Hein André?

Elle entre dans la galerie précédée des deux cannes qui l’aident à maintenir son équilibre. Elle est petite et enrobée d’un manteau de laine aux couleurs nuancées. Elle me dit qu’elle a vu l’article dans le journal qui mentionne mon exposition. Ce qu’on apercevait sur la photo lui a donné envie de venir. Elle ne sort plus beaucoup. Un ami l’accompagne, grand et mutique. Elle me dit qu’elle ne voit pas bien car ses yeux sont malades. Elle s’approche des tableaux. Lève le nez. Me parle des couleurs, de ma palette. De temps en temps, elle laisse échapper un petit rire cristallin qui lui donne un air de jeune fille facétieuse. Elle regarde mieux. Se laisse envahir par un rouge particulièrement sonore. Commente mon travail. Parfois, elle se tourne vers son accompagnateur et demande : Hein André? André est gentil et il acquiesce. Je ne sais pas vraiment ce qu’il pense de tout ça. (suite…)

Le temps blanc

Peindre est une activité souvent solitaire. On passe de longues heures seule, dans son atelier, à tenter de défricher le chemin sur lequel on s’est mis en tête d’avancer. Le temps s’écoule plus ou moins lentement, selon qu’on se sent inspirée ou qu’on reste sèche devant la toile. Les journées se suivent, et il arrive même qu’elles se ressemblent car il est important d’être constante et régulière. Parfois, la musique ou la radio tissent un fond musical qui trompe l’impression de solitude. Non que cette impression soit désagréable. Elle est même souvent recherchée, mais elle ne peut pas durer. Ce ne serait bon ni moralement, ni financièrement.  (suite…)

L’artiste poreux

Il devient parfois urgent, après avoir passé quelques heures, quelques jours, à travailler sur plusieurs toiles de sortir prendre l’air. Après la concentration de la création, la tête a besoin de s’aérer, de voir du mouvement, des couleurs. Mais l’esprit des artistes, c’est un peu comme les chiens : jamais Lire la suite…