 avril 2021 à 5 05 53 04534

La boîte de Pandore s’est entrouverte … ce sont bien ce genre de pensées qui nous torturent nous femmes souvent
merci de nous les faire partager dans ce délicieux journal Gwenaëlle.

    Gwenaëlle · 16 avril 2021 à 12 12 09 04094

    Bonjour Martine, je crois effectivement qu’il y a là une question d’éducation et que les femmes sont plus contraintes à cacher leurs sentiments, leurs désirs, leurs envies. Enfin, pour nos générations… Aujourd’hui, je ne sais pas exactement ce qu’il en est. Et comme je n’ai que des garçons, et que j’ai essayé de ne pas les obliger à être ce qu’ils ne voulaient pas, ils ne se gênent pas pour parler ouvertement et clairement! 😉

Choup · 16 avril 2021 à 10 10 02 04024

je te rejoins sur beaucoup de choses. depuis un certain évènement dans ma vie, j’ai engagé un virage. j’essaie au maximum d’être en accord avec moi-même et mes valeurs, de faire ce que je dis, dans l’optique d’être honnête avec moi-même et les autres. je dis « je », je n’accuse personne mais désormais, quand on me juge, qu’on me fait la leçon ou qu’on fait le contraire de ce que l’on dit, alors je ne me tais plus. le hic, c’est que je suis désormais en rupture avec certaines personnes, malheureusement de ma famille, qui ne supportent manifestement pas mon attitude. je ne leur en veux pas. elles sont ce qu’elles sont, pour certaines elles reproduisent un schéma malsain hérité de nos grands-parents. je l’ai compris et je l’accepte. je m’en éloigne donc, car sinon c’est trop toxique pour moi;

    Gwenaëlle · 16 avril 2021 à 12 12 07 04074

    Bonjour Choup, oui, c’est la partie la plus difficile dans l’intégrité : déplaire et devoir s’éloigner de certaines personnes qui ne nous comprennent plus. Mais tu as raison, quand une relation est toxique, quand les mots et les paroles ne s’accordent pas, il faut se protéger. Et seule la distance permet cela… Ecris-tu toujours? J’espère que oui! 🙂

      Choup · 18 avril 2021 à 12 12 39 04394

      Eh bien figure-toi que oui, j’vais beaucoup écrit, un projet qui était autant un besoin qu’une envie, puis petite pause depuis noël, car la « pulsion » est moins présente et surtout beaucoup de choses en tête et létat d’esprit n’est pas là. mais je sens que ça revient.

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