De l’importance du jeu

Je suis de nature joueuse, et pourtant je joue très rarement à des jeux. Peut-être par manque de partenaire… Toujours est-il que lorsque j’ai décidé de commencer à peindre de manière professionnelle, je me suis placée sous les auspices du jeu. Il me semblait que c’était le bon angle pour me lancer, sans me mettre trop de pression. Histoire de garder cette idée à l’esprit, j’avais acheté des lettres en plastique coloré qui m’avaient permis de coller au mur cette injonction : HAVE FUN! 

Depuis l’idée de jeu est devenu un de mes horizons. Parfois, il s’éloigne et je perds de vue la nécessité de cette approche, qui n’est pas la seule, mais qui est essentielle. Et puis lorsque je suis en overdose d’esprit de sérieux, je reviens au jeu, comme dans un mouvement de balancier. J’ai besoin de lâcher-prise, de travailler sans obligation de résultat, et le jeu est la meilleure et la plus rapide manière d’atteindre cet état d’esprit-là. 

Des chercheurs se sont penchés sur les effets du jeu sur nous, humains. On savait déjà – parce que cela se constate assez rapidement quand on en a autour de soi – que les enfants apprennent tout plus facilement quand ils jouent. C’est une manière essentielle et naturelle pour eux d’être en interaction avec le monde. Mais nous, adultes, avons-nous vraiment besoin de jouer? 

Oui, disent les scientifiques qui se sont penchés sur la question. Et leurs conclusions sont sans appel : le jeu améliore tout, depuis le bien-être jusqu’aux relations, en passant par l’apprentissage et la capacité à innover. Dans une conférence TED, Stuart Brown, le fondateur du National Institute for Play affirme que le jeu conduit à la plasticité cérébrale, à l’adaptabilité, et… à la créativité. « Rien n’excite le cerveau comme le jeu », ajoute-t-il. 

Comment jouer en peinture? 

Tout d’abord, il faut souligner que je ne peins pas tout le temps pour aboutir à un résultat, c’est à dire une peinture dont je sois satisfaite, et que je pense pouvoir vendre. Dans ma pratique, je consacre une partie de mon temps à des essais, à des départs sans idée préconçue, en me laissant porter par le geste, la palette de couleurs ou l’humeur du moment. Pour moi, cette attitude qui consiste à se lancer sur la feuille blanche sans trame ni filet est déjà de l’ordre du jeu. 

Et puis il y a les expérimentations : qu’est-ce que j’obtiens si je mélange de la cendre à ma peinture? Ou bien si j’utilise cette ficelle effilochée pour faire des marques? Et si je colle du fil entre plusieurs couches de papier de soie? J’ai aussi essayé d’étaler du plâtre sur du tissu épais et de peindre sur ce plâtre une fois sec par exemple. Ce côté « laboratoire » est pour moi une forme de jeu. Je ne m’interdis rien et ne m’attache pas au résultat. J’ai juste envie d’être surprise, enthousiasmée, stimulée et de découvrir peut-être une voie inattendue. 

(Ci-dessous, un essai avec un emballage ouvert, découpé et collé, puis peint, avec ajout de papiers et de détails à la plume.)

Enfin, il y a le jeu proprement dit qui consiste, par exemple, à me mettre au défi de créer une peinture avec des morceaux issus d’autres créations que je n’ai pas gardées, ou bien à improviser en écoutant de la musique. Peut-être même, comme lorsqu’on écrit, à mettre un morceau en boucle, et à le laisser infuser jusqu’à ce qu’il coule sur la toile ou le papier en formes inattendues et en couleurs inhabituelles. 

Le jeu, en peinture, ça peut être aussi de travailler en collaboration/émulation avec un/e autre artiste, dans le même domaine ou pas. Lorsque qu’un écrivain s’associe à un peintre, et que le texte de l’un nourrit la création de l’autre, n’y a-t-il pas dans cet échange une forme de jeu?

Jouer, cela peut être aussi de participer à un challenge par exemple. Ou à un projet comme le #100daysproject, où pendant cent jours on va créer une variation chaque jour, sur un thème que l’on aura choisi… Par exemple, un collage par jour, comme l’a fait Irvi.

Bref, il y a de nombreuses façons de jouer quand on pratique la peinture, ou toute forme de création artistique. C’est essentiel et libérateur. C’est ce que j’essaie d’expliquer à Pierre, un de mes « élèves » à l’atelier de Botbihan. Il est très classique dans son approche et a du mal à accepter l’idée de ne pas faire du « beau ». Lâcher-prise est extrêmement difficile pour lui, parce que toute sa vie, il a fait l’exact contraire. Mais lors d’une après-midi de co-création, il m’a vu travailler. Je commençais des toiles, avec l’envie de tester une approche différente. Avec une palette limitée, j’ai laissé le hasard autant que le jeu m’inspirer pour ces premières couches. Et j’ai vu l’intérêt de Pierre s’allumer… A la fin de la séance, il est venu voir ce que j’avais fait, et m’a dit : pour finir, je vais peut-être essayer quand même! 

Jouer, c’est exactement cela : ne pas se priver du plaisir d’essayer, de tester, de tenter, et de tomber peut-être, mais sans jamais se faire mal. On peut le faire à quatre ans, ou à soixante-treize… peu importe!

(ci dessous, la version vidéo de mon billet)


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