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Gwenaëlle Péron

Peintures et explorations

Catégorie

Littérature

L’indolente

9782234080980-001-X_0Le mystère Marthe Bonnard. Voilà ce sur quoi a voulu se pencher Françoise Cloarec lorsqu’elle a décidé d’écrire ce livre. De la rencontre avec le peintre jusqu’à après sa mort, l’auteure a cherché à en savoir plus sur cette femme qui fut la muse de celui qu’on a appelé “le peintre du bonheur”.

Une muse qui a su maintenir de grandes zones d’ombres sur sa vie d’avant. Se présentant sous un faux nom – Marthe de Méligny, alors qu’elle s’appelle Maria Boursin – et comme orpheline, alors qu’elle a encore une partie de sa famille, celle qui devient très vite la femme de Pierre Bonnard a visiblement un compte à régler avec son passé, mais malgré toutes les recherches entreprises, comprendre les raisons de ces mensonges se révèlera impossible. Lire la suite

Ma presqu’île

Ce petit livre de format carré, édité par les éditions Dialogues, réunit deux regards. Celui de Philippe Le Guillou, écrivain né au Faou et qui a reçu le prix Médicis en 1997 pour Les sept noms du peintre, et de Matthieu Dorval, peintre breton inspiré par la nature et ces lieux où la mer annonce la fin de la terre. Les deux hommes se connaissent depuis quelques années, et Philippe Le Guillou évoque d’ailleurs dans ce livre leur première rencontre.

Ce que je rêvais de découvrir à présent, c’était le lieu même de l’intimité du peintre, son laboratoire central, le creuset où, insomniaque, il glisse la nuit à pas noirs et feutrés, au-dessus de la mer immobile, de l’île de l’Aber, de ce tombeau plein de secrets et de formules, déposés là, au début des temps par des hommes à qui l’usage de l’écriture était proscrit…

C’est une sorte de livre-déambulation, où l’auteur évoque la presqu’île de Crozon, terre de son enfance et d’inspiration, vers laquelle il revient toujours. Ses textes font écho aux peintures de Matthieu Dorval. Le lecteur passant des mots aux couleurs et aux formes entame ainsi une promenade riche en évocations, qui le mènera vers des chemins inattendus et de belles découvertes.

Philippe Le Guillou ne peut arpenter la terre de la presqu’île sans penser à Saint-Pol-Roux qui avait fait bâtir son manoir de Coecilian pas loin de Camaret :

Les « débris » de la demeure du Magnifique, pour reprendre les mots d’Elleouët, ont quelque chose de dérisoire. Des promeneurs passent, ignorants, indifférents à ce que fut ce lieu, à ce qu’il représenta, à ce qui s’y est joué d’horreur et de concentration tragique. Sans doute est-ce pour prolonger l’enchantement, loin de cette profanation ordinaire, que j’ai extrait des ruines de Coecilian une pierre ocre. Elle est chez moi, tout près des falaises irlandaises peinte par un artiste que j’admire. C’est mon talisman de Coecilian. Je le couve souvent des yeux et je sais qu’il m’inspire.

Un livre petit, mais à la magie puissante. Une occasion de découvrir, si vous le ne connaissez pas encore, le travail magnifique de Matthieu Dorval, que Sylire et moi retrouvons tous les ans par l’intermédiaire de ses œuvres à l’Ecole des Filles, à Huelgoat.

 Ce livre te plaira, Sylire! 😉

Ma presqu’île, Philippe Le Guillou, Matthieu Dorval, Editions Dialogues. 

« Dans notre société, Markus, les hommes que l’on admire le plus sont ceux qui bâtissent des ponts, des gratte-ciel et des empires, mais en réalité, les plus fiers et les plus admirables sont ceux qui arrivent à bâtir l’amour, car il n’est pas de plus grande et de plus difficile entreprise. »

La vérité sur l’affaire Harry Québert, Joël Dicker.

Karitas, livres 1 et 2

Publiée en deux tomes chez Points – L’art de la vie puis L’esquisse d’un rêve – la formidable saga de Kristin Marja Baldursdottir fait 1200 pages, mais se lit presque d’une traite. Portrait d’une femme artiste qui marche vers la liberté, c’est aussi le récit d’un pays – l’Islande – qui sort peu à peu de ses brumes ancestrales pour aller vers la modernité.

Tout commence en 1915, lorsque Steinunn, mère de six enfants et veuve d’un pêcheur, décide de partir dans le nord de l’Islande pour permettre à ses enfants de recevoir une éducation. Là, alors que les plus âgés travaillent à saler le poisson pour gagner suffisamment d’argent, Karitas, plus jeune des trois filles, s’occupe des pièces qu’ils habitent, du linge et du petit frère Pétur. Sa débrouillardise fait merveille et son goût pour le dessin est remarqué par une certaine Madame Eugénia qui, après lui avoir donné des cours, décide de lui offrir une formation à l’école des Beaux-Arts de Copenhague.

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Lorsqu’elle revient en Islande, Karitas rêve d’ouvrir un atelier, d’exposer ses œuvres, mais comme elle a d’abord besoin d’argent, elle part dans le nord, travailler à la salaison du hareng. Là, sa route croise celle de Sigmar, l’homme le plus beau du pays. Et sa vie s’en trouve bouleversée. Bientôt enceinte, vivant dans la maison en tourbe de Sigmar, isolée et vite désespérée, Karitas voit ses rêves artistiques sombrer. Cependant, malgré l’adversité, la nature souvent hostile, les enfants et l’absence de son pêcheur de mari, elle continue à créer.

Il lui faudra mettre sa santé en danger, frôler la folie puis se remettre pendant treize années auprès d’une femme qui sera pour elle comme une autre mère pour qu’elle se décide enfin à suivre son chemin. Un chemin semé d’embûches et de rencontres, d’amours et de création.

Formidable roman, l’histoire de Karitas traverse le XX ème siècle, avec ses bouleversements politiques, économiques, artistiques. Chaque chapitre s’ouvre par la description d’un tableau de l’artiste. L’occasion pour l’auteure de décrire l’Islande, ses paysages époustouflants, ses habitants et leurs mœurs.

Tabliers sur une corde à linge, 1923

Dessin au crayon

Le vent vient de toutes les directions. Le ciel est gris, les arbres déguenillés après l’hiver. La rue est petite et étroite, les alignements des maisons sont comme des châteaux de cartes bas de toit. Les gens se réveillent, par les fenêtres entrouvertes, j’entends des voix, des cliquetis d’assiettes. […] Mais je ne regarde pas la maison, je vois seulement la lessive immaculée flottant sur la corde à linge, près des marches de l’entrée. Les tabliers de ma mère. Trois grands tabliers, blancs, solides. Les plastrons pendent la tête en bas, les rubans que l’on noue à la taille se bagarrent avec frénésie.

Karitas vit pour son art et lui sacrifie tout. Elle doit se battre. En permanence. Contre son statut de femme, contre la maternité, contre son mari, contre la tradition qui voudrait qu’elle soit bonne ménagère et bonne cuisinière avant tout. Elle doit aussi lutter contre elle-même, surmonter ses déchirements et combattre les peurs qui l’habitent : quitter son pays, se lancer dans le monde, y trouver sa place, renoncer aux attaches…  Personnage émouvant par sa force mêlée de fragile sensibilité, mais non dénué d’ambivalence et parfois de mauvaise foi (par rapport à Sigmar, notamment), farouchement indépendante, Karitas occupe une place centrale, mais tous ceux qui gravitent autour d’elle – famille, amis, relations – sont extrêmement bien campés : ses frères et sœurs, tous différents, sa mère, Sigmar et ses enfants, Pia, Elena, Dengsi, les amis…

Tout ces éléments contribuent à faire de cette histoire un ensemble cohérent et passionnant. A lire. D’urgence!

Karitas, L’art de la vie et L’esquisse d’un rêve, Points – Grands Romans

L’or vert

Je veux dans ma maison de sang

Un ami fort un ami lent

Tout près de l’âme reposant

Son île avec mon continent

Un rêveur un peintre un Flamand

Avec un pinceau d’or patient

Doux comme un saint très violent

Et qui me fait un cygne blanc

Un cygne noir comme un milan

Qui m’enlève et me donne au temps

Henry Bauchau

Poésie Complète, Actes Sud

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