Ces choses qui arrivent

La semaine dernière, j’avais rendez-vous avec un artisan, qui a annulé deux heures avant. Sa femme, qui travaille avec lui, m’a appelé quelques jours plus tard, me disant : je suis désolée! Je lui ai répondu avec un sourire “ce sont des choses qui arrivent”. Peut-être y a-t-il des clients qui prennent les changements de dernière minute moins bien que moi, et manifestent exaspération et déconfiture… Pourtant, c’est vrai, “ce sont des choses qui arrivent”. La vie est pleine d’imprévus! Cette petite phrase m’a trotté dans la tête toute la journée. Je  me suis dit que, désormais face à une contrariété, une changement inopiné, quelque évènement qui déçoit mes attentes, j’allais me dire “ce sont des choses qui arrivent” et ainsi, je ne tomberais pas dans le piège de la dramatisation, ni de la colère inutile puisque je n’y peux rien! 

Je pense qu’avoir dans son répertoire ce genre de formule ou de petite phrase, en apparence anodine, mais qui dans le fond recèle une vraie sagesse, est important. Cela permet de diffuser autour de soi détente et bien-être plutôt qu’agacement et crispation. Cela aide à prendre la vie comme elle est, comme elle va, plutôt que de vouloir faire tout plier à notre volonté – ce qui est, par définition, impossible, et totalement puéril! 

Le regard qu’on porte

Ma capacité à diffuser ces émotions positives est liée aussi à la relation que j’ai avec moi-même. Et de la même façon que je peux changer le regard que je porte sur mon environnement, je peux – et il est sans doute conseillé de commencer par là – changer le regard que je porte sur moi. 

La douceur et la gentillesse, il faut d’abord se les procurer à soi-même. Pourtant, on dirait que l’éducation vise, la plupart du temps, à produire le résultat inverse. Ce n’est pas une démarche égoïste, mais de simple conscience de notre humanité. Nous sommes faillibles, nous échouons, nous faisons des erreurs, nous nous égarons. Le reconnaitre et l’accepter comme faisant partie des “choses qui nous arrivent” permet d’avoir une relation pacifiée avec soi-même. Au lieu de battre sa coulpe parce qu’on a prononcé telles paroles que l’on regrette, ou pris telle décision qui s’est révélée une erreur, on peut admettre notre imperfection et corriger, s’excuser, ou tirer des enseignements. 

Pratiquer cette attitude de bienveillance est aussi bénéfique si l’on crée. Face à une toile que je trouve ratée, je peux soit grincer des dents de frustration et avoir envie de la jeter au feu. Et même décréter que plus jamais de ma vie je ne toucherai un pinceau… Tant qu’à être dans la tragédie, autant y aller à fond! Ou bien me dire : bon, que s’est-il passé? Comment en suis-je arrivée là? A quoi devrai-je faire attention la prochaine fois si je ne veux pas me fourvoyer? 

Je ne l’ai jamais fait parce que l’idée me vient à l’instant en écrivant ce billet, mais pourquoi ne pas célébrer ses erreurs? Après tout, ce sont elles qui nous enseignent vraiment quelque chose, elles qui nous aident à progresser, pour peu que, dégagés de toute forme de honte, on les passe soigneusement au crible. Oui, on pourrait vraiment renverser la vapeur, et se réjouir de la fertilité de nos erreurs, plutôt que de les sanctionner!  

Cela me rappelle le jour où l’un de mes fils, toujours brillant à l’école, a ramené une mauvaise note. Une très mauvaise note. Nous, les parents – c’est vrai, on est sans doute un peu cinglés – avons poussé des hourras, et l’avons félicité. Il nous a regardé comme si nous étions fous (enfin, c’était surtout la confirmation de notre folie à ses yeux…). Il a pensé à ses camarades qui, dans la même situation, allaient se faire passer un savon. Après tout, qu’est-ce que c’était ? Juste une note à l’encre rouge sur un devoir de français ou d’allemand… Il y a des choses tellement plus importantes dans la vie! 

S’interroger

Il y a quelques semaines, j’ai reçu dans mon cours une nouvelle personne qui s’est trouvée totalement déstabilisée par mon approche. Formé de manière académique, cet homme savait dessiner, mais quand il s’est agi de lâcher-prise, cela s’est révélé totalement impossible pour lui. Et quand j’ai constaté qu’effectivement il s’était fourvoyé, il a répondu : « J’ai le droit de me dire que j’ai totalement raté, mais vous, vous n’avez pas le droit de me le dire« . Cela m’a fait saisir le type de regard qu’il portait sur lui-même et sa dépendance vis à vis des regards extérieurs. Admettre qu’il n’avait pas « réussi » était pour lui incroyablement douloureux…

Alors, je crois qu’il est bon de s’interroger régulièrement sur le regard qu’on porte sur soi, surtout si l’on a envie de créer, de « faire de l’art ». Pour moi, le meilleur regard, c’est celui qui permet de se regarder avec bienveillance mais sans complaisance. Se pardonner ses erreurs, ses faiblesses, mais essayer aussi de les corriger, et ne pas stagner. Savoir qu’on va tomber, mais qu’on a la force de se relever et de recommencer. Aller de l’avant, chercher à mobiliser ses ressources, ses compétences pour gagner en hauteur et en profondeur. Dépasser ces croyances qui viennent du passé et nous font trébucher ou nous arrêtent dans nos traces. S’autoriser à avancer vers ce qui nous tient à cœur, même si cela parait fou, déraisonnable, stupide même. Se regarder telle (ou tel) que l’on est, avec bienveillance et exigence, permet d’avoir confiance en soi, et d’opérer les changements que l’on désire en douceur.

Et ces mues successives – je tiens à être bien claire là-dessus – on ne les fait pas pour plaire aux autres, pour être un bon petit soldat du capitalisme, une wonderwoman qui coche toutes les cases de la bien-pensance, mais POUR SOI. Pour être le plus fidèle possible à soi-même, aux rêves qu’on trimballe dans nos poches, aux capacités qui sont les nôtres et à ce potentiel qui est comme une fleur en perpétuel déploiement. L’erreur, la vraie, ce serait de ne pas essayer, de laisser tout cela en jachère et de couper la fleur pour ne laisser qu’un moignon.

Ci-dessous, la version vidéo de mon billet. Vous pouvez visionner toutes mes vidéos sur ma chaîne Youtube, Secrets d’atelier.


Je vous rappelle le prochain lancement de mon premier cours en ligne le 24 mai! Tenez-vous prêts! 😉


2 commentaires

lewerentz · 14 mai 2021 à 6 06 48 05485

Quel beau billet ! Merci !
Question : penses-tu que ton cours en ligne pourrait m’intéresser ou que c’est trop débutant ? (Peut on être « trop » débutant ? 🤔🙃)

    Gwenaëlle · 23 mai 2021 à 18 06 07 05075

    Ton commentaire m’a échappé… je pense que ça pourrait t’intéresser, parce que chacun peut arriver avec son expérience et adapter les propositions en fonction… Avec les infos que je donnerai demain, tu y verras sans doute plus clair! Bonne fin de week-end ! Bises

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