J’écris parce que…

Je me suis versé une tasse de café. Je vais m’installer sur la terrasse. Le soleil chauffe mon visage, la brise caresse ma peau. Les oiseaux exécutent leur ballet du matin, chants et trajectoires d’un arbre à un autre. Tout à l’heure, j’irai allumer le poêle dans l’atelier. Deux bûches, une pyramide de petit bois et un allume-feu sur le dessus. Je laisserai la porte entre-ouverte pour le tirage. Les flammes s’élèveront bientôt et réchaufferont la pièce.

Deux panneaux de bois. Sur chacun, j’ai entamé deux peintures, dans les tons verts-bleus, avec un peu de jaune. J’ai travaillé deux fois dessus, et ils sont restés en l’état depuis. Je ne sais pas si je m’y remettrai. Je ferai peut-être autre chose. La lumière est propice à la création. Parfois, il suffit de cela pour donner envie. Un certain éclairage, une qualité de blanc dans l’air qui inspire.

Inspire, respire. Mon corps est en paix, saturé d’hormones bienfaisantes. Endorphines, ocytocine. C’est curieux de se dire que tout se résume à une question de chimie, même l’amour. Enfin, peut-être l’amour commence-t-il par là, mais ensuite il se prolonge d’une manière différente, touchant le corps, l’esprit et le cœur.

On ne sait pas tout. De la mystérieuse alchimie qui opère en nous et nous gouverne. Pourquoi aime-t-on certaines personnes, et pas d’autres ?

Je me rappelle l’entrée en sixième. Une fille. Elle s’appelait Anne R. Terriblement imbue d’elle-même. Enfin, à l’époque je la voyais comme ça. J’ai eu l’impression de la détester au premier regard. Maintenant, je me dis qu’elle essayait juste de donner le change, de “paraître”, parce qu’elle était sans doute très fragile. Il y a quelques années, elle a demandé à faire partie de mes amis sur Facebook. Il m’a semblé qu’elle n’avait pas tellement changé. Elle avait bien vieilli. C’était une belle femme, qui prenait grand soin d’elle et de son apparence. Etait-elle toujours autant dans le paraître? Je n’ai pas cherché à le savoir.

Le café est bu maintenant. Le vent vient par saccades. Il fait voler un plastique noir, bordé de scotch orange qui s’est invité dans mon jardin au moment du chantier de terrassement pour l’installation des câbles de la fibre. Je me dis, à chaque fois que je le vois, que je dois le mettre à la poubelle. Mais je n’y touche pas. Le vent le soulève parfois, l’emporte ici ou là. C’est un peu comme s’il habitait mon jardin. Il me fait penser à cette séquence dans un film – est-ce American Beauty? – où un jeune homme film un sac poubelle emporté par le vent dans une chorégraphie poétique.

La journée commence tard. La journée commence bien. Les cumulus dérivent doucement d’est en ouest. Je ne sais pas de quoi les prochaines heures seront faites. Enfin, pas exactement. Je m’attends toujours à une surprise. Une visite impromptue, un animal qui débarque, comme cette fois où trois chevaux et une chèvre, échappés d’un champ, avaient traversé le hameau comme une apparition, étaient venus dans ma pelouse brouter un peu et puis s’en étaient repartis, le fer de leurs sabots rendant un bruit mat sur l’asphalte.

Je me dis que j’écris pour garder toutes ces petites bribes quelque part. J’écris pour fixer sur le papier l’état de sérénité et de bien-être dans lequel je suis ce matin. J’écris, parce que la vie est belle. Là, tout de suite, maintenant.  

Je vous souhaite un bon week-end!

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12 Commentaires

  1. J’aime bien lire tes réflexions.
    Question rien à voir : j’aimerais bien tester la peinture sur bois > qu’utilises-tu ? Un aggloméré ? Lui mets-tu un primer avant ?
    Bises et bon week-end.

  2. on en oublie la peinture pour n’écouter que la ritournelle de simples et douces pensées matinales. Il est agréable de voyager en Bretagne par les méandres intimes de tes réflexions…
    En retour, admirant le soleil se lever sur le massif du Vercors, je t’envoie une fenêtre ouverte sur la palette magique de l’aube alpine.

    Bon week-end. Bises

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