Ce que j’appelle silence, ici, dans les monts d’Arrée, est en réalité tissé de chants d’oiseaux et de bruissement des feuillages dans le vent.  Je m’assois dans le soleil du matin, offre mon visage à la chaleur. J’ai dans mes mains une tasse de café. J’essaie de ne pas penser à ce que je dois faire après, mais les idées se bousculent, teintées d’une forme d’anxiété. A la fois concernant la globalité de la situation, mais aussi mes propres capacités. Je travaille depuis plusieurs semaines à la création d’un cours en ligne. L’idée est plantée dans mon esprit depuis des années, mais c’est seulement maintenant que je passe à l’action. Pourquoi? Tout simplement, je crois, parce que maintenant, je me sens prête à le faire, et disponible.

Oser. Tout est là… Certaines, certains se lancent avec très peu de matière, confiants dans leur capacité à glaner l’information nécessaire en cours de route et à en tirer le meilleur profit. D’autres, comme moi, ont besoin de se sentir plus sûrs, de posséder beaucoup d’informations avant de passer à l’action. C’est un défaut assez féminin, il parait, ce besoin de maîtriser le sujet à presque 100% avant de s’exprimer. Cela tient aussi sans doute à l’histoire personnelle, à l’éducation. Nous a-t-on aidé à déployer nos ailes, ou bien les a-t-on rognées?

Je suis en train de ré-apprendre à manger. Curieux, n’est-ce pas, de devoir se ré-approprier un acte aussi simple en apparence? Mais on sait aujourd’hui que s’alimenter peut tout aussi bien nourrir que servir à apaiser cette faim de l’esprit ou du cœur, dont parle Jan Chozen Bays dans son livre « Manger en pleine conscience ». Hier, j’ai fait un exercice très simple : j’ai mangé une compote de pomme et j’ai fermé les yeux pour en détecter toutes les saveurs, la texture, etc. Quelle n’a pas été ma surprise de me rendre compte que ce pot de compote acheté au supermarché n’avait strictement aucun goût! J’en avais mangé d’autres auparavant, et je ne m’en étais pas rendu compte. Parce que je ne faisais pas attention, ou mangeais pour d’autres raisons que la faim. 

Un peu dégoûtée, j’ai considéré le contenu du pot. J’ai observé l’apparence de ce qui est vendu comme « 100% pommes ». Comment était-il possible que ça ait si peu de saveur par rapport à une compote maison? Je ne sais pas si j’ai raison, mais je suspecte les industriels de l’agro-alimentaire d’utiliser la pulpe des pommes qui sert à faire les jus pour ensuite « concocter » des compotes. Ce qui explique que, non seulement ça n’a pratiquement aucun goût, mais que le palais détecte aussi un arrière-goût chimique, dérangeant à vrai dire, qui est peut-être un concentré de pesticides et de tout ce qui traîne sur la peau des sus-dites pommes. Je me suis promis de ne plus jamais manger ces cochonneries et de prendre le temps, si l’envie me saisit, d’éplucher moi-même des pommes et de les faire cuire. 

Mon expérience peut sans doute se transposer à bien des aspects de la vie. Combien de gestes automatiques? De paroles prononcées sans réfléchir (Salut, ça va? Oui et toi?)? Combien d’actes commis par habitude, ou conformisme, ou absence d’idées/de réflexion/d’envie?

A quoi ressemblerait ma vie si je pratiquais cette pleine conscience à chaque instant? Je m’y efforce parfois, mais le mental a si vite fait de déraper, et de revenir à ses vieux schémas, à ses boucles périmées. Et puis parfois, c’est assez dérangeant d’être en conscience. Je me rends compte, par exemple, que la relation avec cet ami, qui dure depuis un moment, est absolument vide et creuse, qu’elle ne me nourrit pas. Alors pourquoi je maintiens le fil? A une occasion ou une autre, je romps, et puis je culpabilise d’avoir rompu. (là, il faudrait le smiley qui lève les yeux au ciel…) 

Parfois, la peinture est à son tour victime de cette « inconscience ». Je pars dans une direction – laquelle, je ne sais pas exactement, mais on verra… – mais je ne suis pas vraiment là. Je peins parce que c’est ce que fait une peintre, non? Je peins parce que si je ne le fais pas, l’angoisse du vide va me saisir. Je peins parce que je ne vends pas assez, parce que je suis moi aussi prise dans la course du « toujours plus », parce que les autres semblent réussir et que ça me stresse de faire du sur-place depuis des mois. Bref, ma main bouge, mon épaule transmet des influx électriques, mes yeux voient, mais je ne suis pas là. Je suis dans mes peurs, je suis dans mes pensées, mais pas là sur la toile. Alors évidemment, la magie ne se produit pas. Je barbouille et finis par jeter ce que j’avais commencé. Avec en prime une sorte de dégoût de moi-même pour n’avoir pas su, n’avoir pas pu. 

Heureusement, le lendemain, il suffit d’un peu de soleil, d’une bonne nuit, d’un rêve, de quelques mots échangés et l’état d’esprit se modifie totalement. L’élan revient, l’envie aussi, et alors je peux peindre avec une sorte d’allégresse. Ces jours qui ne se ressemblent pas sont mon ombre et ma lumière. Ils vont ensemble, et se répondent en quelque sorte. Etre dans la conscience de cela permet d’apprécier toutes les étapes du chemin de ma vie, même quand tout semble aller à dreuz (comme on le dit ici).

Alors, vive chaque jour nouveau! Et tout ce qu’il peut apporter : un éclair de félicité ou un surcroit de sagesse… 


4 commentaires

Alain Orsot · 23 avril 2021 à 17 05 21 04214

Oser, oui, en faisant taire la petite voix qui nous dresse la liste de tout ce qu’il faudrait faire avant de pouvoir se lancer soi-disant « sans risque ». Et cette liste est sûrement d’autant plus longue que notre sensibilité au risque est élevée ;-).

    Gwenaëlle · 23 avril 2021 à 17 05 46 04464

    Exactement! Il faudrait vraiment revoir ce rapport au risque, la manière dont on le fait vivre aux plus jeunes…

martiphil5 · 24 avril 2021 à 7 07 17 04174

Soupir et sourire oui en songeant au va et vient des vagues d’une mer tantôt calme et si belle, tantôt déchaînée, il faut suivre le cours des jours avec l’envie de découvrir chaque jours de nouvelles vibrations encore inconnues ou retrouver le fil de soi dans la bataille des vainqueurs de la banalité. Saches que certains de tes tableaux me transportent bel et bien dans un ravissement, la magie est là et je me promettait depuis si longtemps de te le dire, alors merci pour ces précieux instants d’inspirations, ils ont été ta vérité de certains jours enchantés sûrement…
Tu me donnes envie de peindre en ce moment, je me laisse distraire de mes autres passions, dangereux ce journal !

    Gwenaëlle · 24 avril 2021 à 17 05 42 04424

    Oui, ce journal est très dangereux ! 😉 Merci pour ton commentaire sur ma peinture, cela me fait bien sûr immensément plaisir ! 😁

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